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Opinion

L’autosuffisance économique est possible

L’autosuffisance économique est possible
  • Publiéjuillet 10, 2024

Nous devons encourager la consommation continue de produits fabriqués en Afrique afin de favoriser le développement de chaînes de valeur aux niveaux national et régional.

 

Pour nous inspirer, nous n’avons qu’à regarder la Coupe d’Afrique des Nations organisée par la Côte d’Ivoire ! Voyons ce moment de joie : les danses, les chants et les vêtements traditionnels que les gens ont arborés lors de la cérémonie d’ouverture et des matchs auxquels j’ai assisté ont mis en évidence l’énergie et l’esprit uniques que nous possédons en tant qu’Africains. J’ai été très heureuse de voir plusieurs équipes débarquer à Abidjan, portant fièrement leur tenue nationale.

La part de l’Afrique dans l’économie créative mondiale reste disproportionnellement faible. Il s’agit d’une source importante de potentiel inexploité, mais il y a des raisons d’être optimiste.

Il y a bien plus que ce que l’on voit dans ces habits nationaux, le léppi, un tissu indigo traditionnel guinéen tissé à la main, le kente ghanéen ou le bògòlanfini malien. Ces étoffes colorées représentent également un moteur de croissance économique peu développé : une importante consommation intérieure de produits fabriqués en Afrique.

Il faut dire que les créateurs de mode africains ouvrent la voie. Ils tissent avec beaucoup de sophistication nos tissus traditionnels avec des coupes de vêtements contemporaines, afin de préserver des siècles de techniques pour que les jeunes générations puissent les porter en tant que défenseurs de notre artisanat traditionnel. Ils assument pleinement leur identité africaine tout en tirant parti de ce que le monde occidental peut offrir de mieux. 

Le monde du divertissement est un autre exemple.

L’essor des genres musicaux locaux, tels que l’ama piano, montre non seulement que notre continent produit des spectacles populaires primés, mais aussi que cette industrie génère des revenus et crée des emplois. La part de l’Afrique dans l’économie créative mondiale reste disproportionnellement faible : elle représente 58,4 milliards de dollars et seulement 2,9 % des exportations mondiales de biens créatifs. Cela équivaut à moins de 1 % du PIB de l’Afrique, un chiffre faible comparé à d’autres marchés matures qui capitalisent mieux  leurs industries créatives. Il s’agit d’une source importante de potentiel inexploité, mais il y a des raisons d’être optimiste : les Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED) ont indiqué que le commerce des biens créatifs entre les pays en développement était en constante augmentation. En 2020, 40,5 % des exportations de biens créatifs ont été échangées entre des pays du monde en développement, mais il est possible de faire davantage sur notre continent pour stimuler le commerce local. Quand la demande était là, ils ont répondu présent.

 

L’importance des biens publics

La Coupe d’Afrique des Nations et d’autres événements similaires montrent à quelle vitesse ces industries peuvent s’étendre lorsque nous amplifions la demande. Les préparatifs de la cérémonie d’ouverture avaient mobilisé des milliers d’Ivoiriens qui fabriquaient des masques, des costumes et bien d’autres articles. Lorsque la demande était là, ils ont répondu à l’appel. Pourtant, nous devons veiller à ce que cela ne se produise pas seulement tous les deux ans.

Nous devons encourager la consommation continue de produits fabriqués en Afrique. Ce faisant, nous pouvons favoriser le développement de chaînes de valeur aux niveaux national et régional dans toute l’Afrique, augmenter les recettes nationales et, en fin de compte, contribuer à la diversification de nos économies. 

Tout d’abord, nous avons besoin d’un engagement de haut niveau, à la fois de la part des dirigeants politiques et des icônes culturelles, notamment les musiciens, les acteurs et les personnalités du monde du sport. Certains dirigeants africains célèbrent déjà les produits locaux et traditionnels, mais il est possible de faire plus. En Guinée, les vêtements fabriqués à la main en tissu indigo léppi sont très populaires et les personnalités publiques les portent régulièrement lorsqu’elles participent à des événements importants. Je l’ai fait à plusieurs reprises, ce qui m’a permis de mettre en valeur le talent de nos entrepreneurs locaux sur de nouveaux marchés.

Deuxièmement, nous devons faciliter l’accès des entrepreneurs africains aux marchés d’autres régions du continent. La réforme de l’offre doit donner la priorité à la promotion d’un environnement favorable aux entreprises et à l’offre de produits de financement flexibles. Ces mesures doivent être associées à des mesures pragmatiques de soutien aux petites et moyennes entreprises. Nous devrions accorder une attention particulière aux entreprises du secteur informel, qui représentent entre 25% et 65 % du PIB dans les économies d’Afrique subsaharienne et fournissent entre 30% et 90 % des emplois.

Enfin, les budgets nationaux et les marchés publics devraient être mis à profit pour soutenir l’industrie africaine. Les pays africains consacrent en moyenne 17 % de leur PIB à l’achat de biens, de travaux et de services publics. En ce moment même, les ministres africains ont l’occasion de raviver la solidarité et l’esprit panafricains mis en évidence lors de la Coupe d’Afrique des Nations pour construire une nouvelle forme de résilience économique, qui nous rendra moins dépendants de l’aide mondiale et du financement du développement à l’avenir.

 

 

Malado Kaba, économiste et conférencière, est la directrice générale de Falémé Conseil ; elle a été ministre de l’Économie et des finances de la République de Guinée, entre 2015 et 2018.

 

@AB

Écrit par
Malado Kaba

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