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Opinion

Coopérer ou périr, le dilemme de l’humanité en guerre

Coopérer ou périr, le dilemme de l’humanité en guerre
  • Publiédécembre 8, 2023

Qu’il s’agisse des questions climatiques, des conflits, des atteintes aux droits de l’homme ou de l’harmonisation des règles fiscales, les Nations unies demeurent une plateforme indispensable au service de l’entente entre les peuples.

 

« Coopérer ou de périr » : ces mots du diplomate chilien Hernán Santa Cruz, l’un des pères intellectuels de la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui fête ce 10 décembre son 75e anniversaire, n’ont peut-être jamais sonné aussi juste alors qu’au Moyen-Orient, en Ukraine, au Soudan, en Afghanistan et ailleurs, les civils sont de nouveau les victimes des pires souffrances.

Fondée trois ans avant l’adoption de la Déclaration des droits de l’homme, l’Organisation des Nations unies avait justement pour ambition de préserver les générations futures du fléau de la guerre, promouvoir le progrès social et améliorer les conditions de vie. Une tâche pratiquement insurmontable. L’ONU reste pourtant, encore aujourd’hui, le seul forum où tous les pays peuvent se réunir pour tenter de trouver des solutions aux problèmes communs de l’humanité.

Eleanor Roosevelt, présidente du comité de rédaction de la DUDH, a dit un jour : « Il ne suffit pas de parler de paix. Il faut y croire. Et il ne suffit pas d’y croire. Il faut y travailler. »

C’est ce qui a donné lieu, en 2015, à l’accord de Paris, signé par 200 pays qui s’engageaient alors à tout faire pour limiter à 1,5 degré d’ici la fin du siècle la hausse de température par rapport à l’époque préindustrielle. Pourtant, alors que les représentants du monde entier sont réunis à Dubaï pour la Conférence sur le Climat, la COP28, nous sommes pourtant déjà au bord du gouffre. Selon l’observatoire Copernicus, nous enregistrons, depuis le début de l’année, une hausse de 1,46 degré par rapport aux moyennes enregistrés entre 1850 et 1900 faisant de 2023 l’année la plus chaude de notre histoire.

Il n’y a pas que la crise climatique. Outre les horreurs de la guerre, le monde voit exploser les inégalités, des pandémies surgir, et l’espace civique reculer. Une fois de plus, les filles et les femmes en souffrent de manière disproportionnée et inégale. Elles sont les premières victimes d’agressions sexuelles, comme on l’a vu lors des attaques brutales du Hamas contre les civils israéliens le 7 octobre. Elles sont aussi, avec leurs enfants, les premières à périr sous bombes, comme on l’a vu à Gaza, suite à la réponse militaire dévastatrice d’Israël. Et partout, la souffrance les contraint à assurer seules la survie des membres de leur famille, dans la peur.

 

Retour des questions fiscales sein de l’ONU

Nous ne pouvons pas accepter passivement la dilution des principes de la Charte des Nations unies et le mépris des droits consacrés il y a 75 ans. Toutes les sociétés devraient respecter la dignité inhérente à chaque être humain, tandis que les relations interétatiques devraient respecter les principes d’égalité des droits, d’autodétermination et de coopération internationale : ces valeurs doivent guider la conduite juridique et économique, car elles créent les conditions dans lesquelles il devient possible de parvenir à la stabilité et à une bonne gouvernance internationale, de décourager les conflits et de trouver des solutions équitables aux crises, y compris à l’urgence climatique.

Dans ce contexte, une récente initiative des Nations unies, présentée par le Nigeria et soutenue principalement par des pays du Sud, offre une lueur d’espoir. Alors que depuis une quinzaine d’années l’OCDE, un club de pays majoritairement riche, était responsable des négociations sur la fiscalité internationale – un débat qui n’a rien de technique, il s’agit de voir comment en finir avec les manipulations fiscales des multinationales, qui ne payent pas leur juste part d’impôts –, la résolution historique adoptée le 22 novembre exige que ces discussions aient lieu au sein de l’ONU.

Cette résolution, promue par les États africains et d’autres pays émergents, ouvrirait la voie à la mise en place d’un système fiscal international plus équitable et plus inclusif, qui ne profiterait pas uniquement aux pays riches et n’accroîtrait pas la richesse de quelques-uns, mais qui fournirait des ressources suffisantes aux économies en développement, qui sont les grandes perdantes du système actuel.

Si les négociations en vue d’une telle convention vont dans la bonne direction, elles pourraient déboucher sur une augmentation des recettes fiscales et, partant, des ressources à investir dans les services publics et le développement. L’essentiel est de veiller à ce que les entreprises paient une proportion équitable de leurs revenus en impôts et que les recettes soient réparties équitablement entre les États.

À première vue, cette question peut sembler anodine face aux menaces actuelles. Mais en réalité, elle répond à une demande historique du Sud et peut donner un nouveau départ au multilatéralisme. Elle prouve que les Nations unies sont encore un forum où nous pouvons coopérer pour ne pas périr, comme l’a souligné mon compatriote Santa Cruz.

Eleanor Roosevelt, présidente du comité de rédaction de la DUDH, a dit un jour : « Il ne suffit pas de parler de paix. Il faut y croire. Et il ne suffit pas d’y croire. Il faut y travailler. » Aujourd’hui, cela signifie défendre et renforcer les institutions de la gouvernance mondiale et prendre des mesures pratiques pour faire face aux catastrophes de notre temps, promouvoir le progrès social, améliorer les conditions de vie et protéger les droits de l’homme pour tous et toutes.

 

Magdalena Sepúlveda Carmona

 

 

 

Magdalena Sepúlveda est une ancienne rapporteuse spéciale des Nations unies sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme. Elle est membre de la Commission indépendante pour la réforme de la fiscalité internationale des entreprises (ICRICT) et directrice exécutive de l’Initiative mondiale pour les droits économiques, sociaux et culturels (GI-ESCR).

@NA

 

Écrit par
Magdalena Sepúlveda

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