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Opinion

Pourquoi il faut venir en aide aux Soudanais

Pourquoi il faut venir en aide aux Soudanais
  • Publiéavril 4, 2024

La situation au Soudan n’est pas seulement alarmante ; elle est le signe avant-coureur d’un désastre qui menace de déborder les frontières et de déstabiliser toute une région.

 

Dans les plaines fertiles du Soudan, où convergent le Nil Bleu et le Nil Blanc, une tragédie se déroule qui pourrait éclipser la compréhension du monde des crises alimentaires.

Près de 230 000 enfants, femmes enceintes et nouvelles mères au Soudan pourraient mourir de faim dans les mois à venir, avertissent les spécialistes.

Le Soudan est ravagé par la guerre et les combats depuis avril 2023. Plus de 10 millions de personnes ont été forcées de fuir leur foyer, ce qui en fait la plus grande crise de déplacement interne au monde. La faim, la déshydratation et les maladies sont toutes en augmentation.

La situation au Soudan n’est pas seulement alarmante. Elle est le signe avant-coureur d’une catastrophe qui menace de se propager au-delà des frontières, potentiellement déstabiliser toute une région. Le Soudan est sur le point de devenir le prochain Yémen, synonyme de catastrophe humanitaire.

Le Soudan du Sud et le Tchad supportent déjà le poids des réfugiés qui ne portent guère plus que l’espoir de la sécurité et de la subsistance. Ces pays, avec leurs propres défis internes, sont maintenant poussés à leurs limites alors qu’ils luttent pour subvenir aux besoins de populations supplémentaires.

L’Égypte est également confrontée à un afflux de ressortissants soudanais, une situation qui ajoute à la pression existante sur son économie et ses ressources. De plus, le rôle central du Soudan en tant que canal du commerce et des transports est aujourd’hui compromis. La perturbation de ces routes affecte l’ensemble de la région de l’Afrique de l’Est, entraînant une réduction de la disponibilité et une augmentation des coûts des denrées alimentaires de base.

Le conflit actuel au Soudan a déchiré le fragile tissu social et économique du pays. Deux factions militaires se disputent le contrôle, sans tenir compte du coût en vies humaines et en moyens de subsistance. Cette lutte de pouvoir a entraîné les pires niveaux de faim jamais enregistrés pendant la saison des récoltes, une période généralement associée à l’abondance. L’impact du conflit sur les systèmes alimentaires soudanais n’est pas fortuit ; il s’agit d’une stratégie délibérée des factions belligérantes et d’agents étrangers tels que les Russes. La faim est une arme aussi puissante que n’importe quelle arme à feu.

 

Éviter la crise alimentaire qui se profile

La fenêtre d’action se rétrécit rapidement. Pour éviter que le Soudan ne sombre dans la plus grande crise alimentaire au monde depuis des décennies, il faut une réponse immédiate et multidimensionnelle. Pour éviter une catastrophe d’une ampleur sans précédent, une réponse robuste et immédiate est essentielle. La crise exige non seulement de l’attention, mais aussi de l’action, à commencer par des pressions diplomatiques et économiques accrues visant à mettre fin aux hostilités qui ont étouffé les lignes de vie du Soudan. À cela s’ajoute un besoin urgent d’une augmentation significative de l’aide humanitaire de la part de l’Union européenne, des États-Unis, du Royaume-Uni, de la Norvège et des partenaires des Nations unies.

Cette aide ne doit pas être un simple pis-aller, mais doit représenter un engagement soutenu à reconstruire le secteur agricole du Soudan, l’épine dorsale de son système alimentaire. En outre, il est crucial de soutenir la stabilité régionale. Les pays voisins qui accueillent des réfugiés et gèrent les conséquences indirectes du conflit au Soudan ont besoin d’un soutien pour maintenir la sécurité alimentaire et gérer les impacts sociaux et économiques. La communauté internationale doit mobiliser ses ressources collectives et sa volonté pour empêcher le Soudan de sombrer dans l’abîme de la famine. Les leçons de la crise actuelle au Yémen sont claires : le coût de l’inaction se mesure en vies humaines, et le temps d’une action décisive est en train de s’éloigner.

La crise au Soudan appelle une convergence urgente de la volonté, des ressources et de la stratégie internationales. La communauté internationale a l’obligation morale d’agir avant que le Soudan ne devienne un écho de la tragédie du Yémen. La nourriture, après tout, n’est pas seulement une marchandise, c’est la bouée de sauvetage d’une nation, la subsistance de son peuple et le fondement de sa stabilité.

 

Hafed Al Ghwell

 

 

 

Hafed Al Ghwell est directeur de l’Institut de l’Afrique du Nord de l’Université Johns Hopkins.

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Écrit par
Hafed Al Ghwell

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