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Opinion

N’attisez pas la haine au Cameroun !

Des identités multiples

N’était-ce pas juste hier que les enfants-soldats de la Sierra-Leone faisaient la honte de l’Afrique ? Les soldats affamés de la guerre du Biafra ? Les soldats du Liberia serrant dans les mains leur talisman qui devait les protéger ? Les tireurs des camps de Mogadiscio et Baidoa malades du choléra ? Et malgré cela, nous incitons encore aujourd’hui à la guerre ! Je vous prie d’essayer de comprendre les complexités de cette nation fragile, au bord du désastre.

Je suis né dans le Cameroun anglophone, voici 59 ans. Mes parents venaient du Cameroun francophone. Je suis allé à l’école, au collège et au lycée dans le Cameroun anglophone ; j’ai étudié la littérature anglaise à l’université. Je suis parti en Angleterre où je vis depuis 35 ans, et où je travaille en tant que producteur de télévision et réalisateur. Ce terme « anglophone » au Cameroun n’est pas une appellation linguistique. C’est une appellation qui marque une différence tribale. Les graves problèmes du Cameroun d’aujourd’hui relèvent de la même gangrène qui a dévasté beaucoup de pays africains : le tribalisme, quelque peu masqué par une appellation mettant l’accent sur la différence linguistique. Je demande aux personnalités qui veulent nous venir en aide d’utiliser leur célébrité pour mieux faire comprendre ce problème très africain.

Au Cameroun, il n’y a pas de héros aujourd’hui. Les gens disent qu’il n’y a que les corps des Ambazoniens tués en grand nombre, que l’on retrouve avec leur amulette autour du bras, censée les protéger des tirs. Ceux qui ont la chance d’être en vie font régner la peur. Quelle honte ! Nous n’avons pas voulu cela. Ceux qui ne sont pas d’accord avec les Ambazoniens sont condamnés à mort – et ce n’est qu’un avant-goût de ce qui peut arriver. Ceux qui ont de l’argent sont kidnappés pour obtenir une rançon ou contraints de donner de l’argent pour défendre la cause des Ambazoniens.

Les enlèvements et les meurtres, commis au nom de la lutte, sont devenus courants dans les deux régions anglophones. Et dans les capitales européennes et américaines, nos leaders se déchirent entre eux pour obtenir la plus grande partie de l’argent que nous donnons pour acheter des armes et nourrir les familles de nos héros tombés au combat. Nous envoyons des enfants, dès l’âge de 14 ans, drogués, mener une guerre de libération en leur promettant que, pour chaque soldat francophone tué, ils recevront 200 000 F.CFA (305 euros). Nous n’avons pas voulu cela.

L’argument de la marginalisation appartient au passé. Les factions armées du Cameroun anglophone sont aujourd’hui en guerre contre leur propre peuple, non contre l’État camerounais, tandis que nos leaders sont à l’abri dans les pays occidentaux et régurgitent les théories marxistes de la révolution et de la lutte.

Nos enfants ne vont plus à l’école depuis près de deux ans, à cause du règne de la terreur instauré par nos propres leaders, qui les menacent de leur couper les doigts s’ils vont à l’école, qui envoient des hommes armés attaquer des étudiants dans leurs dortoirs la nuit ou dans les églises, avant d’avancer des arguments bancals pour justifier leurs crimes. Nous sommes tombés si bas !

« Les écoles ne sont pas sûres en temps de guerre et nous ne pouvons pas assurer leur sécurité », argumentent-ils. « Attendons que la guerre soit terminée. » Mais combien de temps va-t-elle durer ?

L’an dernier, nous disions que c’était le gouvernement qui brûlait les écoles. Aujourd’hui, nous connaissons la vérité. C’est une guerre que nous ne pouvons pas gagner. La victoire est illusoire et nous devons l’accepter.

Nous serions alors considérés comme un peuple pacifiste, et non terroriste, si nous baissons les armes, et nous aurions plus de chances de gagner. Nous nous sommes exprimés haut et fort et le monde est aujourd’hui conscient de nos problèmes.

Nous pouvons combler le fossé qui nous sépare

Les séparatistes se sont fait beaucoup entendre, surtout en Occident, mais ils représentent une toute petite minorité. On dit qu’ils sont respectés. Oui, c’est vrai. Mais comment pourrait-il en être autrement s’ils font régner la terreur ? Ce que veut la majorité silencieuse du Cameroun, c’est la paix, et non pas des accusations qui ne manqueront pas d’attiser la haine.

Nous avons déclaré l’indépendance unilatéralement. Nous devrions déclarer un cessez-le-feu unilatéralement. La paix est ce que nous souhaitons et nous pouvons y parvenir ; ce, en déclarant un cessez-le-feu, en communiquant à nouveau avec le monde extérieur, en exprimant nos griefs de façon pacifique afin de résoudre le conflit de manière non violente.

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