x
Close
Opinion

Une fracture numérique toujours préoccupante

Une fracture numérique toujours préoccupante
  • Publiémars 8, 2024

L’accélération de la croissance des nouvelles technologies a eu des effets bénéfiques pour l’emploi, la productivité, mais a accru l’écart entre pays riches et pays en retard, ainsi que les inégalités à l’intérieur des pays.

 

La pandémie de Covid-19 a entraîné une accélération « sans précédent » de la transformation numérique dans le monde entier, marquée notamment par la montée en flèche du trafic de données et de l’utilisation des applications mobiles, le boom de l’industrie informatique et la résilience des entreprises digitales. Tel est le constat, plutôt positif, de la Banque mondiale, qui dévoile cette semaine son volumineux rapport 2023 Progrès et tendances de l’économie digitale. Un outil amené à s’actualiser régulièrement.

« En mesurant de près les avancées du numérique à l’échelle nationale, régionale et mondiale, les responsables publics et le secteur privé seront davantage en mesure de concentrer leurs efforts sur les domaines les plus critiques pour réduire la fracture numérique. »

Le constat positif est à nuancer : si tous les pays ont connu une hausse importante du recours au numérique, les gains réalisés dans les pays à faible revenu n’ont pas suffi à combler l’écart qui les sépare des pays plus riches, ni à résorber la fracture numérique à l’intérieur de leurs frontières. Dans ces pays, seule une personne sur quatre a accès à l’internet.

Dans les pays à revenu faible et intermédiaire, les carences dans la vitesse de connexion, le trafic de données et les usages limitent les gains que les particuliers et les entreprises pourraient tirer du numérique. Pendant la pandémie, l’utilisation des technologies numériques a entraîné une forte augmentation du trafic de données, dopée par le streaming vidéo.

Le trafic mobile haut débit moyen par habitant dans les pays riches a été plus de 20 fois supérieur à celui des pays à faible revenu, et plus de 1 700 fois pour les connexions fixes. En 2023, les vitesses du haut débit fixe et mobile étaient cinq à dix fois plus rapides dans les pays à revenu élevé que dans ceux à faible revenu.

Dans les mêmes temps, les prix demeurent « beaucoup plus élevés » pour les populations pauvres, les prix médians du haut débit fixe dans les pays à faible revenu représentant un tiers du revenu mensuel en 2022. Le smartphone le moins cher représente plus de 14 % du revenu annuel des personnes vivant avec moins de deux dollars par jour.

Aujourd’hui, c’est en Afrique que la connectivité coûte le plus cher, tandis que la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord accuse les plus faibles taux d’adoption des services financiers numériques dans le monde. En Afrique, l’Internet mobile couvre 84 % de la population, mais seulement 22 % des Africains l’utilisent, précise le rapport. Et alors que seulement 8 % des connexions mobiles utilisent des téléphones de base ou des téléphones fonctionnels dans les pays à revenu élevé, ce chiffre grimpe à 46 % dans les pays d’Afrique subsaharienne.

 

Création de richesse et d’emplois

« La numérisation est le grand vecteur de transformation de notre temps, mais seulement pour ceux qui ont la chance d’être connectés », souligne Axel van Trotsenburg, directeur général de la Banque mondiale. « Sans accès à l’Internet et sans les compétences nécessaires pour utiliser efficacement les technologies numériques, vous vous retrouvez de fait exclus du monde moderne. » En effet, les services essentiels qui soutiennent le développement (comme les hôpitaux, les écoles, les infrastructures énergétiques et l’agriculture) dépendent tous du réseau mondial et des données.

Et pourtant, le rapport est formel : le décollage du numérique est porteur de croissance économique, d’emploi et de résilience. Entre 2000 et 2022, le secteur des services informatiques a connu une croissance presque deux fois plus rapide que l’économie mondiale. Au cours de la même période, l’emploi dans les services numériques a augmenté de 7 % par an, soit un rythme six fois plus élevé que la croissance de l’emploi total. Durant la pandémie, les pertes de chiffre d’affaires des entreprises qui avaient investi dans des solutions numériques ont été deux fois moindres que celles subies par les entreprises non digitalisées.

« En mesurant de près les avancées du numérique à l’échelle nationale, régionale et mondiale, les responsables publics et le secteur privé seront davantage en mesure de concentrer leurs efforts sur les domaines les plus critiques pour réduire la fracture numérique », commente Guangzhe Chen, vice-président de la Banque mondiale pour les Infrastructures. « Afin de tirer parti du potentiel de transformation des technologies digitales, la communauté mondiale doit redoubler d’efforts pour aider les pays en développement à rattraper leur retard, accélérer l’adoption du numérique et faire en sorte que chacun soit inclus dans ce processus. »

@AB

 

Écrit par
Aude Darc

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *