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Opinion

F.CFA : Un leurre colonial

…du développement ont conduit le pays tuteur et ses pairs à remiser la relique barbare dénommée Or.

En Afrique CFA, rien de tel. Il est hors de question que la masse des engagements portés par le CFA (les crédits à l’économie accordés aux systèmes productifs) excède le stock d’or (de devises) déposé au Trésor du pays tuteur.

Les pays CFA sont donc assignés à un sous-développement permanent, pour permettre à la métropole de figurer dans les dix premières économies mondiales. 

Les politiques africains, comme les économistes, considèrent alors que dévaluer le franc CFA, équivaut à les voler deux fois. Pour acquérir les réserves qui « garantissent » la monnaie CFA, ils doivent déjà céder gratuitement des matières premières au reste du monde.

Car toute détention de devises équivaut à prêter au reste du monde, à se constituer une épargne internationale. Raison pour laquelle, dans le reste du monde, le stock de réserves de devises ne dépasse jamais 10 % de la masse monétaire en circulation dans le pays.

Juste de quoi financer ses importations. Obliger les pays CFA à avoir une couverture en devises supérieure ou égale à la monnaie émise dans l’économie nationale équivaut, en termes d’analyse systémique à avouer que « tout ce que vous consommerez en Afrique centrale proviendra de France, et par extension depuis la création de l’euro, du continent européen ». 

Vers une monnaie « post-CFA » 

Bref, après dévaluation, les pays CFA devront céder encore plus de matières premières pour simplement pouvoir détenir le même niveau de stock de devises, au Trésor du pays tuteur.

C’est donc à juste titre que les Africains s’élèvent tous contre la dévaluation. Le dogme de la monnaie CFA, dont la convertibilité serait garantie par un matelas de devises constitué au Trésor du pays tuteur, est donc une fable pour enfants non scolarisés. Cela doit être dit. Non parce que l’heure est au crépuscule des dogmes, mais parce que cela nous permet d’évacuer le faux débat de la dévaluation. 

Pour les pays d’Afrique centrale, l’avenir immédiat est à la création d’une ou plusieurs monnaies post-CFA. Dans cette dernière perspective, il faut démontrer aux Africains que la dévaluation ne fait que sanctionner le manque de compétitivité prix de la production nationale.

De ce fait, la dévaluation des monnaies africaines post-CFA ne sera que la sanction normale du défaut de compétitivité des productions africaines. 

Produire en euro ou coeur de l’Afrique 

Le CFA, sous multiple de l’euro, reste surévalué par rapport au kwanza ou au franc congolais. De fait, d’un point de vue systémique, on ne peut produire dans les pays Cemac que pour le reste du monde, jamais pour les pays voisins que sont le Soudan, l’Angola, la RD Congo, le Nigeria, etc.

En raison du taux de change entre les diverses monnaies africaines et la monnaie CFA, les produits Cemac sont par nature non compétitifs. Ils sont destinés au reste du monde non africain. Cette extrême extraversion du système productif a transformé ces pays continentaux en pays insulaires par rapport au reste du continent.

L’huile de palme produite au Congo par Sanghapalm est deux fois plus chère que celle produite en RD Congo : 1 000 F.CFA le litre pour Sanghapalm contre 400 F.CFA pour l’huile de palme de Kinshasa. Le papier hygiénique produit à Dolisie au Congo-Brazzaville est six fois plus onéreux que celui fabriqué à Kinshasa (300 F.CFA versus 50 F.CFA). Bien sûr, le papier hygiénique Made in Kinshasa a les faveurs du public, en dépit d’une qualité plus médiocre. Et la liste est loin d’être exhaustive. 

Le fait colonial, qu’il soit habillé en CFA, ou en habits neufs de la coopération, a purement et simplement transformé les pays Cemac en DOM-TOM (départements et territoires d’Outre-mer). Exactement comme la Guyane, territoire français continental d’Outre-mer, qui ne peut rien vendre à ses voisins que sont le Surinam et le Brésil pour cause de production en euro.

Les pays CFA qui produisent en euro au coeur de l’Afrique sont aussi soumis à la contrainte de commercer avec des pays voisins ayant une monnaie nationale à faible valeur d’échange. Or, l’euro est la deuxième monnaie internationale la plus forte après le dollar, avant la livre sterling, et le yen. Les pays CFA, sans souveraineté monétaire, soumis au contrôle du Trésor du pays tuteur, sont donc totalement bloqués dans leur développement, comme la Guyane en Amérique du Sud.

Comme ce département français d’Outre-mer, dont la monnaie est convoitée par les Brésiliens ou les Surinamiens, la monnaie CFA est également convoitée par les populations des pays riverains. Ce dont se gargarisent les thuriféraires africains de la monnaie CFA, alors qu’il faudrait en pleurer.

Car les populations CFA ont une monnaie forte sans les avantages du système français de protection sociale. En clair, la monnaie CFA crée des externalités négatives en Afrique, sans aucun système de compensation ou stabilisateurs sociaux. Il faut véritablement être un piètre économiste pour se vanter d’une monnaie CFA, plus forte que les monnaies des BRICS (réal, rouble, roupie, yuan, rand), c’est-à-dire des pays véritablement émergents. 

Au total, la désinsertion des pays Cemac de leur espace économique naturel est le vrai crime de la monnaie CFA : le seul problème auquel devraient s’attaquer les gouvernants des pays de la Cemac dans la sphère monétaire. Cette désinsertion est un véritable éco-ethnocide, appliqué à une région exploitable à merci, certes, mais surtout sous-peuplée et aux institutions folklorisées. 

La départementalisation des pays Cemac 

Un expert international, l’altermondialiste Henry Panhuys, permet de toucher du doigt la réalité socio-économique de la Guyane, le seul DOM-TOM non insulaire. On constatera alors que de part et d’autre de l’Océan atlantique, sous les mêmes latitudes, ce sont les mêmes mécanismes de désinsertion, d’insularité par rapport au reste du…

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