Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Politique

Achille Mbembe, les nouvelles relations Afrique – France

À l’occasion du Sommet France Afrique de Montpellier, l’historien et politologue Achille Mbembe a publié un volumineux rapport, destiné au Président Macron, décrivant la situation actuelle de l’Afrique et les relations entre l’Europe et le continent. Il en émane une série de recommandations.

Par Serges David

Les nouvelles relations Afrique France : Relever ensemble les défis de demain. Tel est le titre de l’outil précieux de l’état des lieux de l’Afrique, et des relations du continent avec la France, l’Europe, et plus spécifiquement des outils existants, comme l’Agence française de développement.

L’auteur se place au-dessus des idées reçues et des rejets sans phrase de cette aide, allant à l’encontre de certains courants de pensée en Afrique.

Il émet treize recommandations. Celles-ci sont souvent techniques – le rapport est destiné au président Macron, donc au responsable d’une administration –, et visent à créer des « comités », des « commissions » ou des instances nouvelles. Ses suggestions permettent néanmoins de cerner les priorités pour relation France Afrique apaisée.

« Le positionnement nouveau de la France sera porteur d’un avenir différent, à condition que l’Afrique soit pensée comme un tout, de façon transversale ; qu’au prisme des grandes transformations qui assaillent la planète, elle soit reconnue comme une région vitale, le laboratoire où se joue peut-être le futur de l’humanité », conclut Achille Mbembe.

Ainsi, le rapporteur suggère-t-il de créer le fonds d’innovation pour la démocratie. L’objectif est d’accompagner la montée en compétences des acteurs des sociétés civiles africaines par le biais d’initiatives innovantes de promotion de la démocratie et de renforcement de l’État de droit.

L’auteur y voit « une clef de la refondation des rapports entre l’Afrique et la France ». Le Fonds prendrait à bras-le-corps une dimension fondamentale de la politique française de solidarité internationale mais, bien sûr, ne financerait pas des partis ou des mouvements politiques. Il viendrait en appui aux initiatives des sociétés civiles, organisations, associations et collectifs indépendants. L’auteur cite en exemple le Fonds d’investissement dans l’innovation pour le développement, présidé par l’économiste Esther Duflo.

Il semble opportun de bâtir une Maison des mondes africains et des diasporas. Achille Mbembe fait observer qu’il n’existe pas, en France, un établissement pluridisciplinaire voué à la création africaine et diasporique moderne. Cette structure devrait être une initiative présidentielle, à l’image du Musée du quai Branly, voulu par Jacques Chirac. Une initiative spécifique en direction des diasporas, ainsi que des territoires français ultramarins, est nécessaire. Achille Mbembe a déjà trouvé le nom de cette « Maison », celui de l’écrivaine guadeloupéenne Maryse Condé.

Le poids de la question des migrations

L’auteur appelle de ses vœux le déclenchement du programme Campus nomade. Lequel doit être conçu comme une réponse directe à la demande de mobilité, de circulation et de connaissance qui travaille les nouvelles générations africaines et françaises dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche. En effet, la coopération universitaire et scientifique ne peut pas se limiter à l’amélioration de l’apprentissage et au développement accru des compétences.

Le programme pourrait d’une part, s’inspirer du modèle européen Erasmus, tandis que d’autre part, un « Collegium franco-africain » pourrait servir de tremplin à une communauté scientifique d’excellence. Cette structure pourrait retenir divers projets autour de thèmes structurants.

L’auteur préconise d’engager le Forum euro-africain sur les migrations. Alors que la mobilité des étudiants, des chercheurs, des artistes, est indispensable, elle ne peut répondre, à elle seule, à l’enjeu central des migrations, auquel l’ensemble des pays africains et européens est confronté.

La politique européenne en la matière est trop militaire, trop centrée sur la répression et le découragement à la migration, explique Achille Mbembe, qui regrette que les progrès en matière d’accueil des personnes migrantes soient encore trop faibles. C’est pourquoi une structure ad hoc « pourrait accompagner la montée en puissance d’une politique migratoire concertée entre l’Afrique et l’Europe ».

Il serait d’ailleurs opportun de lancer une plateforme de débats Afrique – France. L’hexagone est impliqué, à divers titres, dans maintes initiatives pour accompagner le continent. En dépit de leur richesse et complexité, la plupart d’entre elles ne sont pas connues.

Or, tous les sujets doivent être abordés, « même et surtout les plus difficiles ». L’auteur renvoie ici à la fois au ressentiment des traumatismes de la période coloniale, en Afrique, ainsi qu’à la persistance du racisme et de l’extrémisme, en France. Une telle structure, entre autres mission, « serait le lieu d’incubation de nouvelles idées au service d’une stratégie afro-européenne ».

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts