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Opinion

Arrêtons de vouloir formaliser l’informel

La forme originelle du tissu économique 

Au point que certains n’hésitent pas à dire que l’informel est la norme qui domine aujourd’hui en Afrique tandis que le secteur structuré, qui diminue chaque jour, relève, lui, de l’anormal. Sans aller jusque-là, l’argument n’est pas sans fondement car on peut considérer que l’informel représente la forme originelle et majoritaire du tissu économique des pays d’Afrique subsaharienne. Le secteur structuré vient progressivement s’y greffer pour constituer la partie émergée de l’iceberg. 

Il ne s’agit pas pour autant de faire l’apologie de l’informel. En effet, s’il constitue un formidable amortisseur social, il ne paye ni impôts pour l’État, ni couverture sociale pour ses employés et pratique ainsi une concurrence déloyale aux entreprises structurées qui doivent supporter une charge fiscale disproportionnée, ce qui obère considérablement leur compétitivité. Ce faisant, l’informel contribue à l’instauration d’un climat des affaires inamical, pour ne pas dire hostile, pour les entreprises formelles, notamment pour les investissements directs étrangers. 

Soyons réalistes. S’il apparaît impossible pour une économie de se développer lorsque la majeure partie de l’activité économique s’opère en dehors du cadre réglementaire et fiscal, voir l’Afrique à travers le seul prisme des 15 % de la réalité de son économie n’est pas satisfaisant.

Le terme « informel » est gênant, sa connotation négative laisse penser que les quatre cinquièmes de l’Afrique sont hors la loi alors que, s’il abrite des fraudeurs qui doivent être combattus, ce secteur dit « informel » remplit une fonction essentielle : offrir des moyens de survie à une population aux prises aux chocs violents d’une Afrique en pleine mutation.

Bien qu’il soit souvent difficile de quantifier l’économie informelle ou de juger de l’étendue de ses ramifications, il ne faut pas automatiquement l’associer à une économie souterraine illégale ou dissimulée. L’idée selon laquelle l’économie informelle ne serait qu’un refuge pour les pauvres, les exclus ou les nécessiteux doit être largement remise en cause et combattue. 

Une nouvelle légitimité pour l’informel 

C’est pourquoi la question aujourd’hui est non plus de l’ignorer et encore moins de chercher à le faire disparaître, mais de le faire participer au financement du développement tout en ménageant un environnement économique favorable au développement des PME permettant aux petites entreprises du secteur informel les plus innovantes de constituer la base de l’émergence d’un véritable secteur privé africain. 

Pour ce faire, il convient de le faire reconnaître, par étapes, en lui donnant sa légitimité, son cadre, ses règles, son statut, ses protections de façon que ceux qui le pratiquent puissent le faire en toute légalité, à leur bénéfice et à celui de l’État.

Cette « sécurisation » de l’informel est indispensable pour faire en sorte que ce secteur participe concrètement au financement du développement et permette ainsi aux pays africains de mieux mobiliser leurs ressources domestiques. Cet objectif doit être poursuivi à la fois en préservant la vitalité de ce secteur et en garantissant un environnement des affaires propice à la prise de risque dans la durée du secteur formel, y compris des investisseurs étrangers. 

Pour y parvenir, la création de régimes intermédiaires d’obligations fiscales progressifs peut permettre d’appréhender l’activité informelle sans l’étouffer. Dans cette perspective, une réflexion plus large sur la façon d’articuler secteurs formel et informel doit être menée, dans le cadre du dialogue public-privé.

Elle pourrait notamment ouvrir la voie à des solutions souples et innovantes en faveur d’une meilleure protection sociale des travailleurs du secteur informel. La prise en compte du secteur informel dans les différentes politiques publiques et sa nécessaire contribution au financement du développement représentent un enjeu majeur de développement dans les prochaines années.

 

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