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Opinion

L’impérialisme nouvelle génération

Quand l’oncle Sam s’endette, il s’enrichit 

Comme les entreprises, qui savent que les achats seront l’occasion de capture de pouvoirs d’achat, les Américains savent que les monnaies des pays exportateurs nets envers eux s’apprécieront par rapport au dollar.

Les États-Unis peuvent donc s’endetter en ces monnaies et, instantanément les « vendre à découvert » sur les marchés financiers. Réussissant ainsi la prouesse de transformer la dette extérieure américaine en profit. 

Reprenons ici l’exemple du yen et du dollar au moment des accords monétaires du Plaza le 22 septembre 1985. Les ministres des Finances et les gouverneurs des Banques centrales du G5 (États-Unis, Royaume-Uni, France, Japon, Allemagne) réunis à l’hôtel Plaza de New York, ont décidé de restaurer les équilibres monétaires.

Ils ont pris l’engagement d’intervenir sur les marchés des changes afin de pousser le dollar à la baisse. Le dollar a alors perdu la moitié de sa valeur en à peine deux ans. 

Les Japonais prêtent 100 millions $ aux Américains au taux de 1 $ = 100 yens. Les Américains changent tout de suite ces 100 millions $ en yens au même taux, et ont donc 10 000 millions de yens.

Quand le dollar baisse à 80 yens, les Américains changent ces yens en dollars. Ils ont 125 millions de dollars. Les Américains gagnent donc 25 millions de dollars s’ils rendent alors aux Japonais les 100 millions de dollars qu’ils leur doivent. 

Entre le début et la fin de cette séquence, 100 millions de dollars qui équivalaient à 10 000 millions de yens ne valent plus que 8 000 millions de yens. En fait, les Japonais ont transmis gratuitement aux Américains 2 000 millions de yens.

Du seul fait de l’appréciation du yen ; en vendant à découvert des yens acquis avec des dollars empruntés, des dollars refluant vers leur pays, les Américains s’enrichissent. Cela s’appelle le yen carry trade. L’accord du Plaza est un moment formel des relations monétaires internationales.

Ce moment illustre cependant très bien, ce que les Américains imposent au monde entier depuis le 15 août 1971, date de la fin de la convertibilité or du dollar. Au 28 août 2011 déjà, le dollar s’était déprécié de 98 % par rapport à l’or depuis 1971.

Si le dollar reste la monnaie mondiale malgré sa faiblesse chronique, c’est justement parce que cette faiblesse structurelle du dollar associée à l’endettement permanent des USA, permet à ce pays de « vendre à découvert » toutes les monnaies du reste du monde. Les USA encaissent par avance une cession de pouvoir d’achat du reste du monde qui ne se produira dans les faits que lorsque « la vente à découvert » se débouclera. 

L’Afrique peut échapper au dollar 

Le nouvel impérialisme consiste donc pour le pays centre à dépasser sa frontière pour capturer la valeur. Utilisant alors le prix des monnaies nationales ou taux de change comme vecteur de la capture de valeur. Le pays centre devient « un vendeur à découvert des monnaies du reste du monde ».

Pour qu’on ne perçoive pas la perte de valeur du dollar, à travers le temps, la force militaire américaine est mise au service du dollar. Chaque continent a son commandement militaire américain, ses bases militaires, ses porte-avions.

Le commerce international doit être libellé en dollars, sans exception aucune. Si l’on pouvait comparer le dollar non pas aux autres monnaies mais aux valeurs « réelles » comme l’or, le pétrole ou les actions, chacun pourrait suivre, au jour le jour, la perte de valeur subie depuis 1971. 

Car si l’Afrique ne parvient pas à chasser le dollar, tant des paiements internes au continent que des paiements en direction du reste du monde, jamais elle ne se développera !

Là se trouve la libération du continent africain ; la véritable « indépendance », si ce mot a jamais eu un sens. Là se trouve la fin de l’« esclavage global », nouveau concept élaboré pour caractériser la situation des Afro-descendants partout dans le monde. De l’Afrique subsaharienne à la Papouasie-Nouvelle-Guinée ou le Vanuatu, en passant par les Amériques, l’Europe, etc. 

Chasser le dollar hors du continent africain est un défi géostratégique que beaucoup considèrent comme perdu d’avance. Pour le motif que les pays asiatiques, autrement plus développés, plus influents que les pays africains, ont échoué à simplement limiter l’usage du dollar entre eux, au moyen de la création d’un Fonds monétaire asiatique.

Et pourtant, il n’y a pas d’autres solutions. L’Afrique doit créer, à la charnière des années 2020, c’est-à-dire ici et maintenant, une monnaie unique africaine valide, d’Oran, à Johannesbourg, de Lagos à Djibouti. Son modus operandi est désormais disponible1. 

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