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Opinion

Maghreb : Nouvelles secousses

Le nord de l’Afrique est le théâtre d’événements historiques dont les ramifications auront des répercussions à long terme sur la politique du continent. Les regards se tournent vers l’Algérie, la Libye, le Soudan. 

Par Anver Versi 

Tandis qu’un maréchal marche sur Tripoli, des manifestations simultanées, mais non liées, en Algérie et au Soudan, ont conduit au départ des présidents Abdelaziz Bouteflika et Omar el-Bachir. Dans les deux cas, le régime s’était appuyé sur un puissant service de renseignement, la répression brutale de toute contestation et une grande armée. 

Dans ces pays, face à des manifestants de plus en plus nombreux qui refusaient de se laisser intimider par la répression et les détentions, les fusils n’ont plus suffi à inspirer la crainte et sont devenus inutiles. 

En Algérie, Bouteflika – un homme sous influence – a démissionné mais les manifestants ont poursuivi leur mobilisation, exigeant le départ de tous les membres de son clan et un nouveau gouvernement. Au Soudan, des soldats se sont ralliés aux manifestants, et plusieurs ont perdu la vie en essayant de protéger le peuple. 

L’armée a tenté, par une révolution de palais, de rester au pouvoir, mais les manifestants ont refusé ce compromis et l’ancien ministre de la Défense, Ahmed Awad Ibn Auf, placé à la tête du conseil militaire de transition, ainsi que le directeur des services de renseignement, Salah Gosh, ont été contraints de démissionner. 

Politique des hommes forts 

C’est à présent le général Abdel-Fattah al-Burhan, moins contesté, qui dirige le conseil. Dans une volte-face inattendue, il a rendu hommage aux « sacrifices du peuple soudanais, en particulier des femmes et des jeunes ». Il a levé le couvre-feu, ordonné la libération des prisonniers politiques, promis un dialogue avec toutes les forces politiques et s’est engagé à la formation d’un gouvernement civil. 

Le principal organisateur du mouvement, la SPA (Sudanese Professionals Association), a exigé « le transfert du pouvoir à un gouvernement de transition civil, auquel l’armée participera, mais qu’elle ne dirigera pas ». La SPA a désigné des négociateurs civils afin d’entamer des pourparlers avec le conseil militaire en vue de transférer, à terme, le pouvoir à des civils.

Mais, tandis que la mobilisation citoyenne renversait deux « hommes forts » du continent, un autre, Khalifa Haftar, leader de l’autoproclamée « Armée nationale libyenne », basée dans l’est du pays, lançait une offensive à Tripoli, siège du Gouvernement d’union nationale, internationalement reconnu. 

L’opposante Emily Thornberry, occupant le poste de secrétaire d’État des Affaires étrangères du « cabinet fantôme » au parlement britannique, a accusé la France de soutenir les attaques d’Haftar, ce qu’a formellement démenti la France. Quoi qu’il en soit, son principal soutien financier provient de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. Le président égyptien, Abdelfattah al-Sissi, a appuyé Haftar. 

En finir avec le clanisme 

Ces trois pays ont le potentiel de devenir des puissances économiques africaines, mais sont rongés par des crises depuis des décennies. Certains sont attribuables à des problèmes structurels de leur système politique et d’autres à des ingérences extérieures. Le résultat a été le même : la stagnation du développement économique et social. 

Au Soudan et en Algérie, les populations ont décidé de se mobiliser et sont parvenues à renverser leur Président. En Libye, la population demeure divisée. Elle n’a pas encore compris que le véritable ennemi n’est pas un autre clan, un autre groupe ethnique ou une autre région, mais ceux qui bâtissent leur palais sur les souffrances de leur peuple. 

Pour le bien du continent, il faut espérer que les révolutions du peuple au Soudan et en Algérie soient un succès. Le triomphe des peuples du nord de l’Afrique sera un triomphe pour tous les peuples d’Afrique – et pourrait indiquer la fin de l’ère de la politique des « hommes forts ».

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