Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Nos archives parlent...

L’éco en 2020, est-ce réaliste ?

Il y a trois mois Rafiq Raji analysait la venue de la nouvelle monnaie africaine l’Eco. Que disait-il à l’aune de ce qui se passe aujourd’hui ?

************************************************************************

Bien que les quinze États membres de la Cedeao se soient mis d’accord sur la proposition de monnaie commune pour la sous-région, il semble que la mise en circulation de la nouvelle monnaie en 2020 soit improbable. Compte rendu des arguments.

Par Rafiq Raji

Les ministres des Finances des 15 États membres de la Cedeao (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) se sont réunis en juin à Abidjan pour discuter du projet de monnaie commune pour la région.

Les gouverneurs des Banques centrales des États membres étaient également présents. Ils se sont mis d’accord sur le nom de la nouvelle monnaie, l’éco, et sur le symbole à utiliser. Le nom de la monnaie a été officiellement adopté lors du sommet de la Cedeao qui s’est déroulé à Abuja en juillet.

Pour autant, l’histoire de la monnaie unique a connu de multiples rebondis­sements depuis que l’idée a été lancée en 2000. Il semble aujourd’hui improbable que la date de 2020 soit respectée. La Cedeao est composée de deux groupes distincts.

L’un est composé de huit pays francophones – le Bénin, le Burkina Faso, la Guinée-Bissau, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo – qui ont formé une union douanière et monétaire, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). Ces pays utilisent le franc CFA depuis 1945.

Le second groupe regroupe des pays anglophones et francophones : la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Nigeria, la Sierra Leone, le Liberia et le Cap-Vert. Chacun d’eux possède sa propre monnaie.

Difficile respect des critères de convergence

En 2000, le second groupe a décidé de créer la Zone monétaire ouest-africaine (ZMOA), utilisant une devise unique. Il projetait de fusionner ensuite avec la zone franc pour former une union douanière bien plus vaste, dotée d’une monnaie unique.

En 2001, l’Institut monétaire ouest-africain a inauguré son siège social à Accra, au Ghana, afin de préparer la future Banque centrale ouest-africaine.

La monnaie unique nécessite une bonne coordination entre quinze États africains et l’Union européenne, en particulier la France. C’est un défi de taille, compte tenu des nombreuses autres priorités des deux côtés de la Méditerranée.

Initialement prévu pour janvier 2003, le lancement de la monnaie unique a été reporté plusieurs fois. Les principaux points de blocage sont liés aux quatre principaux critères de convergence défi­nis : un taux d’inflation de 5% au maxi­mum, des réserves brutes extérieures couvrant six mois d’importations, un financement du déficit budgétaire par la Banque centrale ne dépassant pas 10 % des recettes fiscales de l’année précédente et un déficit budgétaire de 4 % au plus.

Or, depuis 2015, l’Afrique de l’Ouest connaît une inflation à deux chiffres. Selon les données de la BAD, l’inflation moyenne de la région a atteint 13,3 % en 2017, alors qu’elle se chiffrait à 8,2 % en 2014.

D’après ses prévisions, elle devrait diminuer légèrement pour s’établir aux alentours de 11 % en 2019. La BAD prévoit également un déficit budgétaire supérieur à 5 % dans la région.

Les pays de la région semblent donc loin d’atteindre les critères de convergence de la monnaie unique. Compte tenu de ces difficultés et des multiples reports observés dans le passé, le lancement de la monnaie unique en 2020 semble-t-il réaliste ?

« De nouveaux retards sont à prévoir », prévient Malte Liewersheidt, vice-président de Teneo, une société de conseils basée à Londres. « À moins que les pays concernés ne prennent au sérieux les critères de convergence. »

Judd Devermont, directeur du programme Afrique au Centre for Stra­tegic and International Studies à Wash­ington, se montre également dubitatif : « Je doute du lancement de la monnaie unique en 2020 : il nécessite une bonne coordination entre quinze États africains et l’Union européenne, en particulier la France. C’est un défi de taille, compte tenu des nombreuses autres priorités des deux côtés de la Méditerranée. »

D’ailleurs, Malte Liewersheidt estime qu’il est peu probable qu’« une monnaie commune profite à la sous-région à ce stade ». Il pointe les énormes divergences concer­nant la taille, l’économie, le commerce et les besoins en matière de politique monétaire entre les pays de la région.

« Il ne faut pas se précipiter. Les États membres doivent poursuivre les consultations, effectuer de nouvelles analyses approfondies pour s’assurer que les économies, les institutions et les marchés de devises comprennent et appuient cette initiative », conseille pour sa part Judd Devermont.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts

  • Libye : L’ONU prise à son propre piège

    La communauté internationale pousse à des élections pour rebattre les cartes et stabiliser la Libye. Mais les principaux gagnants de cette stratégie, Saïf el-Islam, Khalifa Haftar, monarchistes, sont justement les plus farouches opposants au plan de l’ONU.

  • Chinguetti sur la route du savoir

    19 mars 2015 –  19 mars 2019. Il y a quatre ans, jour pour jour, le Magazine de l’Afrique publiait cet article. Quatre ans après cet article est re-publié dans le cadre de notre rubrique « Nos archives parlent ». Entre temps, Vatma Vall Mint Soueinia est devenue ministre de l’Elevage. 

  • Jean-Pierre Fabre, l’opposant*

    Désigné comme candidat de l’Alliance nationale pour le changement (ANC) à la présidentielle de 2015, Jean-Pierre Fabre, le président du plus grand parti d’opposition au …

  • Qui sont les opposants ?*

    En plus du retour des opposants historiques et du combat de l’intérieur que continuent de mener ceux qui militent dans leur pays, de nouvelles formes …

  • Les mirages de l’économie islamique*

    L’Europe étant en crise, la Tunisie se tourne vers les pays du Golfe avec l’espoir de drainer les investissements nécessaires à de l’économie. Les dirigeants …

Share This