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Opinion

Le développement impose de grands changements

On revient ici au problème du franc CFA en l’an 2019 : arrimé à une devise bien trop forte, il empêche en fait les pays qui le possèdent, d’exporter hors de leur zone monétaire. Or le commerce interafricain va de plus en plus être le moteur de la croissance continentale.

Le tableau 1 montre assez clairement que hors quelques exceptions, les exporta­tions classiques des Africains ne croissent pas vraiment vite en volume. Et quand leurs prix baissent comme celui du pétrole en 2016 et 2017, les exportations s’effondrent ; tel est le cas notamment, du Nigeria qui, ces années-là, repassa derrière l’Afrique du Sud en tant que champion du PIB. Le tableau montre de fait que les exportations n’ont pas vraiment progressé depuis l’an 2000 en dépit de la formidable augmentation des prix des matières premières. Elles ont doublé, rarement triplé, avec des prix multipliés au mieux par 4.

Une demande locale vivace

On dispose de très peu d’éléments sur le commerce interne à l’Afrique. On sait que l’écart entre la réalité et le poten­tiel est énorme. Les produits vivriers, en Afrique subsaharienne, échappent à l’impôt, dans la plupart des pays.

Dont les ressortissants préfèrent payer les barrières policières plutôt que les barrières douanières : c’est moins cher ! Ainsi que le montrent les deux derniers tableaux (2 et 2bis) relatifs aux productions et importa­tions officielles de produits halieutiques : la demande est telle qu’elle absorbe la totalité des exportations en ajoutant aux chiffres officiels ceux du secteur informel.

On ne trouve d’ailleurs guère de crevettes d’estuaire africaines hors d’Afrique qui n’exporte hors du continent et de fait que des produits de la haute pêche mozambi­caine et de l’élevage de luxe malgache. Pas de capitaine ou de thiof en France ! Tout juste quelques boîtes de thon albacore de Côte d’Ivoire et encore : le marché local est vivace…

Globalement, les chiffres varient considérablement : pour la seule année 2014, j’en ai trouvé trois : 11 % du commerce extérieur total, 14 % et 17 % ! On sait que l’Afrique du Sud vend un peu de tout partout et surtout dans sa zone d’influence (Afrique australe et de l’Est).

On sait que le Nigeria concurrence durement l’Afrique francophone dont elle a capté notamment l’industrie textile et les industries culturelles. Et on sait que l’Éthiopie commence aussi à commercer en Afrique de l’Est. Au nord du Sahara, il ne semble y avoir pour l’instant que le Maroc qui a véritablement développé des courants d’échanges avec le Sud.

Ses banques ont ouvert des succursales un peu partout, ce qui suppose suffisamment d’échanges avec le royaume chérifien pour les faire vivre. Ajoutons, d’une part, le commerce traditionnel (avec notam­ment les poissons de mer séchés échangés avec les pays forestiers contre des cultures vivrières), et d’autre part, le démarrage d’exportations plus modernes tels les produits pétroliers raffinés, le ciment ou les mobiliers en bois, et on aura une idée du commerce interafricain. Sous-estimé en fait par les Occidentaux mais bien connus des Africains et de quelques investisseurs étrangers qui ont su s’y faire une place (sucre, oléagineux…)

Et ce commerce est appelé à un grand avenir depuis que l’Union africaine a décidé d’oeuvrer pour créer une zone de libre-échange, la Zlec. Nairobi a accueilli après Abidjan une réunion consul­tative en préparation d’une seconde étape du processus.

Améliorer la compétitivité

Que vont pouvoir faire les Africains francophones dans cette future zone de libre-échange avec une monnaie bien trop forte ? Ils pourront certes importer mais ne pourront même plus vendre aux autres pays de la zone euro-franc CFA alors « aspirés » par les prix plus bas des pays non francophones.

Le fond du problème n’est même plus la stabilité monétaire et encore moins le lieu d’impression des billets de banque. Il est celui de la compétitivité des Franco­phones face à des concurrents qui usent de l’arme monétaire sans vergogne et, notam­ment, de la dévaluation compétitive.

Lors des séances préparatoires à ces dévalua­tions, leurs auteurs sont des maîtres, capables de raisonner à deux chiffres après la virgule, calculant tous les impacts. Les énarques seraient vite dépassés ! Nigérians, Mauritaniens, Ghanéens et Sud-Africains savent très bien ce qu’ils font.

Et, en dépit d’obstacles politiques indéniables à une union commerciale des pays du Maghreb, des courants d’échange existent entre les pays concernés, la relative stabilité par exemple du dinar algérien permettant aux ressortissants de ce pays de limiter l’effondrement touristique tunisien : dans l’attente de sa totale renaissance indus­trielle, l’Algérie achète moins cher à ses voisins…

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