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Opinion

Comment libérer le potentiel de la Mauritanie

Comment libérer le potentiel de la Mauritanie
  • Publiéjuillet 9, 2024

La Mauritanie transforme son économie grâce à l’exploitation minière, à l’hydrogène vert et au gaz naturel. Ce qui suppose un engagement fort en faveur du respect des normes environnementales et sociales.

 

La Mauritanie vit actuellement une période passionnante. Le pays transforme son économie grâce à l’exploitation minière, à l’hydrogène vert et au gaz naturel. Il représente un trésor de richesses minières inexploitées. Avec plusieurs milliards de tonnes de gisements de minerai de fer, la Mauritanie est le deuxième plus grand producteur de cet important minerai en Afrique. Rien qu’en 2022, la Mauritanie a produit treize millions de tonnes de minerai de fer, grâce à des réformes proactives et à des politiques minières attrayantes, selon les données de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives.

Forte de ses riches ressources naturelles et de ses investissements stratégiques, la Mauritanie est prête à faire un bond en avant. Avec des politiques adéquates et une bonne gouvernance, la Mauritanie peut opérer une véritable transformation, en exploitant ses richesses naturelles pour construire un avenir prospère et durable.

Et devinez quoi ? Les sources minières indiquent qu’elles sont en bonne voie pour doubler cette production d’ici 2030. L’avenir économique de la Mauritanie s’annonce prometteur, avec une croissance du PIB réel estimée à 4,2 % en 2024 et à 5,5 % en 2025 — ce qui est supérieur aux prévisions de croissance tant africaine que mondiale. Cette croissance supérieure à la moyenne est en grande partie attribuable aux activités du secteur minier.

L’année dernière, en 2023, ce secteur a fait les gros titres. La production de la société minière aurifère Tasiast Mauritanie Limited S.A. a grimpé à 620,8 milliers d’onces, et la Société nationale industrielle et minière (SNIM) a atteint un nouveau niveau record de production de 14,01 millions de tonnes de minerai de fer.

Ces chiffres montrent que les industries extractives ne sont pas seulement des piliers de l’économie nationale, mais les moteurs de croissance les plus dynamiques.

Dans l’ensemble, la contribution du secteur minier au PIB de la Mauritanie est passée de 18 % en 2021 à 24 % en 2022. Cette croissance a été tirée par l’augmentation de l’extraction des minerais métalliques, notamment de l’or. Le secteur a également augmenté le budget national, contribuant à environ 30 % des recettes en 2022. La SNIM a ouvert la voie, suivie par Tasiast Mauritanie et Mauritanian Copper Mines.

 

Faire jouer les synergies

À l’échelle mondiale, le paysage de la production d’acier évolue, avec un passage à des processus moins intensifs en carbone et plus efficaces. Cela se traduit par une demande accrue de minerais et de boulettes DRI de haute qualité, qui nécessitent moins d’énergie et produisent moins de déchets. La Mauritanie, et en particulier la SNIM, est prête à tirer parti de cette tendance.

Au cours de la prochaine décennie, la Mauritanie prévoit de doubler sa capacité de production de minerai de fer pour la porter à plus de 45 millions de tonnes par an. Cet objectif ambitieux nécessite d’importants investissements dans l’infrastructure et la logistique. L’accent est mis sur la production de minerai de fer de haute qualité et sur le développement de boulettes de minerai de fer, afin de s’aligner sur l’évolution mondiale vers des processus de fabrication d’acier plus propres.

Akinwumi Adesina, le président de la BAD (ici à  droite) lors d'une visite en Mauritanie, en 2022.
Akinwumi Adesina, le président de la BAD (ici à droite) lors d’une visite en Mauritanie, en 2022.

 

Les plans à moyen et à long terme nécessitent également des progrès de la chaîne de valeur vers la production d’acier vert, en commençant par les boulettes d’acier. Cependant, l’électricité est l’épine dorsale de ces ambitions industrielles et, parallèlement, la Mauritanie lorgne également le marché de l’hydrogène vert, avec l’ambition de devenir un pôle de production de cette source d’énergie propre. La synergie entre l’exploitation minière, l’hydrogène vert et le développement des gisements de gaz nécessitera des infrastructures importantes, qui profiteront non seulement au secteur minier, mais aussi à l’ensemble de l’économie.

Dans ce paysage, la BAD a été un partenaire clé dans le parcours de la Mauritanie. Elle a investi massivement dans l’infrastructure de la SNIM, notamment en accordant un prêt de 46,9 millions de dollars pour élargir le chenal d’accès au port minéralier de Nouadhibou. Cela a stimulé les exportations de fer et contribué à augmenter les recettes fiscales de l’État. La Banque contribue également à relever le défi énergétique grâce à des initiatives telles que le projet Desert-to-Power, qui promeut l’énergie solaire et l’amélioration de l’accès à l’électricité. Le soutien financier de la BAD va de pair avec un engagement fort en faveur du respect des normes environnementales et sociales par le pays. Cela permet de s’assurer que les bénéfices de l’exploitation minière sont partagés largement et durablement.

L’hydrogène vert est une autre frontière passionnante. La BAD fournit une assistance technique pour développer des plans sur l’hydrogène et attirer des investissements du secteur privé. Cette démarche s’inscrit parfaitement dans l’objectif de la Mauritanie de produire de l’acier vert, ajoutant ainsi de la valeur à son secteur minier.

 

L’audace de l’hydrogène vert

Lors d’une visite dans le pays en 2022, le président de la BAD, Akinwumi Adesina, a passé en revue avec les dirigeants mauritaniens, la coopération globale entre les deux parties.

Ils se sont concentrés sur le renforcement de l’intégration des chaînes de valeur agricoles, le soutien aux jeunes entrepreneurs, le renforcement de la gestion des finances publiques, la garantie de la sécurité de l’eau face au changement climatique en plus du renforcement des capacités de production et de transformation du minerai de fer afin d’augmenter la valeur ajoutée des biens exportables.

En ce qui concerne l’hydrogène vert, la Mauritanie fait preuve d’audace. Le projet Aman, d’une valeur de 40 milliards $, vise à produire 1,7 million de tonnes d’hydrogène vert et 10 millions de tonnes d’ammoniac vert par an. À lui seul, ce projet pourrait accroître le PIB de la Mauritanie de 50 % à 60 % d’ici 2035.

Le projet Nour, une autre initiative dans le domaine de l’hydrogène vert, pourrait devenir l’un des plus importants au monde d’ici 2030. Parallèlement, la SNIM et ArcelorMittal explorent la production conjointe d’acier vert, ce qui positionnerait la Mauritanie comme un leader de la production d’acier durable.

Les réserves de gaz naturel de la Mauritanie sont également impressionnantes. Le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim devrait démarrer sa production d’ici la fin de l’année 2024, suivi de près par le gisement gazier de Banda BirAllah. L’exploitation de l’uranium est également en vue, avec le lancement du projet Tiris prévu pour 2026.

La transparence est la clé du succès de la Mauritanie. La participation de la SNIM à l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives démontre que les bénéfices de l’exploitation minière sont partagés équitablement.

 

Diversifier l’économie

La sécurité dans la région instable du Sahel est cruciale pour une croissance durable. La Mauritanie est parvenue à rester stable, un facteur essentiel pour attirer les investissements et favoriser une croissance inclusive.

Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. La forte dépendance à l’égard des exportations minières rend l’économie vulnérable aux fluctuations des cours mondiaux, ce qui souligne la nécessité de diversifier également l’économie. Les bénéfices du développement du secteur minier devront être réinvestis dans l’économie nationale, dans les secteurs sociaux et dans les infrastructures.

 

Malinne Blomberg

 

 

Malinne Blomberg est directrice générale adjointe pour l’Afrique du Nord du Groupe de la Banque africaine de développement et cheffe du bureau pays pour la Tunisie, en plus de ses fonctions actuelles de cheffe de bureau pays pour la Libye et la Mauritanie.

 

@AB

Écrit par
Malinne Blomberg

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