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Opinion

Le défi économique exige l’intervention du secteur privé

Le défi économique exige l’intervention du secteur privé
  • Publiéjanvier 15, 2024

Les personnes déplacées représentent plus de 1 % de la population mondiale et ce sont généralement les pays voisins, eux-mêmes confrontés à des problèmes de développement, qui portent le lourd fardeau de devoir les accueillir et les soutenir.

 

La crise mondiale du déplacement a atteint des niveaux sans précédent, avec plus de 110 millions de personnes déplacées de force, soit plus de 1,2 % de la population mondiale. La plupart de ces personnes n’ont pas accès à l’éducation et à des emplois décents, ce qui les maintient dans l’incertitude pendant des décennies. Neuf déplacés sur dix vivent dans des pays déjà confrontés à d’importantes difficultés économiques, ce qui les rend mal équipés pour répondre aux besoins de ces populations vulnérables. En Afrique, le nombre de personnes déplacées est passé de 36 millions en 2021 à 45 millions en 2023.

À mesure que nous avançons, nous devons reconnaître les implications économiques des déplacements et donner la priorité aux interventions menées par le secteur privé afin de créer des voies durables vers la stabilité et la reconstruction.

Si l’aide humanitaire et l’assistance d’urgence sont des éléments essentiels pour répondre aux besoins immédiats des personnes touchées par les conflits et les catastrophes climatiques, il est temps de reconnaître que la crise du déplacement est une crise économique qui nécessite des interventions du secteur privé et du marché pour apporter des solutions à long terme. Au fond, la crise des déplacements n’est pas seulement une question humanitaire, mais un défi économique qui exige une action collective pour répondre aux souffrances des personnes déplacées et les atténuer.

Les entreprises jouent un rôle crucial dans l’atténuation de l’instabilité politique et des conflits, non seulement dans l’intérêt de la société, mais aussi pour préserver leurs intérêts économiques. L’impact des conflits et de l’instabilité sur l’activité commerciale régionale peut être profond, entraînant une augmentation de la perception des risques, des fermetures de marchés et des perturbations dans le commerce et l’investissement.

Nous le voyons au Soudan, où la guerre a de terribles répercussions sur l’activité économique, dans le pays – grand exportateur de gomme arabique et d’or –, ainsi que chez ses voisins, tels l’Égypte et l’Ouganda. La guerre a des répercussions chez les transporteurs aériens du Nigeria, qui doivent trouver d’autres escales pour l’acheminement des pèlerins vers La Mecque. Ainsi que pour les Émirats arabes unis et les pays européens, marchés habituels du Soudan, notamment dans le café.

 

Forger un avenir durable

L’impact du conflit sur l’activité économique nous rappelle brutalement que la stabilité politique et la paix sont essentielles non seulement pour le bien social, mais aussi pour le bien-être économique des nations et de leurs voisins.

Alors que le monde est confronté à l’impact croissant des déplacements et des conflits, le rôle important du secteur privé dans la création de voies durables vers la reconstruction et la stabilité est de plus en plus reconnu. En outre, les solutions innovantes qui émergent du continent africain pour faire face à cette crise sont de plus en plus appréciées. Fin novembre 2023, lors du Forum africain sur le déplacement, des entreprises de divers secteurs, dont le tourisme, l’immobilier, la santé, le capital-investissement, les télécommunications et les services financiers, se sont réunies pour discuter de leur travail et du rôle croissant qu’elles jouent dans la résolution de la crise sur le continent.

Les discussions ont mis en évidence les opportunités de marché réelles et les incitations pour le secteur privé à intervenir dans la crise du déplacement et/ou à travailler dans des zones qui accueillent des réfugiés ou des personnes déplacées à l’intérieur de leur pays. Parmi ces incitations figurent des facteurs tels que l’engagement et la loyauté des employés réfugiés ; ces employés ont généralement un taux de rétention plus élevé. En outre, le fait d’opérer dans des zones qui accueillent des réfugiés et des personnes déplacées à l’intérieur de leur pays peut motiver une entreprise à être plus innovante et plus résistante face aux défis.

Enfin, à une époque où le succès d’une entreprise ne se mesure pas seulement à ses bénéfices mais aussi à sa contribution à la société, l’espace de déplacement offre une occasion unique de contribuer à plusieurs objectifs durables – tels que l’accès à l’éducation, l’action climatique, l’égalité des sexes, et bien d’autres encore. En tirant parti des opportunités du marché et en s’engageant dans des approches inclusives, les entreprises peuvent jouer un rôle crucial pour façonner l’avenir des populations déplacées en Afrique et au-delà.

 

Des solutions concertées

Le Forum a également souligné l’engagement des parties prenantes d’autres secteurs, tels que les gouvernements, les chefs religieux et les personnes déplacées elles-mêmes, à soutenir les efforts du secteur privé pour résoudre ce problème. Les gouvernements jouent un rôle crucial dans la mise en place de politiques et d’un environnement propice à la mise en œuvre de solutions par le secteur privé. Les gouvernements africains ont pris plusieurs mesures positives pour réformer leurs politiques, comme le plan Shirika récemment lancé par le Kenya, qui fait passer l’accueil des réfugiés d’un modèle basé sur les camps à un modèle intégré qui favorise le développement économique local. Les chefs religieux présents au Forum ont également mis l’accent sur les valeurs communes partagées par les différentes confessions et sur la nécessité d’aborder cette crise avec compassion et bienveillance.

Ces chefs religieux ont donné des exemples de la manière dont ils ont soutenu des solutions économiques pour les personnes déplacées, notamment en servant de vérificateurs et de garants pour les personnes déplacées, leur permettant ainsi d’accéder à des services financiers. Il ressort clairement des discussions du Forum que la résolution de la crise des réfugiés nécessite un effort de collaboration de la part de toutes les parties prenantes, y compris les gouvernements, le secteur privé et les chefs religieux. Aucune de ces solutions et approches ne peut fonctionner efficacement sans l’apport et le leadership des personnes ayant vécu l’expérience du déplacement. Ces personnes comprennent mieux que quiconque l’impact et les causes profondes des déplacements ; en outre, nombre d’entre elles sont fortement impliquées dans les efforts de consolidation de la paix et de création d’opportunités économiques.

L’intérêt avéré du secteur privé et le partenariat avec d’autres parties prenantes marquent un changement important dans l’atténuation de la crise du déplacement. Cette approche fondée sur le marché se concentre sur l’impact économique des déplacements, le potentiel de transformation de la reconstruction des États après un conflit, l’accueil et l’intégration des personnes déplacées, et la manière dont elles accèdent aux opportunités économiques. Les exemples de l’approche de la Turquie et de l’impact du conflit sur l’activité économique au Soudan montrent que des solutions innovantes et des interventions fondées sur le marché peuvent apporter des solutions à long terme pour atténuer les souffrances des personnes déplacées.

Isaac Fokuo

 

 

Isaac K. Fokuo Jr. est le fondateur de la coalition Amahoro, qui vise à mobiliser le secteur privé africain pour élargir l’accès à l’éducation et aux moyens de subsistance des personnes déplacées de force.

 

@AB

 

Écrit par
Isaac Fokuo

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