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Opinion

Une meilleure banque pour une meilleure Afrique

Une meilleure banque pour une meilleure Afrique
  • Publiéjuin 10, 2024

La route du groupe bancaire a été parsemée d’embûches et de difficultés, mais la vision des fondateurs a fini par triompher et faire de Ecobank une grande réussite africaine.

 

« Une meilleure banque pour une meilleure Afrique. » Tel est le titre de la couverture du Rapport annuel de Ecobank. Ce slogan définit parfaitement la mission de la banque à l’approche de son 40e anniversaire en 2025. L’histoire de Ecobank est riche en événements. Fondée par des Africains, dirigée par des Africains, pour des Africains, cette banque exemplaire est une très grande réussite.

L’exploit qui fait de Ecobank un cas unique en Afrique est la composition cosmopolite de son Conseil d’administration de quinze membres, de son Comité exécutif de quinze directeurs et de ses 15 000 employés.

Le chemin a été parsemé d’embûches et de difficultés, mais la juste vision des Pères fondateurs a fini par triompher et surmonter tous les obstacles. Un vibrant hommage est ici dû à notre aîné Gervais Koffi Djondo, et à feu Adeyemi Lawson, les deux pères de Ecobank. Sans eux et leurs Chambres de Commerce du Togo et du Nigeria, il n’y aurait jamais eu d’Union sacrée entre des Africains de plusieurs pays francophones et anglophones de l’Afrique de l’Ouest pour créer en 1985 une banque panafricaine pour satisfaire les urgents besoins financiers des entrepreneurs de la région. L’exploit du monumental Djondo a été renouvelé avec la création de Asky, la prestigieuse compagnie africaine dont il a été aussi le fondateur.

Jeremy Awori entame sa deuxième année en tant que directeur général de Ecobank.
Jeremy Awori entame sa deuxième année en tant que directeur général de Ecobank.

Citibank a aidé à lancer Ecobank comme Ethiopian Airlines l’a fait pour Asky. Ces deux décisions de faire appel à des experts reconnus pour diriger ces entreprises ont été vitales pour assurer leur envol. Ecobank Togo est la première à ouvrir en 1988.

Le véritable artisan qui a fait Ecobank ce qu’elle est aujourd’hui est le génial banquier panafricain Arnold Ekpe. Il a été appelé deux fois à prendre les rênes de la banque et il l’a marqué à tout jamais de sa forte empreinte. Au tendre âge de 60 ans, il a respecté l’âge limite fixé par les statuts –il aurait pu les faire changer –  sans avoir terminé le « Work in Progress », sa phrase favorite.

Ce bâtisseur dans l’âme a réalisé le rêve des Pères fondateurs. À son départ, la banque était présente dans 35 pays dans ce qu’il appelle « Middle Africa », c’est-à-dire tout le continent en dehors du Maghreb et de l’Afrique du Sud. La banque était présente aussi à Londres, Paris, Dubaï et Pékin.

Son objectif était d’être parmi les trois premières banques dans chaque pays. Son admirable bilan et ses formidables réalisations -dont le nouveau siège de la banque, l’un des plus beaux et des plus connus monuments de Lomé – marquent à tout jamais la carrière de cet entrepreneur, né au Nigeria.

 

Accident de parcours

Ses successeurs avaient pour mission de continuer cette œuvre magistrale en consolidant les acquis et en assurant la croissance rapide de ce qui était devenu un des rares succès Panafricains, un exemple admirable de réussite. Il fallait surtout à la nouvelle direction d’atteindre tous les objectifs stratégiques fixés et de devenir un mastodonte incontournable. Les banques du Maroc, du Nigeria et d’ailleurs étaient aux aguets. Voyant la facilité avec laquelle Ecobank se développait partout, elles ont vite fait de l’imiter et de s’implanter les unes après les autres dans ces marchés devenus de plus en plus concurrentiels.

Christiane Yolande Bossom, directrice de la communication
Christiane Yolande Bossom, directrice de la communication

À cause d’un mauvais choix de CEO, le développement de Ecobank s’est arrêté tout net ; ce qui prouve que le légendaire Arnold Ekpe était encore l’homme tout à fait indispensable. Il aura fallu une longue décennie à la nouvelle direction pour assainir la situation et remettre l’institution sur les rails. La croissance a été malheureusement médiocre et les actionnaires africains – qui sont le socle de la banque – ne sont pas contents. Ces petits investisseurs qui ont une foi inébranlable dans Ecobank n’ont pas été récompensés. Ils regrettent amèrement de n’avoir pas récolté les fruits attendus, soit par la valorisation de leurs actions, soit par des dividendes.

C’est la preuve incontestable que la réussite de toute entreprise dépend uniquement de la qualité de ses dirigeants : construire une entreprise est mille fois plus difficile que de la détruire.

Revenons maintenant à la question brûlante du jour. Est-ce que Ecobank est devenue une meilleure banque dans une meilleure Afrique ? La réponse est sans conteste oui. Il n’y a plus aucun doute à ce sujet. La démonstration en a été faite lors des assemblées générales ordinaires et extraordinaires qui se sont tenues à Lomé le jeudi 7 juin. De mémoire d’homme, ces assemblées ont été les plus courtes et les meilleures jamais organisées. Finies les interventions folkloriques d’autrefois ; quasiment pas de plaintes d’actionnaires et absence remarquée des représentants des associations. Il faut signaler la présence d’un roi parmi l’assistance et bien sûr comme toujours l’élégance coutumière des belles africaines. Notons aussi que toutes les résolutions ont été adoptées à 100% ou à plus de 99,96% des voix, sauf une à 95%, ce qui constitue des scores remarquables. Enfin, ce qui a été marquant cette année a été l’hommage unanime à la direction par divers actionnaires.

Lors de l’Assemblée extraordinaire, la prouesse a été renouvelée puisque la résolution autorisant la levée de fonds à hauteur de 600 millions de dollars a été approuvée par 99,97% des voix. Ces fonds serviront au remboursement d’une dette de 500 millions qui arrivera à échéance.

 

Des résultats éloquents

Le redressement de la banque est maintenant parfaitement accompli. Elle est de nouveau sur la bonne voie, entre les mains d’excellents dirigeants. Les résultats sont éloquents et les chiffres flatteurs. Avant de les examiner, félicitons Alain Nkontchou, dont c’est le dernier mandat comme président après quatre années enrichissantes et cinq autres comme administrateur.

Le président camerounais remet le flambeau au Sénégalais Papa Ndiaye, qui a eu exactement le même parcours glorieux dans le monde de la finance africaine et internationale. Félicitons aussi Jeremy Awori qui vient de boucler sa première année complète à la tête de la banque. Le CEO kényan s’est révélé être un très bon choix et l’homme qu’il faut pour l’avenir.

La banque a réalisé un bénéfice consolidé de 581 millions, en hausse de 8% par rapport à 2022, malgré des provisions importantes et des dévaluations fortes des monnaies africaines. Les revenus ont dépassé la barre historique des 2 milliards de dollars, en hausse de 6%. Ces performances sont les plus élevées jamais réalisées par le groupe Ecobank. Le total du bilan dépasse les 27 milliards $. Pour pouvoir maintenir des ratios réglementaires obligatoires pour les banques, augmenter les capitaux requis indispensables et investir pour renforcer le développement de Ecobank, il a été décidé de ne pas distribuer de dividendes cette année, au grand regret des actionnaires petits et grands.

L’équipe de direction a été considérablement renforcée avec l’arrivée de quatre nouveaux directeurs exécutifs. Une ambitieuse stratégie de Croissance, de Transformation et de Rentabilité a été élaborée pour accélérer la croissance des revenus et des profits et verser régulièrement des dividendes.

Ecobank est maintenant parmi les TOP 5 dans 22 pays, les TOP 3 dans 15 pays et le TOP 1 dans huit pays. On est encore loin de l’objectif d’être dans les TOP 3 dans 35 pays africains ! Pour réussir véritablement, la banque doit grossir au Nigeria, le plus grand pays d’Afrique, et exploiter l’immense potentiel d’un continent peu encore bancarisé. Elle doit aussi développer considérablement son informatique, un secteur où elle a été pionnière. Elle a pu étendre son réseau à 33 pays africains et assurer une connexion financière à plus de 61% du continent.

L’atout principal et la grande force de Ecobank est sa présence diversifiée dans 35 pays d’un continent qui dominera le monde de demain grâce au dynamisme de sa jeunesse et au nombre prodigieux de sa population. L’avenir est en Afrique, plus que partout ailleurs dans le monde. L’ambition déclarée de Ecobank est que 40% des effectifs de la banque à tous les échelons soient des femmes, au lieu de 30% actuellement. Ecobank s’est aussi engagée pour le développement durable et pour mettre à l’honneur les changements environnementaux et sociaux positifs.

 

La force d’un groupe panafricain

L’exploit qui fait de Ecobank un cas unique en Afrique est la composition cosmopolite de son Conseil d’administration de quinze membres, de son Comité exécutif de quinze directeurs et de ses 15 000 employés. Ce sont les représentants de 43 différentes nationalités qui font la grande force de cette vénérable institution. La banque possède un réseau de 650 agences, de plus de 2400 DAB, de plus de 32 millions de clients, et de près de 14 millions d’Utilisateurs App mobile. Elle est cotée en Bourse à Accra, Abidjan et Lagos.

Ce premier groupe bancaire panafricain a encore du pain sur la planche. Il lui faut continuer à tout prix son expansion dans les pays de la Middle Africa où il n’est pas encore présent, comme en Angola, en Éthiopie ou au Soudan. Il lui faut aussi, maintenant que la rentabilité est assurée, augmenter considérablement son budget de communication pour devenir, comme elle le veut, l’une des dix marques les plus connues en Afrique.

Ayo Adepoju, directeur financier de Ecobank.
Ayo Adepoju, directeur financier de Ecobank.

Enfin, il y a le problème fondamental de l’actionnariat. Il faut revenir à l’ADN de la banque qui est d’avoir des actionnaires Africains pour servir les intérêts des Africains. C’est peut-être un sujet qui fâche, mais il faut absolument que l’immense majorité des actions soient entre les mains des Africains.

Cela étant, remercions les fidèles gros actionnaires Nedbank, QNB, PIC et Arise BV qui soutiennent fermement la banque. Pour terminer, puis-je exprimer le souhait que les administrateurs soient de fervents Ecobankers, totalement dévoués à la mission de la Banque telle que voulue par les pères fondateurs ?

Pour mieux connaître Ecobank, il est recommandé de lire l’excellent ouvrage L’histoire de Ecobank rédigé par le regretté Kaye Whiteman. Il est l’un des meilleurs journalistes britanniques spécialistes du continent, avec son mentor le titan David Williams. Tous deux ont été les indomptables rédacteurs en chef du célèbre magazine hebdomadaire West Africa. Ils ont consacré leur vie à servir les intérêts de l’Afrique. Personne ne connaissait la région mieux qu’eux. Ils étaient admirés et respectés par les dirigeants de la région qui leur accordaient une confiance totale et avaient avec eux des relations privilégiées. Le troisième nom qu’il faut citer est notre grand confrère et ami, Patrick Smith, le rédacteur en chef d’Africa Report et de la newsletter Africa Confidential qui existe depuis 35 ans.

Pour tous ceux qui sont intéressés de mieux connaître le légendaire Arnold Ekpe, nous leur conseillons de lire son livre The Bush Banker, l’un des meilleurs « business books »  africains.

 

De droite à gauche : Christiane Yolande Bossom, Alain  Nkontchou, Papa Madiaw Ndiaye,Jeremy Awori et Ayo Adepoju
De droite à gauche : Christiane Yolande Bossom, Alain Nkontchou, Papa Madiaw Ndiaye,Jeremy Awori et Ayo Adepoju

 

 

@ABanker

Écrit par
Khaled Cherif

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