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Politique

Affronter le racisme à tous les niveaux

Pendant plus de 50 ans, Peter Hain a combattu l’apartheid en Afrique du Sud et le racisme dans le sport et dans le monde. La véritable percée est venue du recours à l’action directe militante, dont il était un des architectes.

Par Mushtak Parker

Dans quelle mesure le racisme est-il encore institutionnalisé dans le sport mondial ?

Étant donné que le sport s’est créé sur une base mondialisée, en tandem avec le colonialisme, il est inévitable qu’il conserve encore ses racines racistes au niveau institutionnel et dans ses structures et ses attitudes.

Beaucoup de progrès ont été accomplis, mais il reste encore beaucoup à faire. Le racisme est encore très répandu. Les huées de l’équipe de football d’Angleterre quand ils ont mis leurs genoux par terre en sont la preuve et il reste ici une sorte de choc identitaire culturel.

Dans quelle mesure le mouvement Black Lives Matter a-t-il contribué à la lutte contre le racisme dans le sport ? Est-il toujours pertinent que des footballeurs tels que Thierry Henry, John Barnes, Wilfried Zaha aient exprimé leur opposition à la pose du genou comme un symbole de la protestation contre le racisme, car les progrès vers l’éradication du racisme dans le sport sont terriblement lents ?

Les progrès ne se font pas du jour au lendemain ou parce que vous posez votre genou par terre. Je suis impliqué dans la politique depuis mon enfance en Afrique du Sud, il y a cinquante ans, et j’ai réalisé que le changement prend beaucoup de temps.

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L’impact de BLM et de ces joueurs a été sismique. Mais c’est insuffisant, car ce n’est encore qu’un symbole, aussi important soit-il. Je comprends  Thierry et ses collègues. Ce sont tous des joueurs noirs.

Il est important que les footballeurs blancs qui se mettent à genoux le fassent comme geste de solidarité contre le racisme ambiant dans le sport. Les sportifs noirs ont historiquement souffert du racisme dans le sport et du racisme politique, social et économique depuis des temps immémoriaux.

Je pense que c’était scandaleux que les Proteas [l’équipe de cricket d’Afrique du Sud] n’aient pas mis le genou par terre. De toutes les équipes représentant leur pays dans le monde, c’est celle qui aurait dû le faire.

Il y a eu un recul. Certains sportifs et officiels blancs veulent blanchir les torts du passé par une amnésie sélective. Le golfeur Gary Player veut être un ambassadeur sportif pour l’Afrique du Sud. Il était un fervent partisan de Verwoerd, l’architecte de l’apartheid et de ses politiques racistes. Il refuse de s’excuser. Comment changer les attitudes de ces personnes ?

L’idée que Gary Player soit un ambassadeur sportif de la nouvelle Afrique du Sud est grotesque et serait intolérable compte tenu de son passé et de son refus à s’excuser. S’il  avait dit : « J’avais tort », Nelson Mandela était prêt à pardonner, mais pas à oublier.

Je suis toujours partant pour que les gens s’excusent comme beaucoup l’ont fait. Ali Bacher m’a dit : « Tu avais raison et j’avais tort ». Je le remercie d’avoir fait ça. Je désapprouve Gary Player et tous ceux comme lui.

Le racisme institutionnalisé dans le sport reflète en partie les structures, la gouvernance et l’état d’esprit sociopolitique et le consensus de l’époque. Le fait qu’il refasse surface aujourd’hui, comme le montre le  racisme  contre les joueurs  Saka et Sancho pour les pénaltys ratés en finale de l’Euro, suggère que les acteurs du sport sont encore trop complaisants ?

Il y a seulement un an, l’américain Colin Kaepernick a été limogé pour avoir mis son genou par terre. Il y a quelques décennies, Tommie Smith et John Carlos ont été limogés à cause de leur salut Black Power sur le podium en recevant leurs médailles olympiques.

Les sportifs noirs sud-africains ont été persécutés depuis des générations. En cas d’abus ou d’amnésie racistes avérés, les auteurs doivent être dénoncés, interpellés et confrontés.

Les sportifs qui ont visité l’Afrique du Sud pendant les années de l’apartheid doivent reconnaître qu’ils avaient tort. La plupart d’entre eux ne l’ont pas fait. Pour établir de bonnes relations et des chances égales à l’avenir, vous devez reconnaître les erreurs, l’injustice et le racisme du passé dans lesquels vous étiez coupable. 

La sur-commercialisation du sport a-t-elle contribué à rendre plus difficiles à résoudre les problèmes liés à la race ?

La Ligue des champions est le summum du néolibéralisme dans le sport, où les clubs les plus riches et les plus prospères veulent garder tout pour eux.

Vous ne pouvez pas séparer le sport de la vie. Il y a du racisme dans le sport, parce qu’il y a du racisme dans la société. Il y a des inégalités avec d’énormes richesses en haut et la pauvreté en bas. Cela reflète la société.

Les clubs de la Ligue des champions regroupent les riches élites du football britannique et européen. Et pourtant, ils ne peuvent exister sans le soutien de leurs bases. Ils pensaient qu’ils étaient un pouvoir en eux-mêmes. Ils ont découvert que les fans ordinaires ont encore du pouvoir. L’indignation publique et politique s’est imposée.

La révolte contre la Ligue des champions a montré à quel point le pouvoir des fans est puissant, peu importe la richesse et le statut des propriétaires du club. Les clubs ne sont rien sans leurs fans. Ce sont les mouvements populaires – manifestations anti-apartheid, BLM, votes pour les femmes – qui forcent le changement.

@MP

 

 

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