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Opinion

Quand l’informel est une ressource

Reviennent de façon récurrente ces analyses et les regards croisés sur le sujet qui met mal à l’aise, objet difforme et qu’on n’enseigne pas, qui ne s’illustre dans aucun Colloque, aucune réunion, et inspire tant de gène de la part des institutions…

Par Patrice Fonlladosa

… Le poids écrasant du secteur « informel » en Afrique. J’ai choisi d’y mettre des guillemets, alors que selon les Classements 2018 du FMI il représente 70% des emplois en zone urbaine, et plus de 90% des nouveaux emplois créés sur la dernière décennie. Aucune discrimination cette fois , ce sont presque autant d’hommes que de femmes qui sont concernés, à quelques% près.

Concentrés sur leurs téléphones portables, les jeunes africains observent l’activité des autres et les lumières du monde…Et soyons en surs, ils se mettront en marche parce qu’ils veulent vivre eux aussi. Tout simplement. Mais c’est une autre histoire, et j’y reviendrais.

Et pourtant, « informel » ne veut pas dire inorganisé ou chaotique : certains secteurs sont très hiérarchisés, structurés et fonctionnent tout simplement en parallèle des Etats et des systèmes institutionnels, avec leurs propres codes et leurs règles.

Ils sont l’héritage des faillites de gouvernance et des politiques publiques molles dans le simple objet le plus souvent de survivre en environnement difficile. Vouloir sanctionner, taxer et contraindre n’a jamais et dans aucun des cas pratiqués depuis 30 ans par différents Etats sur le continent produit le début même d’un résultat positif d’intégration.

Selon l’OIT, en 2018 ce sont plus de 76% des travailleurs africains qui exercent leurs métiers hors législation. Donc, sans couverture sociale, sans assurances, sans retraites..

Les groupes privés qui eux sont soumis aux règles générales et les appliquent deviennent le socle fiscalisé de plus en plus étroit sur lesquels les Etats interviennent pour boucler leur budget annuel le plus souvent sous estimé , parfois au point d’en détourner certains du continent qui préfèrent un peu plus de régulation si c’est au profit d’une vision plus long terme.

Pourtant, rien d’inéluctable, et le Rwanda par exemple -et pour ne prendre que lui- montre des pistes d’inversion progressive et d’inclusion car ce pays, selon le FMI, a vu reculer notablement le poids de « l’informel ».

Refonte du droit commercial, innovation dans les accès au crédit sous différentes formes, mécanismes de micro-assurances pour les entrepreneurs, en quelques années il est devenu plus intéressant et protecteur pour envisager sereinement le moyen long terme d’emprunter les chemins d’une fiscalisation souple et progressive qui permet, étape par étape, d’accéder à de meilleures sources de financement. De se structurer pour attirer les talents.

Nous avons donc des raisons de croire. Et il revient au secteur privé, vecteur d’innovation par essence, et aux africains eux-mêmes de réclamer à leurs dirigeants les politiques pragmatiques qu’ils méritent amplement. 

 Si cela est atteignable et faisable, je n’oublie pas pour autant que chaque année ce sont de 13 à 17 M de jeunes africains qui sortent sur le marché du travail et plus de 30% d’entre eux ne vont exercer aucune activité. Pas même une activité sporadique.

Concentrés sur leurs téléphones portables, ils observent l’activité des autres et les lumières du monde…Et soyons en surs, ils se mettront en marche parce qu’ils veulent vivre eux aussi. Tout simplement. Mais c’est une autre histoire, et j’y reviendrais.

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