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Opinion

F.CFA, mon amour

Sur longue période, la croissance des pays de la Zone franc est largement inférieure à celle de pays comparables. La défense du franc CFA à l’aune de la stabilité économique ne résiste pas à l’analyse. Ce qui remet en question d’autres dogmes concernant l’Afrique.

Par Désiré Mandilou  

A long terme, nous serons tous morts, disait John M. Keynes. Ceci, pour affirmer la primauté du court terme dans l’analyse macroéconomique.

Cette vérité biologique érigée en précepte méthodologique ne nous dispense cependant pas de convoquer la longue période pour évaluer une infrastructure monétaire comme le franc CFA. Car l’on peut également affirmer qu’à long terme, nous serons tous instruits par les faits.

Dans un entretien accordé au site Togo-Breaking News, Marc Vizy, ambassadeur de France au Togo s’exclame : « Trouvez-vous que la Côte d’Ivoire est moins industrialisée que le Ghana ? »

Si l’on passe des micropays africains non viables à l’échelle de la macroéconomie africaine, la croissance démographique devient le premier facteur du dévelop­pement. Faire des enfants en Afrique est une politique de croissance !

Son plaidoyer en faveur du franc CFA se déroulait en effet, sous la bannière de la croissance. « En 2018, selon le FMI, quatre pays membres de la Zone franc (Côte d’Ivoire, Sénégal, Bénin et Burkina Faso) figurent dans le Top-10 des pays d’Afrique subsaharienne qui enregistrent les plus forts taux de croissance… En termes de PIB par habitant et d’IDH, les pays de la zone franc, n’ont rien à envier aux autres pays africains. »

Le taux de croissance est devenu la dernière digue derrière laquelle se retranchent les tenants du franc CFA. De leur point de vue, à la limite, la performance économique de la Côte d’Ivoire, justifierait à elle seule la pérennité du franc CFA.

Un frein à la croissance

Depuis la crise politique en 2010-2011, l’économie ivoirienne caracole. Son taux de croissance est a minima de 7 %, ce qui correspond à un doublement du PIB sur dix ans. Sur la base des données de 2016 fournies par Les Perspectives de l’économie mondiale du FMI, le triomphalisme du leadership politique ivoirien semble corroboré par les chiffres.

Oui, la Côte d’Ivoire fait partie des dix pays qui ont les plus forts taux de croissance dans le monde. En Afrique subsaharienne, seule l’Éthiopie a fait mieux depuis 2012.

Certes, mais l’infrastructure du franc CFA existe depuis 1945, soit exactement 74 ans aujourd’hui. Limiter l’évaluation de la performance économique aux seules dernières années, ne peut que conduire à un biais statistique.

La brièveté de la période d’analyse fausse l’évaluation. Il faut replacer les taux de croissance ivoiriens comme ceux des autres pays de la Zone franc en perspective historique, pour tirer une conclusion scientifique­ment valide. C’est sur le long terme que l’on peut comparer les taux de croissance du PIB entre pays de la Zone et les autres pays subsahariens.

Fort opportunément, la Banque mondiale rend disponible les statistiques du PIB par habitant des pays concernés de 1960 à 2017, soit sur 57 ans. À l’exception du Mali, et de la Guinée équatoriale. Le Mali a quitté la Zone franc en 1962, et ne l’a réintégrée qu’en 1984. Quant à la Guinée équatoriale, elle était dans l’orbite coloniale espagnole et n’avait aucune statistique spécifique.

On relèvera qu’en 1960, le PIB par habitant du Sénégal était de 312,99 dollars, soit le double du PIB par habitant de la Corée du Sud, évalué alors à 158,24 $. Cinquante-sept ans plus tard, chaque Coréen génère 29 742,84 $ de PIB contre 1 329,30 $ à peine pour le Sénéga­lais. En 2017, il faut 22 Sénégalais pour atteindre la richesse produite par un seul Coréen. Très bel exemple de croissance appauvrissante.

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