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Opinion

L’injustice du changement climatique : quelles solutions pour l’Afrique ?

L’injustice du changement climatique : quelles solutions pour l’Afrique ?
  • Publiéoctobre 16, 2023

L’Afrique doit résoudre une équation difficile mais pas impossible : elle doit encourager la croissance sans alimenter les émissions de CO2. Plusieurs variables ont partiellement leur utilité, comme les obligations vertes. Et si la solution n’était pas que financière ?

 

On le sait, les pays les plus touchés par les catastrophes sont ceux qui ont le moins participé au problème. L’Afrique contribue à 3% des émissions mondiales de CO2 et pourtant, elle souffre de chaleurs extrêmes, inondations, cyclones, tsunamis….

L’anthropocène, c’est-à-dire le moment où l’être humain a commencé à impacter la géologie et les écosystèmes, a débuté au XVIIIe siècle pour les pays riches. L’anthropocène de l’Afrique n’a pas débuté. Cette situation conduit le président de la BAD (Banque africaine de développement), Akinwumi Adesina, à déclarer : « Africa is not at net zero, Africa is at ground Zero » (« L’Afrique n’est pas au niveau zéro émission de gaz à effet de serre, elle se situe au point zéro de ces émissions»)

Un Observatoire africain de la finance durable semble plus qu’utile pour unifier et adapter les réglementations internationales en cours.

Ces changements violents affectent la trajectoire de croissance du continent africain. Une baisse de la productivité agricole de 30% apparaît comme une menace sérieuse. Chaque catastrophe en Afrique conduit à une hausse de 20% de l’insécurité alimentaire. Bref, si on ne fait rien, il faut s’attendre à une baisse de 30% du PIB d’ici à 2050.

Des milliards de dollars d’investissements sont nécessaires pour lutter contre le changement climatique en Afrique. Entre 1000 et 1 300 milliards $ sont nécessaires pour assurer la transition énergétique et le développement d’une néo-agriculture et d’une néo-industrie respectueuses de l’environnement.

 

Une solution mais pas la panacée : les obligations vertes

Une solution à la crise – les obligations vertes. Cette Wholesale finance (finance de gros) est basée sur une levée de fonds pour des projets respectueux de l’environnement, comme les énergies renouvelables ou les transports propres.

La plupart des obligations vertes de l’Afrique ont été émises par la BAD, qui a levé plus de 1,5 milliard $ depuis 2013. Le Nigeria a émis une obligation de 29,7 millions $ pour financer des projets d’énergie solaire et forestière en 2017. Le Maroc, l’Égypte, le Kenya, le Nigeria et l’Afrique du Sud sont parmi les plus dynamiques. La banque nigériane Access Bank a récemment émis une obligation verte de 41 millions $ pour protéger la montée du niveau de la mer et soutenir un projet d’énergie solaire.

Cette approche par les obligations vertes peut correspondre à une stratégie « une pierre, deux coups ». En effet, les obligations vertes et autres actifs financiers verts, tout en assurant les financements climatiques, peuvent représenter une chance pour des marchés de capitaux africains qui progressent mais sans doute pas au rythme souhaité.

Pour le moment les obligations vertes ne représentent qu’une petite partie du marché obligataire mondial, mais elles montrent un réel potentiel pour aider les pays en développement à évoluer vers des économies plus vertes et plus égalitaires.

Les autres solutions financières via la Retail finance (finance de petite taille) peuvent concerner les fonds de pension. À titre d’exemple, le secteur des retraites du Kenya présente une certaine profondeur puisqu’il est estimé à environ 12 milliards $. Les fonds de la diaspora et de la classe moyenne représentent également un levier non négligeable.

 

La solution pour l’Afrique n’est pas que financière

À moyen et long terme c’est tout un écosystème qui est à mettre en place en Afrique. Il passe par trois éléments clés.

Premièrement, je mentionnerai l’éducation et la certification en économie et finance durable. Cela consiste à former de vrais spécialistes des risques climatiques et de la transition écologique et numérique dans de masters spécialisés au sein des universités en relation avec la recherche en cours.

Deuxièmement, ne négligeons pas l’implication de la société civile, des ONG, des Think Tank. Un Observatoire africain de la finance durable semble plus qu’utile pour unifier et adapter les réglementations internationales en cours. De même qu’un Conseil national de la RSE (Responsabilité sociétale de l’entreprise) réunissant toutes les parties prenantes en Tunisie semble plus qu’utile pour accompagner et dessiner une stratégie nationale cohérente face aux exigences de l’Europe.

Enfin, nous devons approfondir la recherche d’instruments de mesure d’impact à l’adresse des entreprises, des banques et des organisations afin de mesurer les progrès en matière de développement durable. En effet, ces instruments méritent d’être adaptés aux entreprises africaines afin que la transition E-S-G (Environnement – Social – Gouvernance) tienne compte du S et du G dans une Afrique qui subit des impacts sur le E sans en être responsable.

 

Dhafer Saidane

 

 

 

Dhafer Saïdane est professeur à la SKEMA Business School ; il est directeur du MSc « Sustainable Finance & Fintech ».

 

@AB

Écrit par
Dhafer Saïdane

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