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Opinion

Ahmedou Ould Abdallah : En finir avec l’indécision au Sahel

Quelle sortie de crise envisager pour les pays du G5 Sahel et la France, qui se rencontrent le 15 février ? Tout d’abord, réaffirmer l’unité et la solidarité entre alliés et trouver une fin au conflit, affirme Ahmedou Ould Abdallah, ancien représentant spécial des Nations unies, qui préside le Centre des stratégies pour la sécurité du Sahel Sahara (Centre 4s).

Un Sommet G5 Sahel – France se tiendra le 15 février à N’Djamena. Huit ans après le débarquement réussi des troupes françaises au Mali, le temps est venu pour les parties alliées d’évaluer la situation afin d’éviter le délitement des consensus nationaux autour de leur combat et d’échapper à l’enlisement des armées. Aujourd’hui, leur ennemi le plus redoutable est le maintien du statu quo. Précisément, comment y échapper ?

Il serait sage de tout entreprendre qu’en 2022, le futur pouvoir de Bamako, libéré du boulet d’un conflit alors vieux de dix ans, puisse entamer le travail de réconciliation. Et que des pays amis préservent leur image et s’engagent dans la reconstruction du Sahel apaisé.

Depuis les rébellions des années 1990, la dimension régionale du conflit malien n’a cessé de s’affirmer en s’étendant au-delà des frontières, y compris vers les golfes du Bénin et de Guinée. De tentatives de sécession, il s’est mué, en 2012, en conflit régional et aujourd’hui international. Il tue, déplace des populations, alimente des camps de réfugiés et nourrit les surenchères et les démagogies les plus éculées.

L’intrusion des réseaux sociaux en a élargi le front au-delà de la région. Plus il dure et plus il génère la multiplication d’acteurs extérieurs dont la présence ne facilite pas nécessairement le règlement, comme on le voit aujourd’hui en Libye, en Centrafrique et précisément au Mali. Avec des agendas parfois opposés, ces acteurs extérieurs contribuent, malgré eux, à perpétuer la crise qu’ils sont venus aider à résoudre. Leurs appels à « la coordination et à l’harmonisation d’actions prioritaires à entreprendre », restent des vœux pieux.

Éviter le statu quo

Face à ces dynamiques, alimentées depuis huit ans par l’ambiguïté des messages, que devrait proposer le sommet de N’Djamena pour une sortie de crise ? Réaffirmer l’unité et la solidarité entre alliés et trouver une fin au conflit semblent la voie à suivre.

La solidarité et le succès des alliés exigent d’abord l’assainissement de l’environnement sécuritaire national et régional. Depuis de nombreuses années, celui-ci est le champ d’immixtions de puissances régionales et surtout d’activités mafieuses, bien moins évoquées, mais aussi redoutables.

Pour éviter déficiences et tentatives de règlements séparés, une mesure à forte valeur symbolique devrait être prise rapidement. Ainsi serait-il important d’arrêter de solliciter les services d’individus perçus comme piliers d’une cinquième colonne liée aux trafics et au terrorisme. Ces pompiers pyromanes sont connus au Sahel comme « ceux qui volent avec les voleurs et enquêtent avec les policiers ».

Certains sont suspectés de double jeu lors des assassinats du consul général d’Algérie à Gao, Boualem Saies et des journalistes français Ghislaine Dupont et Claude Vernon, pour ne citer que ces trois victimes. Les associer à la gestion du conflit équivaut à les inviter à tuer leur poule aux œufs d’or. S’en éloigner assainirait un environnement déjà perverti par une corruption qui paralyse les bonnes intentions locales et internationales.

Toute guerre doit se terminer

Conforter l’image du G 5 Sahel et de la France facilitera la sortie de crise. Par discernement, les États accepteront de terminer une guerre, et de la terminer ensemble. Une guerre où les armées se battent sur deux fronts. Celui des groupes terroristes et de leurs alliés internationaux parfois, curieusement, proches de certains gouvernements locaux.

Le second front, celui de la mauvaise gouvernance, plus pernicieux est solidement enraciné. Son carburant, la corruption, reste endémique et impunie. Cette corruption et le laisser-aller qui la lubrifie accroissent chaque jour davantage le nombre des mécontents y compris dans les armées. Et augmentent d’autant les rangs des rébellions.

Avec ces mesures d’assainissement, les populations et les forces de sécurité se sentiront plus concernées par le conflit. La nécessité d’y mettre fin de manière crédible prévaudra sur des déclarations officielles difficiles à honorer bien que souvent annoncées comme imminentes, tel le déploiement au Mali des forces de la Cedeao et de l’Union africaine.

Celui-ci ne peut s’effectuer sans financements importants tous présentement assurés, pour les quatre cinquièmes, par l’Union européenne et les États-Unis. Les déclarations récurrentes, laissant penser le contraire, peuvent leurrer les troupes sur le front mais renforcer le moral des terroristes.

Terminer la guerre au Mali doit se préparer avec perspicacité et comme le disait un général, l’« objectif de la guerre n’est pas la prolongation de l’indécision ». Négocier avec les djihadistes reste une option souvent évoquée voire déjà engagée.

Cependant, comme en Algérie, Afghanistan, Somalie, Tchétchénie et au Yémen, en matière de pourparlers, les terroristes ont généralement un seul point à l’ordre du jour : « C’est tout ou rien. » Au Mali, où opèrent plusieurs groupes rebelles, la situation pourrait être plus nuancée.

À N’Djamena, pour le G5 Sahel et la France, sauf incident de parcours, une date butoir de sortie s’offre déjà : la fin de la Transition en 2022. Il serait sage de tout entreprendre pour que cette année-là, le futur pouvoir de Bamako, libéré du boulet d’un conflit alors vieux de dix ans, puisse entamer le travail de réconciliation. Et que des pays amis, en particulier la France, qui y déploie des milliers de soldats et d’autres alliés, préservent leur image et s’engagent dans la reconstruction du Sahel apaisé.

AOA 

 

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