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Opinion

Les croyances collectives au coeur des décisions

Le prix moyen des transports entre Durban (Afrique du Sud) et Lusaka (Zambie) s’élève à 0,08 dollar par tonne-kilomètre et à 0,11 $ entre Douala (Cameroun) et N’Djaména (Tchad), tandis qu’il ne dépasse pas 0,05 $ en Chine. Selon la Banque mondiale, « étant donné que les coûts sous-jacents de ces services ne sont pas plus élevés qu’en Chine, la seule explication plausible des différences de prix est l’emprise de certains intervenants sur le marché ».

De l’unique au pluriel

L’erreur d’analyse de la Banque mondiale tient au fait que ces intervenants constitueraient l’élite, alors qu’il s’agit ni plus ni moins que du commun des citoyens.

Ce sont des pauvres qui rackettent des pauvres, au nom d’une croyance collective, d’une norme sociale qui affirme que « le cabri broute l’herbe là où il est attaché ».

La corruption est ainsi devenue une idéologie. C’est l’infrastructure cognitive qui gouverne les comportements économiques des citoyens. Il ne s’agit pas seulement de prébendes, mais de « douanes invisibles » érigées par chaque citoyen, qui renchérissent le coût de chaque transaction économique.

Pour chaque citoyen, pauvre ou pas, il est éminemment rationnel d’ériger une douane invisible devant toute transaction économique. Voilà comment une croyance collective produit des effets dommageables à l’échelle macroéconomique, sans que les acteurs individuels en aient conscience. Ce lien biunivoque (dans les deux sens) entre l’acteur individuel et la collectivité se vérifie également dans les pays industrialisés.

Selon le laboratoire d’idées La fabrique de l’industrie, en collaboration avec France stratégie, les entreprises françaises ont depuis dix ans, un niveau d’investissement plus élevé que leurs homologues dans la plupart des autres pays européens.

Sans que cela ne produise les bénéfices économiques attendus. Le décryptage de cet apparent paradoxe a conduit à affiner la nature des investissements des entreprises françaises, en comparaison avec leurs partenaires européennes.

Un décryptage édifiant, pour toute société, y compris africaine. Ainsi, l’étude a mis en évidence le poids important de l’investissement immatériel, notamment dans les logiciels, les bases de données, la R&D… comparativement aux investissements dans les machines et équipements de production. Les industriels français ont choisi de concevoir leurs produits en France, mais de les produire ailleurs dans le monde. Ce qui est la pente naturelle de nombreux secteurs de haute technologie.

Par exemple, les IPhones sont conçus aux États-Unis mais fabriqués à 100 % en Chine. En termes de partage de la valeur ajoutée, le designer (celui qui conçoit) rafle évidemment la part du roi. Ainsi, 90 % de la valeur ajoutée de l’IPhone revient à Apple.

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