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Opinion

Exister loin du FMI

Le Ghana et l’Éthiopie parviennent à des résultats économiques spectaculaires. Particularité de ces deux pays : ils se passent des conseils et des aides du Fonds monétaire international. Et si, pour reprendre la main et mieux comprendre l’Afrique, l’institution se dotait d’autres outils ? 

Par Désiré Mandilou 

Du 8 au 10 février 2019, une réunion pour le moins insolite s’est tenue à Oxford, sous l’égide du professeur Paul Collier, ancien directeur de recherche sur le développement à la Banque mondiale.

Dans le plus grand secret, les Institutions financières internationales (IFI) ont réuni les sherpas de tous les présidents africains pour discuter de l’(in)efficacité de leurs programmes. Le FMI et la Banque mondiale ne sont pas satisfaits des résultats obtenus. Les Africains non plus. Qu’il s’agisse des gouvernants ou des simples citoyens. 

L’Éthiopie, pays de 95 millions d’habitants, le second pays le plus peuplé d’Afrique après le Nigeria, a triplé son PIB par habitant en dix ans. L’Éthiopie connaît, depuis une dizaine d’années, une croissance de l’ordre de 10 % en moyenne par an. Cette réussite résulte d’une forte intervention étatique. 

En d’autres termes, n’ayant plus aucune idée neuve sur l’Afrique, les IFI sont allées à la pêche. Elles se sont interrogées sur leurs propres pratiques, en associant à la réflexion, les Africains positionnés au coeur de la décision politique.

Les sherpas sont en effet les conseillers économiques les plus proches des présidents. Tous les princes ayant besoin de conseils, les sherpas sont payés pour cela. Bref, le FMI et la Banque mondiale sont à la peine dans leur champ d’action privilégié, l’Afrique. Que faire ? 

Parmi les dix pays à plus forte croissance dans le monde en 2018, six sont africains. Le Ghana arrive en tête (8,3 %) suivi de l’Éthiopie (8,2 %). Ces deux leaders mondiaux de la croissance ont en commun de se passer des préconisations du FMI.

Pour le Ghana, le Président a décidé de ne pas solliciter le renouvellement du programme du FMI arrivé à échéance en 2018 ; Nana Akufo-Addo entend se passer des crédits du FMI, de manière irréversible.

Pour l’Éthiopie, le non-respect des injonctions du FMI est plus ancien. Il date de 2002. Après l’obtention d’une réduction de la dette d’environ 40 % du PIB à travers l’Initiative pays pauvres très endettés (PPTE). Depuis cette date, l’Éthiopie a fait exactement l’inverse de ce que préconisait le FMI. Et les résultats sont plus que probants. 

Un monopole national dans les télécoms 

Ce pays de 95 millions d’habitants, le second pays le plus peuplé d’Afrique après le Nigeria, a triplé son PIB par habitant en dix ans. L’Éthiopie connaît, depuis une dizaine d’années, une croissance de l’ordre de 10 % en moyenne par an.

Cette réussite résulte d’une forte intervention étatique. L’État a mené, depuis 2002, trois plans successifs de développement économique, tout en contrôlant l’expansion du secteur privé. Il a également limité les fluctuations de sa monnaie, le birr (ETB), pour attirer les investisseurs.

Selon le FMI lui-même, le pays aurait attiré plus de 4 milliards de dollars d’investissements étrangers en 2017. Presque deux fois plus qu’en 2016. Là où le FMI préconisait des privatisations tous azimuts et un taux de change parfaitement flexible pour la monnaie nationale, l’Éthiopie a décidé de faire le contraire. 

Lorsque l’on arrive en Éthiopie, on est surpris de constater qu’il n’y a qu’un seul opérateur de téléphonie mobile. Le ministre des Télécommunications explique, en toute sérénité, qu’il est hors de question de livrer ce juteux fromage à l’appétit des firmes privées multinationales.

Celles-ci auraient eu pour unique objectif de sortir le maximum de cash du pays, oubliant que l’Éthiopie est un vaste pays. Ce qui implique des investissements dans des zones où la rentabilité n’est pas garantie.

L’accès de tous les Éthiopiens au service de téléphonie mobile, à faible coût, nécessite une péréquation. Le résultat des villes doit pouvoir contribuer à financer les zones rurales. On est en effet très loin des préoccupations d’un investisseur privé. 

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