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Opinion

Exister loin du FMI

Plus cet indice sera proche de zéro, ce qui caractérise une situation d’hégémonie mono ethnique, plus la gouvernance sera mauvaise. Car quand une seule tribu détient tous les leviers de commande d’un pays, la culture africaine influe négativement sur le bien commun.

En ce sens que chaque responsable bénéficie de la liberté de « mal agir » sans jamais craindre la sanction. Dans l’univers mental africain, on ne peut sanctionner ses propres parents. Or, un système de gestion publique sans sanction se transforme très vite en mafia. L’intérêt public cède le pas à la collusion d’intérêts des membres d’une même ethnie ou tribu.

Par la suite, quelles que soient les mesures d’ajustement prises de concert avec le pays considéré, elles seront inefficaces. Pour le motif que la politique économique est un art d’exécution. En ce sens que l’acteur qui déploie la solution fait partie intégrante de la solution.

Au même titre que le rythme auquel on déploie cette solution, ainsi que le moment (timing) auquel on agit. En effet, si dans l’inconscient collectif, l’État chargé de s’auto-réparer est perçu comme illégitime, parce que mono ethnique, il émergera dans le corps social des résistances au changement tout à fait invisibles, mais réels. 

Compromis tactique 

Si le FMI veut obtenir une amélioration de la gouvernance dans les pays sous programme, il doit paramétrer l’indice de complexité ethnique à un niveau supérieur ou égal à 0,8. À ce niveau, on est assuré d’avoir une gouvernance non biaisée par le fait ethnique.

Chaque fois que l’on prendra deux responsables au hasard, la probabilité d’avoir deux responsables d’ethnies différentes sera proche de l’unité. Ce qui dénote une grande hétérogénéité ethnique dans la gouvernance.

C’est le seul et vrai critère de la bonne gouvernance en Afrique. Un indice de complexité ethnique élevé signifie que les diverses ethnies ont déjà passé entre elles des compromis sociaux et politiques qui viendront soutenir les compromis organisationnels et financiers que le pays tout entier signera avec le Fonds. 

Jusqu’ici, les IFI considèrent l’État africain comme l’ennemi de la performance économique. Or, en affaiblissant l’État en Afrique, avec les privatisations et autres cures d’amaigrissement de la fonction publique, les IFI n’ont réussi qu’à renforcer le tribalisme.

« L’impuissance des États a fait renaître le tribalisme et le régionalisme… Il est frappant de voir que les tensions ont immédiatement suivi la « mise à mort » des États africains par le FMI, la Banque mondiale et les deux Clubs de créanciers, Paris pour les créances publiques, Londres pour les créances privées », relevait Christian d’Alayer dans African Business (numéro 62). 

En finir avec les inégalités d’opportunité 

Nous appelons compromis tactique le fait que sur le terrain, le FMI travaillerait d’abord à renforcer les États africains, avant d’implémenter ses politiques.

Ceci, via l’indice de la complexité ethnique de l’État. Cet indice est a priori, le seul outil rationnel d’évaluation de la qualité de la gouvernance en Afrique. Pour le FMI, ce ne serait pas renier sa doctrine, mais accroître les chances de réussite de ses programmes.

Car le corps social africain est ainsi fait. Plus chaque citoyen identifie « ses proches » derrière chaque décision publique, plus celle-ci a des chances d’être suivie d’effet. 

La complexité ethnique aurait un autre impact systémique, de nature à renforcer le dynamisme des économies africaines. Nous pensons précisément aux inégalités d’opportunités.

Plus que les inégalités de revenu, ce qui mine les économies africaines, ce sont les inégalités d’opportunités. Quand les jeunes représentent a minima 60 % de la population, les inégalités d’opportunités générées par l’accaparement mono ethnique de l’État sont insupportables.

Les jeunes se sentent inutiles, sans perspective d’avenir, sans possibilité d’entreprendre, simplement parce qu’ils n’appartiennent pas à la « bonne tribu ». D’où les vagues migratoires sur les côtes européennes. 

Quoique non invité par les IFI au conclave d’Oxford, de ce fait passager clandestin sur le radeau des idées neuves, nous avons encore la naïveté de croire que les IFI restent ouvertes aux apports de l’expertise africaine non officielle.

Car, pour l’heure, la boîte à outils du FMI reste désespérément vide, concernant la gouvernance. On ne distingue aucune mesure relative à la gouvernance, immédiatement opérationnelle et évaluable. 

Chacun sait, par exemple, que l’homme ne peut vivre en société, sans morale, et que la morale ne peut se limiter à un code de règles imposées. En particulier, dans des sociétés qui se veulent libérales, où l’État doit alléger sa contrainte.

Les normes morales doivent donc être intériorisées par les citoyens. La démarche est la même avec l’État en Afrique. Au départ, l’indice de complexité ethnique sera une règle imposée. Mais à court ou moyen terme, cette complexité ethnique de l’État sera intériorisée par les citoyens.

La contrainte étatique sur l’économie pourra alors graduellement être allégée, et l’action du FMI devenir plus efficace. Sur le billet vert, les Américains ont inscrit à bon escient « In God we trust ». Pour notre part, nous plaçons notre confiance dans la complexification ethnique des pays africains. Pour enfin commencer à faire nation.

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