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Politique

Pierre Buyoya (ex-président du Burundi) : « L’intervention militaire internationale est anormale » en Afrique

L’ancien chef d’État du Burundi (à deux reprises entre 1987 et 2003) considère qu’il n’y a pas de solutions globales aux problèmes de sécurité. Les réponses doivent être adaptées aux réalités de chaque pays et de chaque région.

Propos recueillis par JO

On vous retrouve à Bamako, très loin de votre pays le Burundi, pourquoi ?

Oui, je suis à Bamako, parce que je travaille pour l’Union africaine ! Depuis 2012, je suis le Haut représentant de l’UA pour le Mali et le Sahel. Voilà ma raison d’être ici. Bien sûr géographiquement, le Mali est loin du Burundi…

Avec votre expérience d’ancien président du Burundi et de médiateur de l’Union africaine, quel est pour vous le meilleur régime de défense pour les pays africains ?

Je me réjouis que le débat sur la sécurité ait lieu. Cette question est au coeur des préoccupations de l’Afrique et des Africains. Partout comme dans le Sahel ou au Mali, ce débat est vital, d’où l’importance qu’il revêt à mes yeux. Ceci dit, c’est une problématique très vaste et très compliquée, car il existe la sécurité des États, celle des populations, celle des structures et des biens…

Plus de 50 ans après les indépendances, l’Afrique en est encore à recourir à des interventions extérieures. C’est ce qui fait que les Africains considèrent que la situation est anormale et est une honte pour l’Afrique. (…) L’intervention étrangère en Libye a été non seulement extrêmement mal faite ; elle a même été contre-productive. Cette situation traduit la faiblesse des Africains à gérer eux-mêmes les problèmes de sécurité.

Ensuite, la sécurité est aussi conçue au niveau national, sous-régional, continental et plus globalement. La sécurité doit s’inscrire dans les réalités de chaque pays et de chaque région. Je ne pense pas qu’on puisse définir le régime d’une sécurité idéale qui serait « prêt-à-porter » pour tous. Il nous faut analyser les facteurs qui influencent la sécurité négativement ou positivement et les grands défis qui sont posés. Et c’est à chaque pays de construire sa sécurité en fonction des menaces, des recours, de l’histoire, des réalités. Qu’il s’agisse d’un pays en conflit ou en post-conflit, en paix, l’approche sécuritaire ne sera pas la même !

Au niveau régional aussi, l’approche est différente. Dans les cinq régions de l’Afrique, les défis sécuritaires ne sont pas les mêmes. Le Sahel et l’Afrique australe ne sont pas dans les mêmes contextes. Dans chaque région, il s’agit de voir comment les pays vont coopérer pour contrer le terrorisme, contrer d’autres menaces. Par exemple, au Sahel, vous avez non seulement le terrorisme, mais aussi la radicalisation, et au niveau économique, la région est vulnérable sur le plan de la sécurité alimentaire, au niveau de l’environnement et du développement. On voit que les États de cette région sont fragiles, avec des territoires extrêmement vastes, mal sécurisés, mal défendus, et avec des ressources limitées. Par conséquent, la question de la sécurité doit se fonder sur l’histoire de chaque zone géographique.

On a entendu certains Africains appeler les gouvernements à se désengager d’un segment de la sécurité en le confiant aux sociétés privées de sécurité, aux structures de gardiennage et surtout aux populations, notamment à travers les groupes d’autodéfense ethnico-autochtones. Est-ce une solution crédible ?

C’est une approche probablement erronée. La réalité est que, dans un pays donné, il y a de la place pour l’État. Vous ne pouvez pas l’exclure de son premier devoir, à savoir assurer la sécurité des personnes et des biens. Cela ne veut pas dire qu’il doit tout faire.

Certes, on peut faire de la place pour les sociétés privées de sécurité, nous trouvons là une question de partage et de rôle. Cette question ne se pose pas seulement en Afrique. En Europe, en Amérique, les supermarchés sont gardés par les sociétés privées, pourquoi en Afrique cela serait inacceptable ? En ce qui concerne les communautés, elles ont un rôle à jouer dans la sécurité.

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