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Politique

Achille Mbembe, les nouvelles relations Afrique – France

Achille Mbembe, les nouvelles relations Afrique – France
  • Publiéoctobre 21, 2021

Ne surtout pas oublier l’emploi des jeunes

En complément du rapport Sarr Savoy, l’auteur préconise de relancer la dynamique de restitution des biens africains et d’expérimenter « les musées de demain ». S’il existe déjà quelques initiatives, celles-ci se heurtent à des problèmes de financement. Une des pistes serait de renforcer le réseau culturel des Instituts françaises et Alliances françaises, en créant trois lieux culturels africains dédiés à la création, à la recherche et à la formation.

La question de l’emploi des jeunes Africains ne saurait être absente des propositions, reconnaît Achille Mbembe. Lequel suggère à la diplomatie économique française et à la coopération universitaire – qui ne sauraient se substituer à la politique des pays africains –, de s’orienter en faveur de la coopération professionnelle et du compagnonnage. Des conversations de terrain, l’auteur relève quatre idées fortes.

La création d’un label « Entreprise française » délivré par celles qui accueillent et forment des apprentis ; la création de programmes de partenariats, service civique, de jeunes Français qui travailleraient dans des entreprises franco-africaines ; la création d’une plateforme numérique de connaissances « certifiantes » ; le déploiement d’instituts de formation dans les pays africains, avec l’appui des grandes écoles et universités françaises.

Toujours au chapitre économique, l’auteur propose de constituer une Commission intercontinentale sur la transparence économique. La France vit un paradoxe : on dit d’elle qu’elle perd de l’influence en Afrique, et aussi qu’elle continue de piller les ressources africaines !

En réalité, l’Afrique ne représente que 3% du commerce international de la France, et le continent pourrait attirer davantage de capitaux étrangers, « à partir du moment où ces investissements sont transparents, créent des emplois, s’accompagnent de transfert de technologie et de savoir-faire, et s’appuient sur des entreprises locales ».

Il semble nécessaire, aux yeux d’Achille Mbembe, de se pencher sur certains contrats opaques dans les mines ou les finances, ainsi que sur les phénomènes de monopole ou de position dominante d’entreprises internationales, comme les firmes américaines du numérique.

Faire entendre la voix de l’Afrique

Précisément, l’une des voies pour créer des emplois est le numérique. Pour en développer l’accès, il est urgent de réactiver le programme « start-up Africa France ». Il s’agit de renforcer les capacités via le conseil aux jeunes pousses, l’accès au financement et le financement direct. Sur ce point, le rapport d’Achille Mbembe a déjà été suivi de quelques effets, avec la relance du programme Digital Africa, désormais adossé à Proparco (AFD), ainsi que le suggérait le rapporteur.

Achille Mbembe demande enfin que la voix de l’Afrique soit davantage entendue, sur les questions de la biodiversité et du climat. Après la COP26 qui va se tenir prochainement à Glasgow, devrait être lancé un réseau de scientifiques africains, par le campus Future Africa de Pretoria.

Cette initiative doit être soutenue, tandis que la voix de l’Afrique doit être entendue sur la question cruciale du droit de propriété des terres, notamment.

Selon Achille Mbembe, il est nécessaire de transformer l’Aide publique au développement. L’auteur s’étonne des débats et des critiques récentes au sujet de cette ADP, qui reposent « sur des allégations peu fondées ». Il considère que l’on confond les projets financés par l’AFD et le supposé soutien à des régimes peu démocratiques, tandis que « les cas de détournement sont rares ».

En revanche, concède-t-il, « la notion même de développement est porteuse d’ambiguïtés ». Davantage que la croissance économique pour elle-même, l’enjeu nouveau est la réduction des inégalités, ce, au Nord comme au Sud. Plutôt que d’utiliser le concept dépassé d’Aide au développement – que la loi récente votée en France n’a pas modifié –, il serait temps de renouveler l’approche. En distinguant l’aide d’urgence, le renforcement des capacités publiques et privées, et les investissements dans les domaines publics ou privés, avec un objectif de solidarité.

D’autres relations sont possibles

Ce changement de paradigme pourrait s’accompagner d’un nouveau narratif entre l’Afrique et la France. L’histoire doit être racontée aussi par des Africains. Beaucoup de matériau existe déjà mais jamais une démarche politique n’a été entreprise en ce sens, déplore le rapporteur. Charge aux historiens de s’emparer d’une nouvelle vision de l’histoire, pourquoi pas relayée par la fiction.

Enfin, il est temps de refonder les relations avec l’Europe du XXIe siècle. Après les accords de Lomé et Cotonou (2000-2020), les relations entre l’Afrique et l’Union européenne ont besoin d’un nouveau souffle et d’un nouveau cadre. L’ambition doit aller au-delà des discussions actuelles à Bruxelles. De ce point de vue, « la présidence française à l’UE, au premier semestre 2022, ainsi que le prochain Sommet UE-UA offrent une opportunité historique ». L’Acte fondateur d’un nouveau traité pourrait sonner une nouvelle ère, construite autour de projets vivants et soutenables.

Un mot de conclusion : « Un grand nombre d’évolutions et d’innovations ont été engagées ou mises en œuvre depuis 2017. Elles demandent à être rassemblées et consolidées, cette fois-ci en lien avec les forces vives des sociétés africaines et de leur diaspora. Dans ce contexte, la politique africaine de la France devra s’adapter à ce qu’est l’Afrique d’aujourd’hui. Elle devra anticiper ce qu’elle est en passe de devenir et ce qu’elle sera à l’horizon 2060. »

@SD

Rapport complet sur : www.elysee.fr/admin/upload/default/0001/11/47114246c489f3eb05ab189634bb1bf832e4ad4e.pdf

 

 

Écrit par
Par Serges David

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