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Opinion

Arrêtons de vouloir formaliser l’informel

Les politiques publiques, en Afrique, visent à combattre l’informel, par des mesures incitatives ou des sanctions fiscales. Sans succès. Dans un souci d’efficacité, il est temps de reconsidérer l’attitude à avoir à l’égard d’un pan essentiel des économies africaines.

Par Patrick Sevaistre (Conseil français des investisseurs en Afrique)

Longtemps considéré comme une fatalité, le secteur informel, c’est l’Afrique telle qu’elle est : 80 % à 90 % de l’économie, 90 % de l’emploi et entre 50 % et 60 % du PIB en Afrique subsaharienne.

En effet, être informel ne signifie pas illégalité ou désorganisations, il existe des exemples très concrets de systèmes de coopération et de mutualisation entre les travailleurs, qui offrent des champs de coopération nouveaux entre entreprises formelles et informelles.

La création de régimes intermédiaires d’obligations fiscales progressifs peut permettre d’appréhender l’activité informelle sans l’étouffer. Une réflexion plus large sur la façon d’articuler secteurs formel et informel doit être menée, dans le cadre du dialogue public privé.

Ces coopérations sont nombreuses, mais complexes intégrant à la fois des rapports de concurrence et de collaboration. Par exemple, de nombreuses entreprises formelles dépendent de distributeurs informels… 

D’où la nécessité de déconstruire les idées reçues et d’offrir un regard neuf sur l’économie informelle pour la considérer, comme le fait le FMI depuis 2017, comme une force économique en jachère.

Les politiques publiques des gouvernements africains cherchent en vain à favoriser la migration du secteur informel vers le secteur formel, notamment par le biais fiscal (taxation réduite et progressive, amnistie sur le passé fiscal, etc.). Pourtant, aucune mesure n’a jusqu’ici réussi, ni à l’intégrer dans l’économie formelle, ni à le reconnaître en tant qu’économie parallèle, ni même à en limiter l’expansion à certains domaines. 

Vouloir formaliser l’informel relève d’une vue de l’esprit, car l’informel est avant tout une conséquence des dysfonctionnements du secteur formel. Formel et informel, c’est le débat entre l’Afrique telle qu’on la souhaite et l’Afrique telle qu’est. 

En l’état actuel, ce secteur formel est le plus souvent vécu dans de nombreux cas par les acteurs économiques comme inefficient, contraignant, punitif et confiscatoire : le marteau aime bien le clou qui dépasse !

En dépit des discours, l’emprise étatique, laissée en héritage au moment des indépendances ou construite sur un corpus idéologique dépassé, subsiste dans beaucoup de pays d’Afrique subsaharienne, y compris dans les pays ouvertement « libéraux », et tend même à s’alourdir, parfois jusqu’au harcèlement et à la prédation : pour survivre il faut échapper à l’État et ne pas se plier nécessairement à ses exigences et à ses règles. 

Quand on parle de ce sujet, il convient à cet égard de bien dissocier l’informel que l’on peut qualifier d’économie populaire de l’économie délictuelle, parfois criminelle (comme les faux médicaments). C’est ainsi que, implicite dans années 1970, l’informel populaire ou cette économie de la débrouille, de la survie, du système D, gagne du terrain et semble entretenir ses conditions d’existence.

Personne ne peut nier que le secteur informel, qui constitue le mode de vie et de survie de la majeure partie de la population, assure une contribution clé au dynamisme et à la résilience des économies africaines en fournissant de l’emploi et des revenus à des populations qui en seraient autrement privées. 

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