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Analyse et Opinion Opinion

La diversification, clef d’une croissance pérenne

La diversification, clef d’une croissance pérenne
  • Publiéjanvier 16, 2023

Les experts de l’Agence française de développement se refusent à tout catastrophisme, concernant l’Afrique en 2023. Ils préviennent de facteurs de risques nouveaux, liés à la résurgence et à la persistance de l’inflation.

 

« L’Afrique, en 2023, va rejoindre le niveau de PIB/hbt de 2019 et le choc Covid a été absorbé », considère Thomas Melonio, directeur de la Recherche à l’AFD (Agence française de développement). L’économiste s’exprimait lors d’un point presse à l’occasion de la sortie de l’ouvrage collectif L’Économie africaine 2023, qui paraît éditions La Découverte.

Dans de nombreux pays, la « santé communautaire », qui implique une prise de conscience des populations quant à leurs besoins spécifiques, constitue pourtant la seule option des plus pauvres pour se soigner.

Au-delà de l’analyse conjoncturelle, on retient des propos et de l’ouvrage quelques idées fortes qui tranchent parfois avec le consensus ambiant. Ainsi, considère Thomas Melonio, « le modèle extractif ne marche pas, ce n’est pas lui qui tire le continent à moyen terme ». Ce, d’autant que « la tendance n’est pas favorable aux matières premières ».

Pas plus, d’ailleurs qu’un secteur comme le tourisme. Certes, celui-ci a enregistré un fort rebond en 2022, mais cela « dans des pays qui ont des problèmes de financement », sachant que structurellement, « le tourisme n’est pas un secteur qui tire la croissance ».

Les économistes de l’AFD constatent que « par construction », les économies les plus diversifiées ont mieux amorti le choc Covid, tandis que leur croissance à venir semble plus pérenne. Miser sur les services, l’agroalimentaire, offre les conditions de l’émergence, considèrent les travaux de l’AFD. Qui soulignent les perspectives plus alléchantes, en termes de croissance du PIB, de pays comme la Côte d’Ivoire, le Togo, le Sénégal, le Bénin. En règle générale – il existe bien sûr des exceptions –, les pays où l’insécurité alimentaire persiste sont les moins diversifiés.

 

Éviter un été difficile

Au passage, les économistes soulignent la forte croissance des pays du Sahel, reconnaissant que cette tendance est moins spectaculaire exprimée en termes de PIB/habitant.

Il reste une inconnue à court moyen terme : le niveau de l’inflation. Dans l’agroalimentaire, l’inquiétude vient surtout de l’évolution des prix des engrais. Compte tenu de la hausse des prix, la demande en engrais devrait reculer ; cela toucherait en priorité les cultures de rente que sont le coton, le cacao, et surtout les céréales. Dans les autres cultures, l’utilisation des engrais n’est pas si massive et un recul de leur utilisation ne devrait pas trop affecter la productivité des sols. Ce sera un point essentiel à surveiller ces prochains mois.

Thomas Melonio

En effet, bien qu’il ne faille pas exagérer la crainte de pénurie en Afrique de l’Ouest, où la malnutrition infantile diminue sensiblement, certains risques persistent. À cet égard, les économistes préviennent déjà d’un cap difficile à franchir, entre juin et août. « Le problème numéro un restant le faible pouvoir d’achat des populations, couplé à la cherté de la vie et la volatilité des prix des produits alimentaires ». Au total, sur le continent, 20% de la population est sous-alimentée, contre une moyenne mondiale de 10% ; ce, en dépit des progrès enregistrés par plusieurs pays comme le Ghana.

 

En bref

Plaidoyer pour la santé communautaire

L’une des conséquences de très faibles investissements publics en Afrique est la mobilisation des communautés dans la prise en charge de leurs problèmes de santé, écrivent un panel de spécialistes dans l’un des articles du recueil L’économie africaine 2023. On relève en Afrique, résume Thomas Melonio, « une faible appropriation nationale des recommandations internationales ». Dans de nombreux pays, la « santé communautaire », qui implique une prise de conscience des populations quant à leurs besoins spécifiques, constitue pourtant la seule option des plus pauvres pour se soigner. De rigueur dans les années 1970-1980, le concept s’est étiolé par la suite. Dans certains cas, des soucis de gestion et de transparence ont donné l’impression que les structures en place servaient davantage les intérêts du gouvernement que ceux des communautés. La participation communautaire permet aux populations de de contrôler leur propre destin, de de contribuer par leur implication à la pérennité des services de santé et d’en renforcer l’efficacité.

Et les auteurs d’appeler à la création ou au renforcement des « agents de santé communautaire » pour assurer les soins de santé primaire, la prévention. Aujourd’hui, on les considère trop comme des volontaires et leur faible rémunération ne joue pas en faveur de leur motivation et de leur considération par le public. Pourtant, « il semble acquis qu’un système de rémunération non dépendant de l’aide internationale permettrait de mieux construire des programmes pérennes », concluent les auteurs.

 

 

L’économie africaine 2023 ; Agence française de développement

Publication le 19 janvier 2023 ; éditeur : La Découverte

Prix : 11 euros.

@NA

 

Écrit par
Laurent Soucaille

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