Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Opinion

N’attisez pas la haine au Cameroun !

Un article écrit par la célèbre auteure nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, dans le New York Times, ainsi qu’un discours de l’ancien président ghanéen JJ Rawlings, semblaient rendre les francophones du Cameroun responsables de la violence qui règne actuellement dans le pays. Ici, le réalisateur camerounais Moise Shewa*, qui se considère lui- même comme un anglophone, explique sa position inverse, dans ce conflit.

En tant que Camerounais, je suis atterré par le discours de personnalités telles que l’ancien Président ghanéen, JJ Rawlings, le professeur PLO Lumumba et l’auteure nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, qui se servent de leur célébrité pour peser dans le conflit qui ravage le Cameroun. Intentionnellement ou non, ils parlent tous du Cameroun non pas au singulier, mais au pluriel – les Camerouns. C’est ainsi que les colons désignaient cette ancienne colonie allemande après qu’elle a été divisée et placée sous mandat britannique et français à la fi n de la Première Guerre mondiale.

De nombreuses guerres absurdes, barbares, et futiles qui ont ravagé l’Afrique depuis l’indépendance ont la même origine : le tribalisme. Malheureusement, les prises de position de ces personnalités, fondées sur quelques anecdotes racontées par des amis, donnent une image déformée de la réalité. Ces opinions sont celles d’étrangers qui ne connaissent pas notre peuple et ne comprennent pas la situation dans laquelle se trouve notre pays.

Nous devrions ravaler notre orgueil et mettre nos leaders au défi. L’Afrique change et le Cameroun ne sera pas à la traîne. Nous devons prendre le temps de bâtir les institutions sur lesquelles la démocratie peut s’appuyer.

Je demande à ces personnalités qui défendent les anglophones de ne pas prêter attention à ces histoires exagérées que leur racontent leurs amis sur leur expérience et celle de leur famille depuis la réunification, voici 59 ans. Oui, nous avons été marginalisés. Oui, nous n’avons pas eu accès à l’Internet pendant des mois, au cours de ces deux dernières années. Oui, nous avons été brutalisés et assassinés alors que nos professeurs et avocats manifestaient de manière pacifique. Cela signifie-t-il que nous devions déclarer l’indépendance du jour au lendemain sans réfléchir ? Le 1er octobre 2017, nous avons unilatéralement déclaré l’indépendance – même si nous avons dit par la suite qu’elle n’était que symbolique. La triste vérité, c’est que tous les pays du monde prendraient les armes pour réprimer ce type de rébellion.

Un problème d’hégémonie tribale

Les histoires que vos amis vous racontent, chères personnalités, comportent des mensonges destinés à convaincre la communauté internationale d’envoyer une force d’intervention pour faire cesser le soi-disant « génocide » commis par le Cameroun francophone afin que nous obtenions l’indépendance que nous avons déjà déclarée. Le problème du Cameroun n’est pas un problème linguistique, mais un problème d’hégémonie tribale qui résulte, il est vrai, de l’incapacité du gouvernement de traiter les citoyens équitablement.

Cela est symptomatique de la plupart des gouvernements d’Afrique. Je n’essaie pas de justifier le gouvernement du président Paul Biya mais les Camerounais anglophones qui vivent à l’étranger et quelques-uns vivant au Cameroun font croire qu’il s’agit d’une confrontation entre les anglophones et les francophones et s’efforcent ainsi de mettre de leur côté le monde anglophone. Ceci est un mensonge. C’est ce que l’on voudrait que le monde croie.

Non ! Non ! Et non ! Même si Chimamanda Ngozi Adichie n’a pas vécu la guerre du Biafra, au Nigeria, elle aurait dû apprendre de cette guerre que l’hégémonie tribale ne fonctionne pas. Le prix est trop lourd à payer. La guerre tue trop de gens. Elle détruit des vies et elle détruit des pays. Les Biafrais ont accepté le fait qu’il fallait avant tout préserver l’unité du pays. C’est le genre de message que nous avons besoin d’entendre de nos amis aujourd’hui, et non pas un discours de division, où les francophones du Cameroun sont accusés de mener le pays au désastre. Au Cameroun, il n’est pas trop tard. Ce que nous voyons aujourd’hui est seulement un avant-goût des guerres d’autrefois.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts

  • F.CFA, mon amour

    Sur longue période, la croissance des pays de la Zone franc est largement inférieure à celle de pays comparables. La défense du franc CFA à l’aune de la stabilité économique ne résiste pas à l’analyse.

  • Le développement impose de grands changements

    Le commerce se structure, en Afrique. Peu à peu, le continent s’industrialise. Et si était venu le temps de réformes plus profondes, et de régler enfin le sort du franc CFA, au-delà des polémiques politiciennes du moment?

  • Les croyances collectives au coeur des décisions

    Analyser l’impact des croyances collectives sur les décisions individuelles est une des clefs de la lutte contre la pauvreté. Un fait négligé par l’analyse économique. Or, nombre de décisions, en Afrique, en France… ne prennent sens qu’à partir des croyances collectives.

  • Le renouveau du tribalisme face à l’effacement des États

    Les faibles recettes fiscales privent les États des possibilités d’investir et d’entretenir services publics et armés… Et si la renaissance ou la persistance du tribalisme trouvaient leur origine dans les erreurs, entretenues par les Occidentaux, après les indépendances ?

  • F.CFA : Un leurre colonial

    La dévaluation du franc CFA est redoutée par les Africains. Elle ne viendrait pourtant que sanctionner une mauvaise gestion. Le problème est ailleurs, dans le …