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Opinion

Quelle stratégie possible pour les États-Unis en RD Congo ?

Quelle stratégie possible pour les États-Unis en RD Congo ?
  • Publiéjuillet 11, 2024

Il est essentiel que les États-Unis s’efforcent de rééquilibrer leurs relations avec les pays africains, sans courir après la Chine ou la Russie, comme le montre l’exemple de la RD Congo.

 

Les décideurs américains, Démocrates ou Républicains, sont inquiets de l’influence de la Russie et de la Chine sur le continent africain. Il est vrai que les relations entre la Chine et la Russie d’une part, l’Afrique de l’autre, se sont approfondies dans divers domaines, notamment les échanges et les liens commerciaux, les relations militaro-sécuritaires et la technologie.

Toutefois, les décideurs américains, toutes tendances confondues, n’ont pas donné la priorité aux pays africains dans les plans de politique étrangère des États-Unis. L’intérêt limité de Washington pour l’Afrique a plutôt manqué de coordination et est maintenant souvent troublé par un concept mal défini d’« influence de la Chine et de la Russie ».

Ce qui favorise l’influence russe et chinoise en RD Congo, c’est la facilité d’obtention des visas ainsi que les nombreuses bourses d’études que ces pays accordent aux Congolais, surtout aux jeunes.

Certes, en août 2022, le président américain Joe Biden a lancé une « nouvelle stratégie » des États-Unis à l’égard de l’Afrique subsaharienne, mais elle ressemble à d’autres stratégies africaines des États-Unis : comme d’habitude, parce qu’elle ne s’adresse pas aux Africains. Il s’agit d’une sorte d’approche descendante, et non d’une approche ascendante comme il se devrait, qui met davantage l’accent sur la solidarité entre les Américains et les Africains afin de renforcer les liens historiques entre les peuples.

Il est essentiel que les États-Unis s’efforcent de rééquilibrer leurs relations avec les pays africains, d’autant plus que le continent connaît des changements démographiques et économiques spectaculaires. Comme l’affirme Judd Devermont, du Center for Strategic and International Studies, « chaque problème mondial aura une dimension africaine ». Qu’il s’agisse du changement climatique, de la lutte contre les pandémies ou de la cyber-gouvernance, les pays africains sont appelés à jouer un rôle important dans l’avenir des affaires mondiales.

Les décideurs politiques américains doivent comprendre que s’ils ne parviennent pas à faire progresser les relations entre les États-Unis et l’Afrique dans un avenir proche, en particulier lors du prochain sommet États-Unis-Afrique en décembre, ils manqueront une occasion cruciale de participer à une région en mutation rapide où les intérêts nationaux des États-Unis sont en jeu.

 

Un pays riche en ressources

Plus important encore, les États-Unis ne peuvent pas continuer à s’appuyer uniquement sur une stratégie consistant à critiquer l’engagement de la Chine et de la Russie en Afrique.

Cette opinion souligne les faits essentiels concernant la RD Congo que les décideurs politiques américains doivent comprendre afin de mettre en œuvre une politique américaine axée sur l’Afrique. Et se souvenir de quelques caractéristiques du pays. La RD Congo – qui célèbre ses soixante ans –, est le deuxième plus grand pays d’Afrique, comptant des frontières avec neuf autres pays. Sa population est riche de 100 millions d’habitants, dont 74% de jeunes ; les habitants de la RD Congo représentent plus de 200 groupes ethniques, avec près de 250 langues et dialectes parlés dans tout le pays. Kinshasa, la capitale, est la deuxième ville francophone du monde.

On le sait, la RD Congo est l’un des pays les plus riches en ressources de la planète, avec une abondance d’or, de cobalt, d’uranium, de diamants, de tantale, de tungstène et d’étain. Ce sont tous des minéraux utilisés dans l’électronique comme les téléphones et les ordinateurs portables. Le pays dispose également d’un potentiel hydroélectrique, d’importantes terres arables, d’une immense biodiversité et de la deuxième plus grande forêt tropicale du monde.

On le sait moins, son principal produit d’exportation est la musique !

La RD Congo est l’un des pays les plus importants d’Afrique pour la conservation de la biodiversité. Y vivent de nombreuses espèces endémiques animales ou végétales spectaculaires.

Toutefois, en RD Congo, seules 1,8 % des routes existantes sont goudronnées et moins de 10 % de la population a accès à l’électricité. Récemment, des efforts ont été consentis pour améliorer la situation, notamment l’annonce d’une enveloppe d’un milliard de dollars de la Banque mondiale pour le développement des infrastructures.

 

Pour un leadership responsable

Compte tenu de ce qui précède, la RD Congo peut facilement offrir des opportunités d’affaires dans de nombreux secteurs : l’agro-industrie ; le développement des infrastructures ; l’énergie, l’eau et l’assainissement ; la gestion des déchets ; le développement immobilier ; la banque ; l’assurance ; les médias ; l’habillement ; l’alimentation et les boissons ; l’éducation ; la santé ; l’hôtellerie, le tourisme ; l’industrie manufacturière ; les transports publics ; les ports et aéroports ; le pétrole et le gaz ; l’exploitation minière.

Les présidents Félix Tshisekedi et Joe Biden, à la Maison Blanche, le 14 décembre 2022.
Les présidents Félix Tshisekedi et Joe Biden, à la Maison Blanche, le 14 décembre 2022.

Ces opportunités d’affaires entre les Etats-Unis et la RD Congo ne seront rendues possibles que par l’existence d’un leadership responsable en RDC. Soit le respect des droits de l’homme, la démocratie, la bonne gouvernance, le bien-être social, une société ouverte, la paix et la sécurité, le commerce et l’investissement, le développement et un excellent climat des affaires.

Actuellement, le pays est en proie à la corruption, au détournement de fonds publics, à la mauvaise gestion, au gaspillage des ressources naturelles, à l’insécurité alimentaire, à la mauvaise gouvernance, à la violation des droits de l’homme, à la destruction de la faune et de la flore par les Chinois, au manque d’infrastructures publiques adéquates, à la pauvreté, à l’absence de vision du développement ainsi qu’aux conflits sécuritaires avec certains pays voisins. À cela s’ajoute l’élection chaotique de 2023 qui a suscité de nombreuses interrogations sur la légitimité du régime actuel.

Cependant, l’administration américaine et les organisations de la société civile (OSC) peuvent travailler ensemble avec le peuple congolais, à travers les OSC et les organisations confessionnelles pour changer la situation actuelle pour le bien des deux peuples et ouvrir la voie à la paix, à la stabilité et au développement en RD Congo.

Dans cette optique, les États-Unis doivent avoir des discussions significatives avec le régime actuel en RD Congo pour envisager des pourparlers de paix avec le principal groupe armé congolais actuel, l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigé par Corneille Nangaa.

Les responsables américains doivent prendre leurs distances avec les responsables de la RDC impliqués dans l’organisation des élections chaotiques de 2023, y compris tous ceux qui sont impliqués dans la corruption systémique, les discours de haine, les crimes d’État, les graves violations des droits de l’homme et les dirigeants de la milice urbaine appelée « Forces du Progrès » qui opère principalement à Kinshasa.

Les États-Unis doivent identifier et travailler avec les nouveaux leaders visionnaires potentiels en RDC pour la paix, la stabilité et le développement de la RD Congo et de la région des Grands Lacs en Afrique.

Ils peuvent encourager les entreprises américaines et les organisations de la société civile à investir et à mettre en œuvre des projets dans les secteurs que nous avons cités. Et promouvoir des projets d’échanges sportifs et culturels entre les citoyens américains et congolais.

Ce qui favorise l’influence russe et chinoise en RD Congo, c’est la facilité d’obtention des visas ainsi que les nombreuses bourses d’études que ces pays accordent aux Congolais, surtout aux jeunes. Si les Etats-Unis veulent maintenir et garantir leurs liens avec la RD Congo, les politiques et les décideurs américains devraient prendre en compte cette stratégie utilisée par les Russes et les Chinois en mettant l’accent sur le développement durable, les droits de l’homme, le bien-être social de la population, l’entreprenariat des jeunes et la société ouverte.

Les États-Unis devraient soutenir la mise en œuvre de la vision de la RD Congo en tant que terre d’affaires.

Jean-Pierre Alumba Lukamba

 

 

 

 

Jean-Pierre Alumba Lukamba est le directeur exécutif international de l’African Diaspora for Development.

@NA

Écrit par
Jean-Pierre Alumba Lukamba

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