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Opinion

En finir avec les démocratures…

L’Europe doit établir de nouveaux rapports politiques et économiques avec l’Afrique, au lieu de régler la question migratoire dans l’urgence. Et les pays africains doivent en finir avec la mal-gouvernance. Alors, les jeunes resteront au pays.

Par Désiré Mandilou

L’Europe a été construite « toutes choses égales par ailleurs ». On a supposé que rien d’extérieur à l’Europe ne viendrait perturber les complémentarités économiques qui se déployaient, d’élargissement en élargissement. Ce moule méthodologique a conduit les « pères fondateurs » de l’Union européenne à exclure l’Afrique de leurs schémas de pensée.

De même que l’Orient. Qu’il soit moyen ou extrême. On a vendu à l’opinion publique européenne le mythe de l’îlot de prospérité dans un océan de misère. Quid de l’Afrique, de son désir de rattrapage économique, de ses aspirations démocratiques ? Quid du Moyen-Orient, de la conflictualité entre chiites et sunnites ? Pire, certains pays de l’UE ont cru judicieux de déstabiliser la Syrie en reconnaissant des groupes armés aux contours indéfinis comme gouvernement légitime de ce pays.

Le fait migratoire démontre aujourd’hui que l’Europe ne peut se bâtir sans stratégie pertinente en direction du continent africain, comme du Moyen- Orient. Dispenser à dose homéopathique de l’aide aux pays africains, ou imposer quelques accords commerciaux iniques (Lomé, ACP, etc.) n’est pas, de toute évidence, à la hauteur des enjeux. Il manque à l’UE la plasticité qui permet à une organisation de s’adapter à, ou d’influer positivement sur, son environnement. La géographie, et l’histoire coloniale, impose à l’Europe de se réinventer, continuellement.

De l’autre côté de la Méditerranée, les diverses Afriques subsahariennes ont longtemps cherché leur voie. De l’apartheid au socialisme bantou, de l’authenticité zaïroise au césarisme modèle Kadhafi, on peut dire que l’Afrique a longtemps tâtonné. Aujourd’hui, elle semble avoir fixé son choix sur le « libéralisme sélectif ».

Comme le régime chinois, les gouvernements africains acceptent le côté économique du libéralisme (le marché) tout en rejetant le côté politique (la démocratie). Invoquant tantôt une spécificité culturelle, tantôt l’impératif de la stabilité politique pour justifier « les démocratures » (les dictatures élues).

La Chine est cependant un pays continent, avec un seul centre de décision politique. En Afrique, il existe une noria de micro-pays sans pouvoir politique unitaire. De sorte que les populations africaines se retrouvent face à un libéralisme sélectif vicié. Le côté politique reste totalitaire, le côté économique (le marché), reste déficient, en raison de l’extrême fractionnement de l’aire subsaharienne en pays non-viables.

Déficit démocratique

Circonstance aggravante, les firmes multinationales et les centres décisionnels de la finance internationale préfèrent « négocier » avec des gouvernements autoritaires. On déplore aujourd’hui en Afrique, un réel déficit démocratique. Un déficit qui se traduit par une féroce répression politique, l’absence de droits (liberté individuelle de pensée, de parole, de religion, etc.) et un exil de masse des jeunes partant à l’assaut de la citadelle Europe. L’indifférence européenne aux dérives autocratiques en Afrique, comme l’étouffoir américain posé sur l’aspiration à la paix au Moyen-Orient, ont fait des flux migratoires le talon d’Achille de l’Union européenne.

Les barricades physiques, les hotspots en Afrique, les centres de tri hors sol des migrants (ceux que nul n’accepte sur son territoire), réduiront peut-être les flux. Mais ces dispositifs ne tariront pas le flot des assaillants dans les douves de la forteresse Europe. Eu égard aux circuits de trafic d’organes humains déjà en place entre l’Afrique et la Chine, il est aussi à craindre que, demain, les migrants ne gagnent l’Europe dans les cales des navires, les soutes des avions, ou les camions chinois. La Route de la soie deviendra alors la route du péril noir. De quoi rire jaune en Europe.

Il faut repenser la construction européenne en intégrant dans ses missions l’instauration de la démocratie en Afrique. Tous les pays qui améliorent les conditions d’existence des populations en Afrique sont des démocraties. Du Sénégal au Botswana, du Ghana au Nigeria.

Les démocratures ainsi que la pérennité des rapports de sujétion coloniale ne sont que, l’avers et l’envers d’une seule et même médaille. En finir avec les migrants, c’est en finir avec les autocrates africains, en finir avec la monnaie CFA.

Avec évidemment les exceptions qui confirment la règle comme le Rwanda, ou l’Éthiopie. Jamais l’on n’a vu des Kenyans, des Botswanéens, des Namibiens échoués dans des gymnases en Europe.

Le message essentiel du régime démocratique est non pas de supprimer les conflits ethniques ou de répartition du produit social, mais de permettre que ces conflits puissent se résoudre par le compromis ; par le changement pacifique des gouvernements (l’alternance politique). Sans exportation des valeurs démocratiques, l’Europe sera toujours perçue par ses voisins immédiats comme un îlot de prospérité, de liberté démocratique, dans un océan d’autoritarisme. D’où la pression pour un élargissement sans fin de ses frontières (Ukraine, Albanie, etc.), et un assaut permanent « des gueux » d’outre-Méditerranée.

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