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Opinion

Des relations Afrique Chine favorables aux femmes ?

Des relations Afrique Chine favorables aux femmes ?
  • Publiéavril 11, 2024

Des femmes remarquables dans de multiples domaines marquent de leur empreinte les relations entre la Chine et l’Afrique, mais il reste encore beaucoup à faire pour qu’elles s’incrustent dans la prise de décision.

 

En 2018, l’année où j’ai fondé Development Reimagined, j’ai écrit un article sur la façon dont les femmes africaines et chinoises étaient à l’avant-garde des activités universitaires et du secteur privé, malgré la prédominance des hommes africains et chinois en politique. Je m’étais également rendue compte que l’héritage de ces femmes motivées et souvent très entreprenantes devait encore être cimenté.

Il ne fait aucun doute qu’aujourd’hui encore, les femmes ne sont pas assez nombreuses à façonner et à faire fructifier les relations entre l’Afrique et la Chine. Mais le progrès est le progrès.

Six ans plus tard, sachant que les femmes africaines et chinoises représentent ensemble plus d’un milliard de personnes dans le monde, je dois admettre que le rôle et la place des femmes dans les relations entre l’Afrique et la Chine se sont quelque peu améliorés. Pour autant, un changement significatif ayant un impact tangible sur les femmes reste un objectif crucial à atteindre.

Au cours des six dernières années, la liste des femmes les plus performantes qui œuvrent pour le changement dans le domaine Afrique-Chine s’est certainement allongée. En 2018, je citais des femmes comme Irene Yuan Sun, qui venait d’écrire un livre sur l’impact de la Chine sur l’industrie manufacturière africaine ; Lina Getatchew Ayenew, auteur d’un guide d’apprentissage du chinois mandarin pour les personnes parlant l’amharique ; Deborah Brautigam, facilement et à juste titre l’Américaine la plus respectée dans ce domaine ; Helen Hai, à l’époque ambassadrice de bonne volonté de l’ONUDI et fondatrice de l’initiative Made in Africa ; et bien d’autres femmes impressionnantes encore.

Aujourd’hui, nombre d’entre elles continuent à faire parler d’elles, et nous pouvons ajouter à la liste d’autres femmes remarquables. Au cours de cette période, nous avons eu deux ambassadrices du Kenya en Chine ; Tania Romulado a été l’ambassadrice du Cap-Vert en Chine de 2015 à 2021 ; et actuellement, les ambassadrices de l’Ouganda, de São Tomé et Príncipe, du Mozambique et des Seychelles en Chine sont toutes des femmes éloquentes et influentes.

A woman with a light blue dress and her hair up in a bun smiles at the camera.Le directeur national en Chine de l’Unicef est une Africaine, Amakobe Sande (photo ci-contre). Dans le passé, elle a également été directrice nationale de l’ONUSida en Chine. Sur le continent africain, depuis 2021, l’ambassadeur de Chine en Tanzanie est une femme, Chen Mingjian.

Dans le même temps, Liu Haifang reste probablement l’universitaire chinoise la plus respectée en ce qui concerne l’Afrique, tandis que plusieurs femmes, dont Wang Luo et Mao Xiaojing, exercent une influence considérable sur la politique chinoise en matière de commerce, de dette et d’agriculture en Afrique et au-delà, grâce à leur travail au sein de l’Académie chinoise du commerce international et de la coopération économique (CAITEC), un groupe de réflexion crucial en Chine.

 

Au cœur du pouvoir

Lu Cuifeng est une Chinoise qui, en tant que présidente de Greenchain, a joué un rôle de premier plan dans l’introduction de produits agricoles africains en Chine, tels que les avocats kenyans. La Burundaise Sandrine Nduwimana a joué un rôle crucial en aidant des centaines d’entreprises privées chinoises non seulement à investir sur le continent, mais aussi à affronter la Covid-19, dans le cadre de ses fonctions précédentes au sein du China Africa Business Council (CABC). Elle travaille aujourd’hui à la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB). Zahra Baitie (photo ci-contre) a, au cours d’une période similaire, aidé les entrepreneurs africains à obtenir des investissements de la Chine, dans le cadre de son rôle chez Alibaba.

Comme en 2018, la liste impressionnante pourrait continuer à s’allonger.

Et aujourd’hui, je m’en voudrais d’oublier les femmes de mon cabinet – heureusement un cabinet majoritairement dirigé par des femmes et majoritairement féminin –, qui marquent de leur empreinte la relation. Je suis fière de voir Leah Lynch, Jing Cai, Yike Fu, Rosie Wigmore, Judith Mwai – parmi tant d’autres que je n’ai pas la place d’énumérer –, travailler sans relâche ces dernières années pour contribuer à resserrer les liens entre l’Afrique et la Chine.

Elles ont travaillé avec des dirigeantes africaines telles que Hanan Morsy à la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, Hassatou N’Sele à la Banque africaine de développement, des femmes ministres des finances actuelles et anciennes telles que Malado Kaba, et des femmes chefs d’entreprise de premier plan en Afrique telles que Mahlet Afework, Abir Ibrahim et Shantha Bloemen, ainsi qu’avec celles qui proposent des modèles novateurs tels que Zimbaqua – la première mine d’Afrique réservée aux femmes –, afin de faire le lien entre leur incroyable travail et les opportunités offertes par la Chine.

Il ne fait aucun doute que de plus en plus de femmes travaillent à façonner les relations entre l’Afrique et la Chine. La question ultime est de savoir si cela a un impact positif durable, en particulier sur le développement du continent africain.

 

L’occasion du FOFAC

Oui et non. Le chemin à parcourir est encore long, et ce pour deux raisons.

Premièrement, si ces femmes et d’autres ont veillé à ce que le programme de développement des femmes soit reconnu dans les déclarations et les plans d’action triennaux du Forum de coopération Chine-Afrique (FOCAC), cette reconnaissance n’a pas encore débouché sur l’intégration et la priorisation des femmes dans l’ensemble des outils du FOCAC, par exemple dans les nouveaux fonds ou les priorités d’investissement.

Le prochain FOCAC se déroulera en Chine, à l'automne 2024.
Le prochain FOCAC se déroulera en Chine, à l’automne 2024.

 

Deuxièmement, nombre de ces femmes et d’autres qui travaillent sur le terrain sont incroyables mais luttent encore pour être reconnues ; que ce soit pour être citées par des journalistes, consultées sur des questions politiques clés ou même promues au sein de leurs institutions. Il est toujours frustrant de voir des articles sur la Chine et l’Afrique qui ne citent que des hommes, souvent non Africains, à notre époque, mais cela arrive régulièrement.

Pourtant, comme j’ai pu le constater, les perspectives et l’impact des femmes sont souvent très intéressants, souvent nuancés et axés sur la réduction de la pauvreté et les résultats du développement pour les femmes.

Cette année, cependant, est une occasion importante d’accélérer les progrès pour et par ces femmes. En 2024, le neuvième FOCAC se tiendra à Pékin ; l’accent sera mis en priorité sur l’industrialisation, la transformation des produits agricoles et le développement des talents, le tout assorti d’un élément de croissance verte en mettant l’accent sur les énergies renouvelables. Les femmes sont au cœur de tous ces programmes. Des femmes incroyables et talentueuses représentent la majorité des employés dans de nombreux secteurs industriels et agricoles.

Il ne fait aucun doute qu’aujourd’hui encore, les femmes ne sont pas assez nombreuses à façonner et à faire fructifier les relations entre l’Afrique et la Chine. Mais le progrès est le progrès. Au cours des six prochaines années, j’espère que nous verrons une croissance encore plus rapide.

 

Hannah Ryder

Hannah Ryder est PDG de Development Reimagined, un cabinet de conseil en développement international dirigé par des Africains et basé en Chine.

@AB

Écrit par
Hannah Ryder

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