x
Close
Opinion

Sommet de l’UA, une chance de transformer l’agenda de l’Afrique

Sommet de l’UA, une chance de transformer l’agenda de l’Afrique
  • Publiéfévrier 14, 2024

Face à l’intensification des crises climatiques et écologiques et à l’augmentation de la pauvreté et des inégalités, une nouvelle politique et une vision industrielle panafricaine s’imposent.

 

L’espace budgétaire restreint de l’Afrique – du fait des niveaux élevés de dette extérieure et d’un coût du capital plus élevé – continue d’étirer les filets de sécurité sociaux et économiques de ses habitants jusqu’à un point proche de la rupture.

Le poids du service de la dette extérieure étouffe la marge de manœuvre budgétaire nécessaire aux investissements stratégiques dans l’éducation, la santé, le logement, les infrastructures, l’adaptation au climat et d’autres services publics essentiels pour des millions de personnes.

Les dirigeants africains devraient présenter un plan et des priorités clairs autour desquels le continent se ralliera collectivement pour s’engager avec le club du G20 et d’autres organismes multilatéraux.

Une trentaine d’économies africaines sont considérées comme lourdement endettées. Le fait que de vastes régions du continent soient directement confrontées à la crise climatique, allant de graves sécheresses à des inondations et des cyclones meurtriers, n’arrange rien.

La crise de la dette extérieure est alimentée par trois grandes faiblesses économiques : des déficits profonds en matière de sécurité alimentaire et énergétique, une industrialisation à faible valeur ajoutée et des règles déséquilibrées en matière de finance, de commerce et d’investissement au niveau mondial. Selon la Banque africaine de développement, la facture des importations alimentaires de l’Afrique, blé et riz, entre autres, devrait atteindre 110 milliards de dollars au cours des deux prochaines années, soit un triplement par rapport à la décennie précédente. Pourtant, il y a moins d’un demi-siècle, le continent était le grenier à blé des anciennes puissances coloniales.

Ces failles structurelles continuent de creuser les déficits commerciaux et d’affaiblir les monnaies africaines, augmentant ainsi le coût des importations de denrées alimentaires, de carburant et de médicaments. En conséquence, les gouvernements africains se retrouvent coincés dans un coin étroit où ils n’ont guère de marge de manœuvre, si ce n’est pour obtenir davantage de prêts d’institutions telles que le FMI, dont les conditions de prêt et les conseils politiques réifient les droits de l’homme fondamentaux, créant ainsi un cercle vicieux sans fin de la pauvreté.

De même, l’absence de voix du continent dans la gouvernance des décisions économiques mondiales et les très faibles niveaux d’accès à l’énergie et d’industrialisation signifient des emplois perdus, des richesses perdues et une montagne de factures d’importation.

Les institutions et cadres financiers mondiaux créés après la Seconde Guerre mondiale sont toujours au service de l’économie mondiale – coloniale – de l’époque. Il faut que cela change pour que le système soit plus équitable et réponde aux besoins croissants des pays en développement en matière de financement des objectifs du Millénaire pour le développement et de la lutte contre le changement climatique, dans un contexte d’évolution rapide du climat.

Alors que les dirigeants africains se réunissent à Addis-Abeba pour le sommet de l’Union africaine des 17 au 18 février, – précédées de réunions préparatoires de la Commission de l’UA, depuis ce 14 février –, les questions que nous venons d’évoquer devraient faire l’objet d’une attention particulière. Le capital humain est probablement le plus grand atout qu’une économie puisse posséder ; voilà pourquoi le thème du sommet de l’UA est « Éduquer l’Afrique du XXIe siècle ».

Face à l’intensification des crises climatiques et écologiques et à la montée de la pauvreté et des inégalités, il est urgent d’élaborer une nouvelle politique et une nouvelle vision industrielles panafricaines qui évitent de reproduire les pièges de l’industrialisation et de l’énergie de l’ère postcoloniale.

 

Priorité à la souveraineté alimentaire

Il est impératif que les dirigeants africains s’appuient sur l’admission de l’UA en tant que membre permanent du G20 et sur son récent succès dans la promotion d’une convention fiscale mondiale aux Nations unies, pour faire pression en faveur d’un ordre économique mondial plus démocratique et plus inclusif, dans lequel l’Afrique occupe des sièges stratégiques et définit le menu à la table des négociations.

La réunion de l’UA fait suite à celle du Groupe des 77 + Chine (G77 + Chine) qui s’est tenue en janvier à Kampala pour défendre les intérêts des pays du Sud. L’Ouganda étant le nouveau président du groupe G77+Chine et le président du Mouvement des non-alignés, l’Afrique a une chance unique de faire preuve de leadership en formulant une vision globale et audacieuse autour de laquelle rallier le Sud en faveur du développement durable, de l’action climatique et du financement.

Cette vision doit donner la priorité à la souveraineté alimentaire du continent grâce à un système alimentaire agroécologique – utilisation de semences indigènes, d’engrais organiques, de pesticides naturels, rotation des cultures, cultures intercalaires, entre autres –, plutôt qu’à des cultures de rente destinées à l’exportation. Les économies africaines pourraient ainsi rapidement retrouver leur autosuffisance, tout en renforçant leur résistance au changement climatique.

Le monde ayant convenu d’abandonner les combustibles fossiles lors de la COP28 qui s’est tenue à Dubaï en 2023, l’Afrique a une occasion unique de sauter les systèmes énergétiques sales et obsolètes du passé et de s’orienter vers des systèmes d’énergie renouvelable plus sophistiqués et centrés sur l’homme, qui intègrent les avantages des systèmes centralisés et décentralisés. Les minéraux stratégiques du continent sont essentiels pour alimenter la transition énergétique mondiale et stimuler une industrialisation verte qui apporte une prospérité durable et des emplois à des millions de jeunes.

Les signaux sont clairs et le sommet de l’UA de cette année ne doit pas être une simple réunion d’amis pour trinquer au champagne. Les dirigeants africains devraient présenter un plan et des priorités clairs autour desquels le continent se ralliera collectivement pour s’engager avec le club du G20 et d’autres organismes multilatéraux.

L’Afrique devrait utiliser ses nouvelles positions au sein du G20, du G77+Chine et du Mouvement des non-alignés pour redéfinir son engagement dans l’espace multilatéral et redresser la situation des peuples et de la planète.

 

 

 

 

Joab Okanda est conseiller principal en plaidoyer à Christian Aid.

 

 

 

 

Fadhel Kaboub est conseiller principal à Power Shift Africa.

 

@AB

 

Écrit par
Joab Okanda et Fadhel Kaboub

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *