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Opinion

Le renouveau du tribalisme face à l’effacement des États

Les faibles recettes fiscales privent les États des possibilités d’investir et d’entretenir services publics et armés… Et si la renaissance ou la persistance du tribalisme trouvaient leur origine dans les erreurs, entretenues par les Occidentaux, après les indépendances ?

Par Christian d’Alayer

Nos enfants seront-ils amenés à accuser la Banque mondiale et le FMI de crime contre l’humanité ? Car il est un fait que les deux organismes ne pourront nier : leurs pressions financières ont tué dans l’œuf les États africains issus de la décolonisation.

En les obligeant à licencier fournées de fonctionnaires sur fournées de fonctionnaires, tout en privatisant leurs services publics, ils ont transformé en moins de vingt ans ces structures administratives naissantes en coquilles vides. Et si les pays africains se développent aujourd’hui à un rythme soutenu.

La croissance de bon nombre de pays africains pourrait être
bien plus vigoureuse si la bancarisation avait pu être poussée au point que les établissements bancaires puissent recycler l’épargne des ménages aujourd’hui très élevée (24 %).

Ce massacre politico-administratif a contribué, s’il n’a pas entraîné, au renouveau du tribalisme au sud du Sahara : aurait-on pu assister à ces effroyables guerres des Congo si le principal pays de la région, l’ex-Zaïre, avait pu disposer d’une armée efficace et d’un pays globalement rangé derrière ses dirigeants pour contrer les rébellions (accompagnées, le mot est faible, par les Anglo-Saxons) ? Boko Haram aurait-il pu déstabiliser le Nigeria, le Tchad et le Cameroun si ces trois pays avaient de même pu disposer de moyens militaires et policiers dignes de ce nom ?

La faute française en Centrafrique

À vrai dire, le FMI et la Banque mondiale ne sont pas les seuls responsables du chaos africain. L’Occident y a largement contribué. Les guerres de l’Afrique des Grands lacs, lancées il est vrai dès les Indépendances entre Hutus et Tutsis, différenciés par les Belges eux-mêmes, furent relancées par une offensive Tutsi au Rwanda à partir du territoire ougandais.

Leurs officiers firent leurs classes aux États-Unis et en Angleterre tandis que les Américains armèrent et conseillèrent leurs troupes. Bilan aujourd’hui (des combats sporadiques continuent à l’est de l’Afrique) : plusieurs millions de morts en comptant les massacres au Rwanda et au Congo.

La défaite du monde bantou face à l’invasion sahélienne ne fut évitée que grâce à l’intervention conjointe du Zimbabwe, de la Namibie et de l’Angola, la France leur vendant l’armement nécessaire et les renseignant probablement au niveau opérationnel.

Le conflit, en réalité franco-américain, sur fond d’accès au pétrole angolais et aux terres rares du Congo fut apaisé (mais non réglé définitivement) à la suite d’une rencontre secrète entre Bill Clinton et Jacques Chirac sur une île du Pacifique.

On ne peut, non plus, oublier le conflit ivoirien, les troupes venues du nord du pays sahéliennes partant du Burkina Faso voisin avec l’assentiment des Français et la conclusion (finale) étant apportée également par l’armée française sans laquelle les rebelles ne l’auraient jamais emporté. Armée française qui se permit aussi de déposer de nombreux dirigeants africains.

Le pire est certainement le traitement infligé à la République centrafricaine : ce pays dispose de deux populations à peu près équivalentes en nombre. Des Sahéliens islamisés au nord du pays et des Forestiers christianisés au sud. Bokassa, en créant un empire dont toute « la communauté internationale » (entendez les élites occidentales) se moqua, ne faisait que constater la difficulté d’entente entre les dites deux populations.

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