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Opinion

Dirigeants africains, soignez-vous dans votre pays !

L’Afrique attend le jour où ses dirigeants seront suffisamment fiers de leur système de santé pour se faire soigner dans les hôpitaux publics de leur pays, comme les autres citoyens.

Par Allen Choroma, consultant dans le domaine de la santé

Il est fréquent qu’en Afrique, les présidents et grands responsables politiques se rendent à l’étranger, notamment en Europe, aux États-Unis et en Extrême-Orient, pour recevoir un traitement médical. Cela témoigne du peu de confiance qu’ils font aux systèmes de santé dont ils sont responsables.

Quittant le continent à bord de jets privés qui coûtent des millions de dollars aux contribuables, les dirigeants africains laissent dans leur pays des systèmes de santé dans un état déprimant.

Sur 100 dollars qui entrent dans les caisses de l’État en Afrique, 16 $ sont alloués à la santé, mais seulement 10 $ sont dépensés et moins de 4 $ vont au service de santé prévu, constate l’OMS.

Les gens ordinaires subissent des infrastructures délabrées, des services de mauvaise qualité, des pénuries de médicaments essentiels ; de risque d’exposition à des médicaments falsifiés ou de moindre qualité, des vêtements de protection inadéquats et des mauvaises conditions de travail…

Les responsables politiques africains ont peu d’intérêt à investir dans les soins de santé dans leur pays étant donné qu’ils les utilisent rarement et partent à l’étranger aux frais du contribuable en cas de problème médical.

L’an dernier, l’Afrique a été le théâtre de grandes grèves organisées par des personnels de la santé mécontents de leurs conditions de travail déplorables, de la mauvaise qualité des soins et de l’insuffisance des dépenses publiques dans ce secteur.

Environ 10 % des dépenses de l’État sont consacrées à la santé ; on est donc loin des 15 % visés dans la déclaration d’Abuja, signée par tous les chefs d’État africains en 2001.

Contraste choquant

La liste des hommes politiques africains qui partent à l’étranger pour suivre un traitement médical semble interminable. Certains présidents africains en exercice sont même décédés à l’étranger alors qu’ils se faisaient soigner.

Ainsi, le président zambien Michael Sata est-il mort au Royaume-Uni en 2014, Malam Bacai Sanha de Guinée-Bissau en France en 2012, le Premier ministre éthio­pien, Meles Zenawi en Belgique la même année. Omar Bongo du Gabon est décédé en Espagne en 2009 et le président zambien Levy Mwanawasa en France, en 2008.

Tandis que les chefs d’État africains dépensent des fortunes dans des traite­ments à l’étranger, le continent est toujours en proie à des maladies qui pourraient être évitées et maîtrisées et, dans certains cas, éradiquées.

Les soins de santé en Afrique consti­tuent un défi depuis des décennies et les besoins ne font qu’augmenter. Sur une population de 1,2 milliard de personnes, environ 60 % (720 millions) sont âgés de moins de 24 ans et ont besoin de certains services de santé, comme le planning familial, les soins prénataux et anténa­taux, la vaccination, la nutrition et l’accès à des soins de base.

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