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Opinion

L’accord sur les migrants entre l’Europe et la Tunisie doit être revu

L’accord sur les migrants entre l’Europe et la Tunisie doit être revu
  • Publiénovembre 7, 2023

Pour aider le pays à sortir de sa crise économique et à freiner le flux de migrants, l’UE devrait plutôt soutenir son secteur privé, jugent différents experts, réunis par Ghazi Ben Ahmed, de l’ONG Mediterranean Development Initiative.

 

Pour discuter de la grave situation économique, des experts de la Tunisie, des députés européens et des membres de la société civile se sont réunis au Parlement européen à Bruxelles, cette semaine, afin d’échanger des idées et explorer des solutions novatrices qui pourraient aider à renforcer l’écosystème tunisien, et qui pourraient être étendues à tous les partenaires africains.

« Aider les entreprises tunisiennes transfrontalières innovantes ne fera pas augmenter la concurrence pour les entreprises européennes, mais ajoutera de l’efficacité et de la compétitivité à l’ensemble de l’industrie. »

Parmi les experts présents, on comptait Salima Yenbou, députée européenne et membre de la commission des affaires étrangères et de la délégation à l’Assemblée parlementaire pour la Méditerranée, Ghazi Ben Ahmed, fondateur de l’ONG Initiative de développement méditerranéen, et Giorgos Kyrtsos, député européen.

Le déclin économique de la Tunisie contribue grandement à l’augmentation de la migration vers les côtes européennes. Pour relever ce défi, l’Union européenne doit envisager des solutions économiques novatrices plutôt que de conclure des accords qui soutiennent le régime du président Saïed. Selon les experts, ce qui pourrait aider à long terme serait d’investir dans le secteur privé tunisien et de renforcer les marchés économiques locaux.

Ils appellent également la Commission européenne à réaffecter les 60 millions d’euros restitués par la Tunisie à la DG Near (Direction générale du voisinage et des négociations d’élargissement) pour la création d’un fonds de co-développement technologique. Ce fonds pourrait servir de levier pour financer et développer des entreprises tunisiennes innovantes et technologiques.

Ces experts croient fermement que l’accord conclu par l’UE avec Kaïs Saïed en juillet 2023 ne permettra pas de résoudre les difficultés économiques de la Tunisie. Ils redoutent l’échec de cette nouvelle étape de la stratégie de la Commission visant à canaliser l’argent de l’UE vers les pays d’Afrique du Nord pour soutenir leurs économies et freiner les flux migratoires échouera.

 

Endiguer la fuite des cerveaux

 

Ghazi Ben Ahmed, animateur de la discussion, a ainsi déclaré : « Pour éviter un effondrement économique total, il est crucial de renforcer l’économie tunisienne et de soutenir les entreprises du pays afin de poursuivre activement la diversification internationale à l’avenir proche. »

À son sens, « il est urgent d’élargir la gamme de mécanismes de financement et de soutien pour l’entrepreneuriat innovant, car ce secteur contribue d’une part à la prospérité locale par le développement de la technologie et de la propriété intellectuelle, et d’autre part, il attire des talents locaux et internationaux, atténuant efficacement le phénomène de fuite des cerveaux qui a atteint des niveaux alarmants en Tunisie ».

Les experts constatent que l’État et son appareil administratif ont du mal à mettre en œuvre des réformes et continuent de s’appuyer sur une charge fiscale en hausse vertigineuse et un financement intérieur, épuisant ainsi la liquidité du marché, étouffant les investissements et entravant le financement des projets.

Ghazi Ben Ahmed
Ghazi Ben Ahmed.

De plus, l’économie parallèle en Tunisie exerce une influence considérable dans les principaux secteurs du pays et, à travers son association avec les personnes au pouvoir, entrave tous les efforts de transformation qui remettent en question le statu quo qui la favorise. De plus, l’économie souterraine profite des restrictions à l’importation imposées par l’État pour accumuler des devises, perpétuant un réseau de corruption qui englobe la population, les entreprises et les administrations.

Ainsi, ils insistent sur le fait que les politiques de l’UE à l’égard de la Tunisie doivent tracer une nouvelle voie en collaborant étroitement avec le secteur privé pour élaborer des stratégies novatrices pour la démocratie et le développement économique.

La mobilité est un élément essentiel pour les prestataires de services tunisiens. Il a été suggéré de créer un visa spécial pour les entrepreneurs afin de faciliter leur mobilité au sein de l’Union européenne. Un dispositif similaire de dispense de visa existe, par exemple, pour les entrepreneurs mexicains souhaitant se rendre aux États-Unis dans le cadre de l’ALENA.

« Un tel effort de collaboration peut contribuer à préserver les libertés en Tunisie et à garantir leur durabilité à long terme. Aider les entreprises tunisiennes transfrontalières innovantes ne fera pas augmenter la concurrence pour les entreprises européennes, mais ajoutera de l’efficacité et de la compétitivité à l’ensemble de l’industrie européenne et créera des synergies et de nouvelles opportunités pour les deux », a conclu Ghazi Ben Ahmed.

@NA

 

Écrit par
Laurent Allais

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