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Opinion

L’Afrique est un partenaire des États-Unis, non un pion

L’Afrique est un partenaire des États-Unis, non un pion
  • Publiéjanvier 4, 2023

Les éditorialistes du Washington Post, tirant les leçons du Sommet États-Unis Afrique de décembre 2022, plaident pour une nouvelle relation entre l’Oncle Sam et le continent.

 

Pendant la majeure partie de leur histoire après leur indépendance, les pays africains ont été vus par les administrations américaines successives à travers le prisme de conflits géopolitiques et d’une concurrence globale. Pendant les premières décennies, c’était la guerre froide, au cours de laquelle les pays africains étaient considérés soit « pro-occidentaux » soit « pro-communistes », dans la longue rivalité entre les États-Unis et l’Union soviétique. Après le 11 septembre 2001, l’attention des États-Unis s’est principalement portée sur les pays confrontés à des menaces d’insurrection de la part de ramifications locales ou de filiales d’Al-Qaïda et de l’État islamique.

Le dernier cadre de référence stratégique est la Chine, qui courtise l’Afrique à grand renfort d’investissements, de prêts et de projets de construction tape-à-l’œil. Le document Stratégie des États-Unis à l’égard de l’Afrique subsaharienne publié en août 2022 place clairement la Chine comme son principal rival mondial pour l’influence au XXIe siècle.

Les États-Unis doivent traiter les pays africains comme des égaux à part entière. Engager des discussions difficiles sur la nécessité d’une pleine démocratie et proposer d’envoyer la meilleure aide technologique. Persuader le secteur privé de poursuivre les investissements. Et jeter des ponts avec la jeunesse et la classe moyenne africaines.

Mais il s’agit d’une vision limitée qui ignore la puissance propre du continent et son vaste potentiel économique. D’ici à 2050, l’Afrique abritera un quart de la population mondiale, dont la moitié aura moins de 25 ans. L’Afrique est déjà la plus grande zone géographique de libre-échange au monde, et son produit intérieur brut devrait atteindre 29 000 milliards de dollars d’ici à 2050.

 

La vision de la Maison Blanche

 

Il est encourageant d’avoir vu l’administration Biden mettre l’accent sur un « partenariat », lors du sommet de trois jours entre les États-Unis et l’Afrique en décembre. « Les États-Unis sont à fond sur l’Afrique et à fond avec l’Afrique », y a déclaré Joe Biden. La pierre angulaire de ce nouvel engagement était une promesse de 55 milliards $ au cours des trois prochaines années – ce qui n’est pas une somme faramineuse pour un continent de 1,4 milliard de personnes réparties dans 54 pays reconnus.

 

Des engagements modestes mais crédibles

D’ailleurs, certains des dirigeants africains réunis n’ont pas été impressionnés. Les promesses d’un engagement accru ne sont pas nouvelles de la part des présidents américains. George W. Bush s’est rendu trois fois en Afrique, et a lancé un plan d’urgence pour l’aide contre le sida qui a suscité une sympathie durable. Barack Obama s’est rendu quatre fois sur le continent pendant son mandat, et s’est lancé dans ce qui s’est révélé une initiative décevante pour améliorer les besoins en électricité de l’Afrique. Le fait que le sommet ait eu lieu est tout de même une bonne nouvelle. Donald Trump n’a jamais mis les pieds sur le continent en tant que président et est surtout connu pour avoir dénigré les pays africains en les qualifiant de « trous à rats ».

Paradoxalement, c’est peut-être une bonne chose que Joe Biden n’ait pas proposé de nouvelle initiative phare pouvant être commodément emballée sous un acronyme ou une bannière.

La préférence apparente du président pour des initiatives plus modestes reflète le fait que les promesses de quelque chose de plus grand ne seraient pas soutenues par des fonds supplémentaires, étant donné que la Chambre des représentants sera bientôt contrôlée par les Républicains. Une autre raison est que des programmes importants sont déjà en place – bien qu’ils aient besoin de plus d’attention si l’on veut qu’ils fonctionnent mieux. Parmi eux figure la loi sur la croissance et les opportunités en Afrique, signée par Bill Clinton en 2000, qui était censée réorienter les intérêts américains vers la croissance et le commerce. Quelque 80 % des exportations provenaient de seulement cinq des pays les plus grands et les plus développés d’Afrique. Katherine Tai, la Représentante américaine au commerce, a déclaré que cette loi devait être repensée, afin de déterminer « comment nous pouvons augmenter les taux d’utilisation, en particulier parmi les pays plus petits et moins développés ».

La Chine a choisi de construire des symboles somptueux et plus visibles : palais présidentiels, bâtiments du parlement, stades de football, académies militaires, lignes ferroviaires et centres de conférence à travers le continent. Le siège de l’Union africaine à Addis-Abeba a été construit par la Chine. Le mois dernier, la Chine a inauguré le nouveau siège de la CEDEAO, dans la capitale nigériane d’Abuja, pour un montant de 32 millions $.

 

L’infrastructure de la démocratie

La Chine n’est pas non plus le seul acteur en Afrique. La Russie, la Turquie et les Émirats arabes unis sont tous devenus des présences majeures sur le continent ; la Russie fournissant des armes, la Turquie et les Émirats arabes unis construisant des mosquées, des hôpitaux et des ports.

Les critiques africains qualifient déjà certaines de ces structures de « diplomatie de palais », de « diplomatie de parlements » ou de « diplomatie de stades ». Ces symboles tangibles construits par la Chine, la Turquie ou les Émirats arabes unis peuvent faciliter les relations de gouvernement à gouvernement à court terme. Mais ils sont rarement accompagnés de la contribution des gens ordinaires.

Ce que les États-Unis peuvent apporter de plus que les autres nations, c’est un type de développement d’infrastructure plus fondamental : l’infrastructure de la démocratie. Nous voyons déjà des indicateurs encourageants. Par exemple, les élections présidentielles pacifiques au Kenya, qui ont vu William Ruto prêter serment pour son premier mandat, ont eu lieu en partie parce que le Kenya utilisait de nouveaux systèmes biométriques d’enregistrement des votes, ainsi que des scans électroniques et le transfert immédiat des résultats aux centres nationaux de décompte. Cela a permis de réduire la marge de suspicion et d’erreur tout au long du processus de vote. Le Kenya disposait également d’une commission électorale indépendante solide et d’une Cour suprême, qui peuvent être reproduites ailleurs.

William Ruto est président du Kenya depuis le 13 septembre 2022
William Ruto est président du Kenya depuis le 13 septembre 2022

 

Diverses enquêtes menées par Afrobarometer montrent que plus de six Africains sur dix sont très majoritairement attachés à la démocratie et à ses institutions. Ce sentiment pro-démocratique est très fort chez les jeunes et surtout dans la classe moyenne, deux segments de la société en forte croissance. Les majorités qui rejettent les régimes militaires et le pouvoir d’un seul homme sont encore plus nombreuses. Selon Afrobarometer, chaque fois que la démocratie suscite une déception en Afrique, c’est généralement en raison de la corruption qui y est associée.

Dans son discours aux dirigeants africains, Joe Biden a souligné à juste titre que « le soutien à la démocratie, le respect de l’État de droit, l’engagement en faveur des droits de l’homme, le gouvernement responsable – tout cela fait partie de notre ADN ». Or, trop souvent, en Afrique comme ailleurs, les administrations américaines successives ont été disposées à négliger les tendances antidémocratiques et les violations des droits de l’homme pour soutenir l’idée dépassée de « stabilité ». Parmi les dirigeants présents à Washington figuraient les présidents Paul Kagame, Paul Biya, Yoweri Museveni et d’autres qui ont été accusés de s’accrocher au pouvoir à la suite d’élections truquées. Leur exclusion de certains événements de haut niveau à Washington a peut-être fait comprendre que la victoire dans une urne truquée ne suffira plus à assurer la légitimité démocratique.

Traiter les pays africains comme des égaux à part entière. Engager des discussions difficiles sur la nécessité d’une véritable démocratie et proposer d’envoyer la meilleure aide technologique. Persuader le secteur privé de poursuivre les investissements nécessaires aux initiatives existantes telles que Power Africa et la loi sur la croissance et les opportunités. Et jeter des ponts avec la jeunesse et la classe moyenne africaines d’aujourd’hui. Tous ces éléments peuvent constituer les piliers d’une nouvelle relation américaine avec l’Afrique. Mais cela commence par un engagement envers la prospérité, des institutions démocratiques durables et un respect mutuel qui reconnaît que les deux parties ont beaucoup à gagner.

 

Les États-Unis promettent des liens nouveaux avec l’Afrique

@NA

 

Écrit par
laurent

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