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Opinion Tribune

Le nouvel élan de l’Agence humanitaire de l’Union africaine

Le nouvel élan de l’Agence humanitaire de l’Union africaine
  • Publiémai 23, 2022

L’AHUA, Agence humanitaire de l’Union africaine, sera dotée de nouveaux moyens lors du Sommet extraordinaire de l’UA, qui se tiendra cette semaine à Malabo. Cette structure deviendra une grande organisation continentale, ce qui suppose une marche à suivre précise.

Par Mabingué Ngom

 

Un nouveau chapitre s’écrira pour le continent lorsque le Sommet des chefs d’État africains se réunira à Malabo City, capitale de la Guinée équatoriale, entre le 25 au 28 mai, à l’occasion du le Sommet humanitaire de l’UA et de la Conférence des donateurs.
Le sommet fera date, car il amplifiera l’Agence humanitaire de l’Union africaine (AHUA) qui représente un nouvel élan pour le plan de développement de l’UA, l’Agenda 2063 et la quête pour atteindre les objectifs de développement durable de l’ONU. Le sommet de haut niveau de Malabo servira à mobiliser des ressources financières pour financer l’agence, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Il servira également de plateforme pour accélérer l’action visant à forger un humanitarisme à visage africain et à recenser les meilleures pratiques mondiales.

Mabingué Ngom est directeur du bureau de représentation de l’UNFPA auprès de l’Union africaine et de la Commission économique des Nations Unies en Afrique. Auparavant, il a été directeur de programme de l’UNFPA et a dirigé l’action humanitaire de l’UNFPA pendant sept ans. Avant son poste actuel, Mabingué Ngom a été directeur régional de l’UNFPA pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale pendant sept ans.

Naviguer à travers les points chauds humanitaires en Afrique n’a pas été une tâche facile pour l’UA, les Nations unies, et même les agences d’aide internationales. L’AHUA doit agir rapidement pour faire en sorte que les personnes vulnérables, principalement les femmes et les jeunes, dans les situations d’urgence humanitaire, bénéficient d’une protection adéquate, d’une attention appropriée et d’une aide opportune.
Si l’Afrique s’est déjà occupée des réfugiés, des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays et des migrants résultant de situations d’urgence telles que les conflits armés, l’intolérance politique, les difficultés économiques ou les risques liés au climat et à la santé, elle n’a jamais joué un rôle de premier plan dans l’espace humanitaire du continent.

Avec le dévoilement de l’AHUA en 2019 et sa pleine opérationnalisation, l’UA avance rapidement pour prioriser les interventions à travers le continent. L’ AHUA cherche à diriger la formulation et la mise en œuvre de politiques pour l’écosystème humanitaire continental et à collaborer de manière proactive avec les agences régionales et nationales de gestion des catastrophes des États membres, y compris l’ONU et les partenaires internationaux.
C’est ce vaste mandat qui a fait de l’AHUA la pièce maîtresse du Sommet de Malabo. La pleine opérationnalisation de l’organisation est une étape importante pour l’Afrique et marque un tournant pour le continent. L’AHUA est désormais chargée de la lourde tâche de coordonner et de guider le continent à travers les principaux piliers de l’action humanitaire que sont la prévention, la réponse et le relèvement.

 

Retour d’expérience

Après avoir été directeur de programme de l’UNFPA (Fonds des nations unies pour la population) et avoir dirigé son équipe de réponse humanitaire pendant sept ans, je dois reconnaître que le mandat n’est pas facile. Pour autant, il n’est pas une mission impossible.
Sur la base de l’expérience, il y a quelques enseignements que je souhaite partager pour que la transition de l’AHUA en une grande organisation humanitaire se fasse sans heurts. À cela s’ajoutent les six enseignements essentiels que j’ai tirés de décennies d’expérience active sur le terrain d’intervention humanitaire en Afrique et à travers le monde, qui seront utiles à l’AHUA.


L’AUHA n’a pas besoin de réinventer la roue, car les règles à respecter sont déjà à sa disposition pour lui donner les atouts, la bonne volonté et l’expertise dont elle a tant besoin pour s’acquitter de son vaste mandat sur tout le continent africain.

D’abord, je mentionnerai la bonne volonté diplomatique et l’engagement politique de l’UA au niveau continental, des communautés économiques sous-régionales au niveau régional et des États membres au niveau national. Tout cela constitue un élément essentiel qui donne à l’AHUA une longueur d’avance. Ces attributs et ces réseaux constituent le fondement de la bienveillance de la nouvelle agence.
Deuxièmement, je citerai la solidarité africaine, qui a vu récemment les pays africains aider leurs voisins. Le déploiement de cadres de personnel médical et de bénévoles par les pays africains lors de l’épidémie d’Ebola, de la pandémie de Covid-19 et à la suite du cyclone Idai au Mozambique, au Malawi et au Zimbabwe en 2019, illustre l’évolution rapide de l’espace humanitaire africain désireux d’accueillir les solutions africaines aux problèmes africains.
La mobilisation des agences des Nations unies, des partenaires internationaux et de la participation du secteur privé constitue le troisième enseignement.

Pendant la pandémie Covid-19, la famille des Nations unies, le secteur privé africain et les agences d’aide internationale ont adopté une attitude proactive de « ne laisser personne en rade » et ont cherché à « mieux aller de l’avant ». Ce partenariat multipartite, auquel participent des banques multilatérales et d’autres partenaires clés, a permis de mobiliser des ressources financières additionnelles à l’effort fiscal interne, garantissant ainsi au continent l’accès à du matériel médical et à des vaccins vitaux.
Quatrièmement, il faut disposer d’une réserve de ressources humaines essentielles pour gérer l’AHUA. Au fil des ans, un nombre considérable de professionnels et d’experts sont apparus sur le continent avec les compétences et les connaissances nécessaires pour gérer une action humanitaire de grande envergure. Certains de ces technocrates ont dirigé des équipes d’intervention d’urgence de première ligne en Afrique et ailleurs. C’est à partir de ce réservoir de ressources que l’AHUA doit puiser au fur et à mesure qu’il commence à fonctionner. Les compétences individuelles et les capacités organisationnelles sont essentielles pour traduire les nobles attentes des plus hautes autorités africaines en actions qui transformeront le paysage humanitaire et de développement de l’Afrique.

 

Unité dans la diversité
Cinquièmement, il est fondé sur les connaissances locales. L’une des principales raisons pour lesquelles nous avons maîtrisé assez rapidement l’épidémie d’Ebola de 2014-2016 a été l’efficacité des équipes d’intervention conjointes des Nations unies qui ont tiré parti des connaissances locales, identifié les priorités locales, reconnu les structures de mobilisation communautaire et dialogué avec les dirigeants locaux.
Sixièmement, l’internalisation de la diversité en tant qu’atout. L’UA jouit de la noblesse de l’unité dans la diversité. Outre ses États membres, l’UA entretient divers partenariats avec l’ONU et des organisations internationales ayant une longue expérience des interventions humanitaires. Il est impératif de s’appuyer sur ces divers partenariats pour donner à l’AHUA le rôle de chef de file souverain sur le continent pour assurer la fourniture rapide, appropriée et efficace de services humanitaires d’urgence. La diversité qui s’étend sur le continent par les frontières nationales peut poser des problèmes à la nouvelle agence, mais si elle s’appuie sur les principes fondamentaux de l’action humanitaire, à savoir l’humanité, la neutralité, l’impartialité et l’indépendance, la tâche qui l’attend n’est rien de moins qu’une noble vocation.
Les succès du travail de planification humanitaire et stratégique de l’ONU dans les points chauds fragiles de l’Afrique de l’Ouest et du Centre sont directement attribués à ces six enseignements. L’AHUA pourrait s’inspirer de ces six points et se donner les atouts, dont elle a tant besoin pour s’acquitter de son important et vaste mandat sur tout le continent africain.

Le sommet de Malabo marque une nouvelle aube, alors que l’UA se dote d’une architecture moderne pour prendre en charge les urgences humanitaires sur le continent et s’intéresse particulièrement au terrorisme et les changements inconstitutionnels de régime en Afrique.

@NA

 

 

Écrit par
Mabingué Ngom

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