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Opinion

L’interaction entre le climat et les migrations

L’interaction entre le climat et les migrations
  • Publiédécembre 29, 2023

Les organisations de défense des réfugiés constatent la corrélation entre les atteintes au climat et les mouvements forcés de population. Une prise de conscience des pouvoirs publics, en Afrique et au-delà, s’impose désormais.

 

Le changement climatique et ses conséquences obligent de plus en plus les gens à fuir leur maison. Par conséquent, le lien entre le changement climatique et les défis préexistants, tels que les déplacements forcés de populations, doit être pleinement compris et bien pris en compte si nous voulons apporter des solutions efficaces et durables.

Les effets des phénomènes météorologiques extrêmes se recoupent avec une multitude de crises mondiales telles que les guerres, les conflits, les déplacements, les migrations et les épidémies, et accroissent la vulnérabilité des réfugiés, des apatrides et des personnes déplacées dans le monde entier. Plus de 110 millions de personnes sont actuellement déplacées et ont un besoin urgent d’aide humanitaire. Une proportion notable de 75 % des réfugiés sont accueillis par des pays à revenu faible ou moyen qui ont déjà du mal à répondre à leurs besoins fondamentaux, ce qui rend la situation encore plus urgente.

Le monde est confronté à de multiples défis perpétuels, dont l’énormité est écrasante à tous égards. Ces crises exigent des ressources financières urgentes, et une réponse coordonnée est nécessaire pour garantir des solutions inclusives et solides qui atteignent le monde entier.

Dans le même temps, le changement climatique fait des ravages, partout dans le monde. L’élévation du niveau des mers et les inondations côtières engloutissent des terres habitables et forcent des communautés à quitter leur foyer. La Banque mondiale estime que 216 millions de personnes pourraient se déplacer à l’intérieur de leur propre pays en raison des effets du changement climatique à évolution lente d’ici à 2050. Selon l’Observatoire des déplacements internes (IDMC), les déplacements dus à des catastrophes touchent environ 25 millions de personnes chaque année, soit trois fois plus que les personnes déplacées en raison de conflits et de violences.

Des menaces telles que la désertification accaparent des terres productives. La Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD) estime que 50 millions de personnes pourraient être déplacées en raison de ce phénomène au cours des dix prochaines années. Les phénomènes météorologiques erratiques provoquent également des ravages imprévus, privant des communautés entières de leurs besoins humains les plus élémentaires : nourriture, abri et moyens de subsistance. Le continent africain est touché de manière disproportionnée par le changement climatique. Des régions entières subissent une perte de terres arables, ce qui constitue un défi de taille, compte tenu de la forte dépendance à l’égard de l’agriculture.

 

Des ressources financières sont nécessaires

Ces deux scénarios sont liés : le changement climatique aggrave la situation des populations déplacées et augmente le nombre de personnes ayant besoin d’aide. Le plus souvent, les personnes déplacées perdent leurs biens lorsqu’elles fuient, ce qui accroît la pression sur les communautés d’accueil. Le changement climatique et les déplacements de population peuvent tous deux déclencher des conflits liés aux frontières et à la rareté des ressources. Dans les deux cas, la vulnérabilité est plus grande dans les pays en développement qui ont un faible niveau de résilience, de faibles capacités d’adaptation et des ressources financières limitées pour réagir de manière appropriée.

Près de trois réfugiés et demandeurs d’asile sur dix, et plus de sept personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays sur dix, sont accueillis dans des pays très vulnérables au climat. Ils sont souvent contraints de vivre dans des lieux dégradés ou périphériques, dans des camps surpeuplés ou dans des zones d’habitation informelles, avec un accès limité aux services de base ou à des infrastructures résistantes. Les chocs et stress climatiques exacerbent les conflits communautaires pour l’accès aux ressources naturelles essentielles telles que l’eau et la terre.

Comme toutes les crises, la réponse au changement climatique et aux déplacements humains nécessite des ressources financières considérables pour protéger les vies et les moyens de subsistance et maintenir les droits de l’homme fondamentaux. Bien qu’il existe un engagement mondial fort pour agir de toute urgence, l’action climatique est confrontée à des ressources limitées. Bien que la plupart des pays aient mis en place des politiques, des cadres et des stratégies pour guider la réponse et se soient engagés dans une transformation verte, l’action est largement sous-financée et lente.

Cela est particulièrement vrai dans les pays en développement qui ont déjà du mal à répondre aux besoins fondamentaux tels que les soins de santé, l’éducation et les services sociaux. Le même constat s’applique à la réponse aux déplacements humains. La charge de l’accueil et de la protection des réfugiés, en particulier des pays africains, incombe principalement aux pays voisins.

 

Collaboration pour aider les plus vulnérables

Le rôle des acteurs humanitaires dans la facilitation de l’action ne peut être sous-estimé, mais les ressources sont tout simplement insuffisantes pour répondre aux besoins croissants sur le terrain. Les fonds des donateurs sont sollicités à l’extrême et font face à des demandes concurrentes. Les efforts de mobilisation des ressources doivent donc être intensifiés pour inclure le secteur privé. Il est également important d’identifier les domaines dans lesquels les mêmes ressources peuvent être utilisées pour relever plusieurs défis. C’est là que les partenariats jouent un rôle important.

Le HCR (Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés) dirige les efforts internationaux visant à protéger les personnes contraintes de fuir leur foyer en raison de conflits et de persécutions, mais ses efforts sont souvent contrariés par des ressources limitées. Des facteurs tels que les menaces climatiques, les épidémies et les agressions dans les communautés d’accueil compliquent la situation et l’exacerbent. Le HCR reconnaît le lien entre le changement climatique et les déplacements, ainsi que l’impact sur son mandat, et recherche des ressources pour faciliter une réponse globale face à un climat de plus en plus hostile.

Le monde s’est uni pour promouvoir une réponse coordonnée au changement climatique. L’Union africaine oriente l’action climatique en Afrique et met en place des cadres, des politiques et des structures de soutien pour les États membres. À cet égard, elle a créé l’African Risk Capacity (ARC), une agence spécialisée chargée d’aider les États membres à planifier, à préparer et à répondre aux menaces climatiques et aux épidémies.

En soutenant le renforcement de la résilience dans les pays africains, l’ARC contribue à réduire la vulnérabilité des communautés, y compris des personnes déplacées. Il est donc naturel que l’ARC et le HCR établissent et approfondissent leur collaboration afin d’adopter une « approche centrée sur les personnes » en matière de préparation, ainsi que de plaider pour l’inclusion des plus de 30 millions de réfugiés accueillis sur le continent afin de s’assurer que personne n’est laissé pour compte.

Le monde est confronté à de multiples défis perpétuels, dont l’énormité est écrasante à tous égards. Ces crises exigent des ressources financières urgentes, et une réponse coordonnée est nécessaire pour garantir des solutions inclusives et solides qui atteignent le monde entier. Il est donc nécessaire d’identifier les domaines de collaboration potentielle et de mettre en commun les forces de toutes les parties prenantes afin de faire la différence dans la vie des plus vulnérables.

 

 

 

Ibrahima Cheikh Diong est secrétaire général adjoint des Nations unies et directeur général du groupe ARC.

 

 

 

 

Valentin Tapsoba est directeur du bureau régional du HCR pour l’Afrique australe.

 

@NA

Écrit par
Ibrahima Cheikh Diong et Valentin Tapsoba

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