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Opinion

Une guerre peut en cacher une autre

Une guerre peut en cacher une autre
  • Publiéaoût 15, 2022

Le président de la Fondation Prospective et Innovation, ainsi que de Leaders pour la Paix, s’inquiète des tensions actuelles qui secouent le monde, et dont personne n’est à l’abri. Pour Jean-Pierre Raffarin, l’Europe, pour qui la coopération avec l’Afrique est consubstantielle, peut faire œuvre de Paix.

La situation du monde aujourd’hui nous effraie. La guerre est revenue en Europe. Elle semble disposer des ressources capables de se prolonger longtemps. Pendant que le peuple ukrainien vit une terrible tragédie, les prix du blé augmentent, les armes ne se sont jamais aussi bien vendues, le gaz devient un privilège, le charbon brûle et pollue… Comme dans toute guerre, il n’y a pas que des perdants ! On n’en voit pas la fin.

La Russie renforce ses alliances, les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) trinquent à la mauvaise santé de l’Occident et se réunissent contre l’idée et la pratique des sanctions. Des pays comme l’Algérie frappent à la porte des héritiers de ce qu’on appelait autrefois les « non-alignés » et qui retrouvent une nouvelle jeunesse. La gouvernance mondiale hésite entre fissures et fractures.

Tous les ans, au Futuroscope de Poitiers (Centre de la France) des leaders, des experts, des politologues se rassemblent le dernier vendredi d’août pour réfléchir ensemble aux mouvements du monde, à l’invitation de la Fondation Prospective et Innovation (FPI). Cette année, le Forum a pour thème « l’Europe dans un monde de ruptures ». Français, Allemands, Hongrois, Américains, Chinois, Indiens, Africains y dialogueront. 

Les relations internationales sont  soumises à la tension entre les leaders des deux camps, les États-Unis et la Chine. Cette tension est vive et dangereuse. Le numéro un mondial n’accepte pas l’émergence du numéro deux, qui, lui-même, se verrait bien numéro un. Très vite, on est passé d’un rapport de forces économiques (droits de douane) à une tension diplomatique (boycott olympique) puis à une rivalité potentiellement militaire (Taïwan). La politique intérieure, de part et d’autre, jette de l’huile sur le feu : en Chine la stratégie Zéro- Covid crée des remous, en Amérique les élections de mi-mandat s’annoncent difficiles et poussent à la surenchère. Les deux situations sont favorables aux ultra-nationalistes. Plus la compétition est vive, plus la rivalité est systémique. L’affrontement, impensable voici quelque temps, devient maintenant possible. « L’hyper-menace » est là !


L’Europe n’a pas dit son dernier mot

La peur de la guerre à l’Est du continent nuit paradoxalement au projet de défense européenne puisque, dans la peur, les Européens lancent des SOS à l’OTAN. L’Europe pourrait être la grande victime de la nouvelle donne internationale. Si elle se divise, l’Europe risque de sortir de l’histoire. Elle, dont on espère qu’elle puisse jouer un rôle de force d’équilibre dans cet antagonisme mondial, doit réinventer sa propre dynamique.

L’Europe cependant n’a pas dit son dernier mot. Elle dispose de ressources stratégiques qu’elle peut décider de mobiliser.

D’abord la Planétisation. La Paix a besoin de consensus. Or aujourd’hui, partout dans le monde, un consensus est porté par les sociétés civiles et particulièrement les jeunes selon lequel l’humanisation de la mondialisation passe par la Planétisation des consciences. Défendre la planète, c’est défendre l’humanité. Avec l’accord de Paris, l’Europe est légitime pour porter ce projet et renforcer son destin.

Ensuite, la Démocratie. Face aux régimes autoritaires, les démocraties doivent se renforcer en améliorant leur efficacité, en affirmant leur autorité et en assumant leur diversité dans la conviction partagée du nécessaire respect de l’autre, du pluralisme et du sens du compromis. L’Europe peut animer aux côtés des États-Unis cette Alliance des Démocraties dont l’objectif doit être de renforcer à l’intérieur leur légitimité et à l’extérieur, de promouvoir leurs valeurs. À l’Est comme à l’Ouest, les démocrates doivent se parler pour progresser ensemble.

Enfin, la Souveraineté solidaire. Alors que la pandémie de coronavirus a révélé nos différents degrés de dépendance, la souveraineté est apparue comme une exigence des temps modernes. Toutefois, chacun a bien compris que la souveraineté intégrale est une utopie et qu’il faut intégrer la solidarité à notre effort de souveraineté. L’Europe est un modèle de conjugaison de l’indépendance et de la solidarité. Il est exclu de limiter notre raisonnement à la compétition entre deux blocs alors que, par exemple, la coopération avec l’Afrique est consubstantielle au projet européen. Sur chaque continent,  des espaces de solidarité existent.

En s’appuyant sur de tels piliers et sans doute quelques autres, il serait sans doute possible de « rallumer les lumières », comme le dit avec force Rachel Kahn, grand témoin de l’édition 2022 du Forum de la Fondation Prospective et Innovation au Futuroscope. Pour que l’Europe trouve les forces de cette stratégie,  il faut  que l’alliance franco-allemande se mette en chemin dans cette direction. C’est une œuvre de Paix qu’il s’agit de construire pour arrêter ce convoi des guerres où l’une peut cacher l’autre.

Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre

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Sur l’Agenda :

Retrouvez ce vendredi 26 août l’édition 2022 du Forum du Futuroscope « L’Europe dans un monde de ruptures ». Rendez-vous le vendredi 26 août 2022 à 9 h 30 (heure française) sur place ou à 10 h en ligne.


Renseignements et inscriptions, cliquez ici.

@NA

Écrit par
Jean-Pierre Raffarin

2 Commentaires

  • Très sage analyse…
    Le caractère universel des valeurs démocratiques est indéniable. Leur acquisition fait appel à des prérequis qui, en occident ont été obtenus après des processus de transformations politiques, culturelles, sociales ayant duré des siècles. Ceci dit, les démocraties occidentales dans leur salutaire tâche de promotion des valeurs démocratiques, doivent faire preuve de moins de suffisance et laissé des espaces aux voix dissonantes. Afin de rendre le message plus audible. Et enfin l’histoire, les dynamiques actuelles et surtout la géographie qui ne peut en aucun cas se réinventer font que l’Europe et l’Afrique ont la même destinée. Pour désintoxiquer les rapports entre l’Afrique et l’Europe, il faut nécessairement solder le passif colonial. Ici aucune allusion n’est faite aux réparations matérielles et autres, mais plus tôt à un travail de mémoire basé sur la vérité. En en effet ce travail de mémoire permettrait de replacer la colonisation dans son contexte. L’état actuel des relations entre l’Afrique et l’Europe, la France en particulier ne doit pas être isolé de cette histoire commune, qui est autant merveilleuse que tragique. Occulter ce lien a toujours conduit à établir des diagnostics erronés, ce qui implique naturellement des pronostics non fiables.

  • Je trouve remarquable la présentation de Jean-Pierre Raffarin.
    Le temps de la repentance, qui a pu être nécessaire dans le passé est derrière nous.
    Nous devons résolument nous tourner vers un avenir qui certes reste à inventer mais qui est, pour le moment assez prévisible, au moins pour les 10 prochaines années. Il nécessitera d’énormes énergies, de considérables moyens financiers et une coopération de toutes les cultures (je préfère cette appellation à celle des Etats). Les ressources excédentaires des uns devront servir aux besoins des autres à la condition qu’elles soient bien utilisées.
    Bravo à cette initiative

    Jean-Louis Baroux
    Président du World Connect by APG

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