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Opinion

Croissance : De la théorie aux réalités africaines

Un facteur hétérogène

En 2004, dans son livre Un crime médiatique contre l’Afrique – Les Africains sont-ils tous nuls ?, j’avais expliqué que la culture dans son sens large était partie intégrante de ce facteur résiduel et que l’Afrique, au tournant du troisième millénaire, avait surmonté tous les handicaps que son histoire lui avait causés. Un continent analphabète à plus de 80 % en 1960 ne l’était ainsi plus qu’à moins de 30 % en 2004. Des cultures essentiellement vouées à l’exportation à vil prix s’étaient largement transformées en cultures vivrières. Le commerce interafricain, tel le Sphinx, qui renaît de ses cendres, était devenu plus important que le commerce hors Afrique. Même les femmes avaient réussi à remonter la pente qu’une ruralité trop longtemps imposée leur avait « savonnée » y compris dans les campagnes !, etc.

C’est une société entière et pas seulement au sein des entreprises qui, en renaissant, a permis aussi aux économies africaines de devenir, aujourd’hui et sans investissements étrangers, les plus performantes du monde.

Avec des différences notables selon les régions. Ainsi le Nord, traditionaliste, se développe-t-il moins vite. Ainsi l’Afrique francophone a-t-elle plus de mal à s’insérer dans la nouvelle dynamique du fait et du franc CFA, et des pesanteurs de la tutelle française. Il semble toutefois qu’elle se réveille à son tour : la forte croissance ivoirienne et celle du Cameroun confirment, en tous cas, des performances au-dessus de celles du passé, quel que soit par ailleurs l’environnement politique.

L’Occident néglige la croissance africaine

Il semble donc bien qu’en définitive, le progrès technique soit, certes, un élément important du facteur résiduel dans les économies des pays développés, mais finalement secondaire dans les économies des pays en développement.

Avec un dernier point notable qu’un vieil africaniste, René Charbonneau, avait déjà soulevé dans les années 1970 : « Quand un puits est vide, peu importe la façon dont on le remplit, cela va plus vite que lorsqu’il est plein. » Un pays en développement est un pays de premier équipement alors qu’un pays développé est un pays de renouvellement. Les croissances ne sont forcément pas les mêmes, ni donc la croissance des entreprises. Dans un continent de surentrepreneuriat, les jeunes vont dans tous les sens et cela marche. La demande est quasi-exponentielle. Alors qu’en Occident, on cherche les niches, comme on dit.

L’Afrique décolle donc, un fait sous-estimé par l’Occident, mais pas par les autres pays de l’ex-Tiers monde qui connaissent eux de l’intérieur les causes du décollage économique. Les Suédois devraient à présent regarder vers la Chine et l’Inde pour trouver leurs futurs Nobel de l’économie plutôt que vers l’Amérique qui a fourni pratiquement tous les derniers. Et, demain, vers l’Afrique qui, de fait, démarre une croissance qui lui est vraiment propre : appuyée sur la demande intérieure plus que sur l’exportation qui ne sert qu’à financer sa croissance. Le contraire des Chinois. 

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