Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Opinion

F.CFA : Un leurre colonial

La dévaluation du franc CFA est redoutée par les Africains. Elle ne viendrait pourtant que sanctionner une mauvaise gestion. Le problème est ailleurs, dans le maintien d’une pseudo-monnaie sous le contrôle du Trésor français. 

Par Désiré Mandilou 

La perspective d’une dévaluation du franc CFA crée une peur panique en Afrique centrale. Du leadership politique au citoyen lambda, en passant par la crème des économistes, la dévaluation fait peur.

Tout est mis en oeuvre pour la conjurer. Or, la dévaluation est à la monnaie ce que la faillite est à l’entreprise. La nécessaire sanction de l’incompétence économique. En fait l’appréhension de la dévaluation est faussée par la dépendance ombilicale des pays francophones subsahariens vis-à-vis d’un pays tuteur, situé à 8 000 km du bassin du Congo. 

L’économiste Emmanuel Djuatio, du Cameroun, fait remarquer que les pays CFA d’Afrique centrale sont tous exportateurs de produits primaires dont les prix sont fixés par les marchés internationaux.

Le lien de causalité postulé entre la dévaluation et le gain de compétitivité semble donc aléatoire, sinon récusable. De son point de vue, la dévaluation du F.CFA aura pour effet premier de majorer le coût des importations en provenance du reste du monde.

Toutefois, en exonérant de toute taxe douanière les produits Made in Europe, les APE (accords de partenariat économique) signés par le Cameroun, aisément ré-exportables dans toute l’Afrique centrale, donnent aux produits européens l’opportunité de devenir plus compétitifs que les produits Made in China.

La dévaluation ne serait donc utile que pour les pays européens. La baisse des importations consécutive à la dévaluation allégerait en outre les pressions subies par le stock de devises mis à la disposition du trésor du pays tuteur. 

Un signe monétaire 

Que l’on adhère ou pas à ces observations techniques importe peu. La question primordiale n’est pas de discuter sur la pertinence d’une dévaluation de la monnaie CFA, pour les pays d’Afrique centrale.

Ce « débat » est sans cesse remis sur la table pat le pays tuteur ou les courroies de transmission de son « hard power » (le FMI), pour distraire les Africains. Distraire les Africains de l’essentiel, à savoir que faire après le CFA?

Alors que la monnaie CFA montre la désinsertion des pays Cemac de leur environnement économique ; alors qu’elle en fait des pays insulaires par rapport au reste du continent, les économistes perdent leur temps à établir la liste des avantages et des inconvénients de la dévaluation…

En effet, une analyse simple permet de montrer l’inanité du débat sur la dévaluation du franc CFA. Par construction, il doit son existence à la nécessité pour le pays tuteur de s’approvisionner en matières premières sans bourse délier, c’est-à-dire gratuitement.

Pour ce faire, rien de plus performant que de fabriquer soi-même l’unité de mesure de la valeur desdites matières premières. Le franc CFA ne coûte que l’encre pour l’imprimer au pays tuteur, mais celui-ci est instantanément doté de la capacité à prélever toutes les matières premières existant sur et sous, le sol africain.

Le pouvoir d’achat miraculeusement conféré à la monnaie CFA proviendrait, – plus précisément serait dérivé – des devises ou monnaies de réserve centralisés au trésor du pays tuteur. D’où la nécessité de couvrir par les réserves en devises, 100 % de la monnaie émise dans les pays CFA.

En clair, le CFA n’a pas de pouvoir d’achat propre. Elle n’est pas une monnaie au sens propre mais un signe monétaire à usage géolocalisé. Une monnaie locale qui circule dans un périmètre prédéterminé, en lieu et place des devises entassées au Trésor du pays tuteur. Exactement comme la monnaie papier circulait en lieu et place de l’or déposé dans les banques du xvie au xxe siècle. 

On sait comment s’est dénoué le lien conjugal entre la monnaie papier et l’or. La masse des engagements portés par la monnaie papier a largement excédé le stock d’or monétaire disponible. Au point de contraindre les autorités monétaires à reconnaître que la monnaie papier était la seule forme de monnaie tangible, et qu’elle n’avait plus aucun lien avec l’or. Les nécessités…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts

  • F.CFA, mon amour

    Sur longue période, la croissance des pays de la Zone franc est largement inférieure à celle de pays comparables. La défense du franc CFA à l’aune de la stabilité économique ne résiste pas à l’analyse.

  • Le développement impose de grands changements

    Le commerce se structure, en Afrique. Peu à peu, le continent s’industrialise. Et si était venu le temps de réformes plus profondes, et de régler enfin le sort du franc CFA, au-delà des polémiques politiciennes du moment?

  • Les croyances collectives au coeur des décisions

    Analyser l’impact des croyances collectives sur les décisions individuelles est une des clefs de la lutte contre la pauvreté. Un fait négligé par l’analyse économique. Or, nombre de décisions, en Afrique, en France… ne prennent sens qu’à partir des croyances collectives.

  • Le renouveau du tribalisme face à l’effacement des États

    Les faibles recettes fiscales privent les États des possibilités d’investir et d’entretenir services publics et armés… Et si la renaissance ou la persistance du tribalisme trouvaient leur origine dans les erreurs, entretenues par les Occidentaux, après les indépendances ?

  • En finir avec les démocratures…

    L’Europe doit établir de nouveaux rapports politiques et économiques avec l’Afrique, au lieu de régler la question migratoire dans l’urgence. Et les pays africains doivent …