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Opinion

Croissance : L’Afrique subsaharienne ralentit

Les vents semblent moins porteurs pour l’Afrique. Du moins à en croire les prévisions de croissance. Il n’en reste pas moins quelques facteurs positifs, comme le timide décollage de l’espace francophone et l’émergence d’une épargne intérieure.

Par Christian d’Alayer

Selon le FMI, la croissance ralen­tit en Afrique subsaharienne. En effet, on voit dans le tableau joint que la plupart des grands pays présentent une prévision de crois­sance en 2019 inférieure à la moyenne annuelle enregistrée entre 2010 et 2015.

Ces chiffres valent ce que valent les statis­tiques, sachant que, dans les années 2010-2015, beaucoup de chercheurs pensaient que celles d’Afrique étaient surestimées.

L’Inde commence à s’intéresser au continent, le Japon s’y réintéresse. Bref, l’Asie remplace une Europe qui, de symposiums en visites politiques, n’arrive pas à reprendre véritablement pied au sud du Sahara, tant ses entreprises y sont réticentes.

Ce qui se révéla faux, par la suite car la prise en compte du secteur informel, considérable en Afrique, fit grimper les performances du continent. Souvenons-nous du Nigeria dont le PIB doubla presque avec l’intégration de cet informel.

Des chercheurs continuent cependant à mettre en cause les chiffres annoncés dont les bases, disent-ils, sont sans cesse modifiées, changeant ainsi le regard de l’observateur : une base 100 en 2000, par exemple, verrait les PIB africains plus vigoureux aujourd’hui qu’une base 2010, après la crise de 2008. Sans compter les manipulations étatiques. C’est ainsi que l’observation des lumières nocturnes par satellite permit aux Occidentaux d’affirmer que la croissance chinoise de ces dernières années n’était plus de 10 % par an mais de 7,7 %.

Quoi qu’il en soit, le ralentisse­ment au sud du Sahara s’inscrit dans un monde qui manque globalement de vigueur avec une prévision globale de 3,1 % cette année. L’Europe traîne avec une croissance inférieure à 1,5 %, l’Amérique latine également du fait des difficultés en Argentine et au Vene­zuela.

C’est donc l’Asie qui reprend les rênes, Inde en tête (7 % prévus), avec une moyenne estimée à 6,2 % devant le continent africain qui n’est plus qu’à 3,4 %. Toujours en moyenne : les disparités sont énormes entre les champions africains, Ghana, Soudan, Rwanda, Éthiopie, Côte d’Ivoire ou Ouganda, et les derniers de la classe dont l’Afrique du Sud et les pays trop dépendants des exportations de pétrole.

L’Afrique francophone semble toute­fois se réveiller, elle qui était montrée du doigt par les économistes il y a seule­ment cinq ans. La tutelle française avec, notamment, le franc CFA accroché à un euro trop fort, semblait maintenir la francophonie africaine loin derrière les autres pays subsahariens en matière économique.

Et les perspectives politiques ne semblaient guère plus réjouissantes alors que les non francophones sortaient d’une longue période conflictuelle. L’ins­tabilité politique est bien au rendez-vous des pays de la zone Franc avec des diri­geants inamovibles, de plus en plus mis en cause, mais ça ne paraît pas avoir eu de conséquences économiques.

Même le Cameroun en proie à deux conflits internes, la rébellion anglophone et les terroristes de Boko Haram, ne connaît pas de chute brutale de ses performances économiques. Le Mali aussi qui semble décoller, alors que sa partie nord s’en­fonce dans un renouveau de terrorisme islamiste.

Vers un retour des investissements étrangers ?

En fait, l’émergence d’une bour­geoisie a fait là aussi son effet, entraî­nant un dynamisme entrepreneurial tout aussi vigoureux qu’en Afrique anglophone ou lusophone.

Dynamisme qui maintient la croissance là où les prix du pétrole (Nigeria) ou le manque d’investissements (Afrique du Sud) auraient dû entraîner une récession.

C’est bien son marché intérieur qui fait vivre l’Afrique subsaharienne et non les exportations de matières premières qui ne sont qu’un moyen de financer sa nouvelle croissance.

Il suffit d’ailleurs de voir l’évolu­tion de son endettement extérieur (il augmente dans tous les pays) pour voir que d’autres financements sont à l’oeuvre. L’aide publique internationale ne joue plus vraiment de rôle, si tant est qu’elle n’en ait jamais joué un.

Mais les rapatriements d’argent des expatriés, si, notamment dans le domaine de l’immobilier et de la consommation des ménages. Les investissements étrangers devraient également décoller après des décennies de stagnation, limités qu’ils étaient aux domaines miniers et pétroliers.

La Chine, par exemple, externalise ses usines textiles jusqu’en Éthiopie. L’Inde commence à s’intéresser au conti­nent, le Japon s’y réintéresse. Bref, l’Asie remplace une Europe qui, de sympo­siums en visites politiques, n’arrive pas à reprendre véritablement pied au sud du Sahara, tant ses entreprises y sont réticentes.

Reste le dernier et plus impor­tant des financements, l’épargne des ménages. Le continent étant peu bancarisé, il s’agit de bas de laine, de l’autofinancement au financement familial des jeunes entrepreneurs dans tous les domaines.

On voit beaucoup le textile bien sûr, mais l’agriculture est probablement le secteur le plus propice actuellement comme on l’a vu avec l’agro-business, les bour­geois citadins investissant dans des entreprises lancées dans l’agriculture moderne, avec matériels et intrants de pointe. Sans compter les matériaux de construction nécessaire à l’envol de l’immobilier africain.

Globalement, ce mouvement est constaté au niveau d’un taux d’épargne des ménages en hausse constante depuis vingt ans (autour de 25 % actuel­lement contre plus de 30 % pour les Chinois) ainsi qu’au niveau du nombre de primo-entrepreneurs : l’Afrique subsaharienne est largement en tête du monde, à cet égard.

Tout cela reste toutefois insuffisant et la BAD notait, en décembre 2018, que la création de nouveaux emplois restait insuffisante devant l’exode rural actuel. Manque d’emplois qui explique aussi la hausse de l’émigration et l’insécurité dans les villes africaines.

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