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Opinion

Les capitaux privés ont la clé de la mobilité

Les capitaux privés ont la clé de la mobilité
  • Publiémars 25, 2024

Si la mobilité permet de renforcer les liens entre les personnes, les biens et les lieux, l’investissement privé contribuera à accélérer le développement des infrastructures.

 

Selon une étude du PNUE, 78 % des Africains se rendent au travail à pied et un cinquième de la population passe près d’une heure à marcher ou à faire du vélo pour atteindre sa destination en raison d’une pénurie de moyens de transport efficaces et sûrs. Sur un continent où 65 % des routes ne sont pas goudronnées, les gens et les animaux errent librement dans les rues, provoquant des accidents lorsqu’ils croisent des bus, des camions ou des voitures qui refusent de réduire leur vitesse.

Le continent a besoin de plus d’investissements privés dans la mobilité pour obtenir les gains de développement nécessaires à mesure que l’exode rural augmente, que les villes grossissent et que la vitesse des changements démographiques s’accélère.

Dans les rues animées de Dakar, il n’est pas rare de voir les citadins se déverser dans les rues en longues files, se disputant une place dans les bus publics surchargés. Il n’y a pas que les navetteurs qui sont touchés par le manque de solutions de mobilité, les entreprises et les économies sont également limitées par d’énormes lacunes dans l’infrastructure qui empêchent la circulation efficace des services et des biens.

Les ports jouent un rôle essentiel dans la circulation et le commerce des marchandises et pourtant, selon la Banque mondiale, les ports africains figurent parmi les moins performants au monde en matière de capacité de transport de conteneurs et de solutions modernisées. En conséquence, de nombreuses entreprises africaines subissent des retards coûteux dans l’importation et l’exportation de marchandises, ce qui les empêche d’étendre leur présence et de bénéficier d’un meilleur accès aux marchés.

Malgré les difficultés, des solutions innovantes émanant d’un large éventail d’acteurs, dont des entreprises privées, des gouvernements et des partenaires de développement, commencent à voir le jour. En effet, si la mobilité est considérée dans une optique plus large comme une solution d’infrastructure permettant d’approfondir les liens entre les personnes, les biens et les lieux, alors l’investissement dans une optique de mobilité contribuera à accélérer le rythme auquel le déficit d’infrastructure de l’Afrique sera finalement comblé.

Les entreprises technologiques en sont un exemple : elles considèrent le manque de mobilité comme une opportunité commerciale de combler les lacunes en matière d’infrastructures et de services grâce à des solutions directes au consommateur. Qu’il s’agisse de livraison de nourriture ou d’applications de covoiturage au Ghana ou au Nigeria, ou encore de drones livrant des médicaments au Rwanda, les start-up proposent des solutions innovantes qui rapprochent les gens des services dont ils ont besoin. Cette « révolution » se produit dans toute l’Afrique et à un rythme inédit dans le monde.

 

Des exemples édifiants

Les partenariats public-privé (PPP) se multiplient dans toute l’Afrique pour contribuer à la réalisation de grands projets d’infrastructure, dans des secteurs allant des aéroports à l’approvisionnement en eau. La combinaison d’entités publiques et privées crée un arrangement efficace de partage des risques, qui incite les deux parties à investir, ouvrant de nouvelles opportunités pour les investisseurs tout en permettant aux gouvernements de bénéficier de l’expertise et du financement du secteur privé et de fournir des infrastructures clés pour le public.

Des passagers embarquent du lancement officiel du train de passagers de la Standard Gauge Railway du Kenya entre Nairobi et Suswa, le 16 octobre 2019 (photo : AFP).

Le PPP entre la République du Congo, la RD Congo et la Communauté économique des États de l’Afrique centrale pour la construction d’un pont rail-route entre Kinshasa et Brazzaville est un exemple important qui maximisera le commerce transfrontalier et régional et augmentera la circulation des personnes, des biens et des services entre Brazzaville et Kinshasa. Le pont à péage de 1,575 km sur le fleuve Congo permettra également de réaliser des économies directes sur les coûts d’exploitation des véhicules, de faire gagner du temps aux usagers de la route et de réduire considérablement les accidents de la circulation.

Compte tenu des contraintes qui pèsent sur les dépenses publiques dans de nombreux pays africains, des capitaux privés peuvent être déployés, par le biais d’investissements directs dans les entreprises ou de partenariats avec les gouvernements et les institutions de financement du développement.  Ils permettront de résoudre des problèmes de mobilité complexes, en particulier ceux qui affectent les opportunités économiques, l’environnement, la santé ou l’autosuffisance.

Les infrastructures permettant le traitement des minéraux essentiels à la transition énergétique, telles que les routes d’accès et les lignes de transmission, constituent également un élément essentiel de l’investissement dans la mobilité. Un consortium d’investisseurs dirigé par les États-Unis, appelé Partnership for Global Infrastructure and Investment Initiative, a signé un protocole d’accord en 2023 afin de mobiliser des investissements pour le corridor de Lobito.

 

De l’apport des capitaux privés

Le projet traverse l’Angola, la Zambie et la RD Congo pour construire un chemin de fer à accès libre de l’Atlantique à l’océan Indien. Une fois achevé, le projet soutiendra le développement de chaînes de valeur durables et résistantes pour les matières premières essentielles, tout en créant des emplois locaux de qualité et en catalysant le commerce régional et mondial.

Nous devons également investir dans la mobilité sociale et ouvrir aux jeunes et aux femmes un accès restreint aux centres urbains, à partir de ceux-ci et à l’intérieur de ceux-ci ; ces groupes manquent de moyens sûrs pour se déplacer lorsqu’il est tard ou pour travailler.

En 2023, la société Private Infrastructure Development Group, le Emerging Africa Infrastructure Fund, géré par Ninety One, a engagé 50 millions de dollars pour aider à financer une flotte de 121 bus électriques qui révolutionneront le système de transport public de Dakar, réduisant les émissions tout en décongestionnant le trafic et en améliorant la sécurité routière. Ce projet historique constitue une première en Afrique, puisqu’il s’agit du seul réseau de bus publics entièrement électriques du continent, conçu pour réduire le temps de trajet dans la ville de 50 minutes et les émissions de CO2 de 59 000 tonnes par an.

Cotonou face à la pénurie de transports

La croissance de la population africaine souligne l’urgence d’investir dans les infrastructures permettant la mobilité sur le continent et offre de multiples voies pour obtenir des rendements commerciaux solides. Cela dit, l’important déficit d’infrastructures de mobilité dans les pays africains signifie que, malgré l’intérêt des investisseurs, le financement reste un défi, car les investisseurs ne répondent pas encore à l’ampleur de la demande.

Le continent a besoin de plus d’investissements privés dans la mobilité pour obtenir les gains de développement nécessaires à mesure que l’exode rural augmente, que les villes grossissent et que la vitesse des changements démographiques s’accélère. Investir dans la mobilité économique est un moyen efficace d’améliorer l’inclusion sociale, de favoriser l’action climatique et de stimuler la productivité.

 

 

 

 

Tidiane Doucoure est directeur du crédit alternatif EM chez Ninety One, gestionnaire du fonds Emerging Africa Infrastructure Fund.

@AB

Écrit par
Tidiane Doucoure

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