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Tunisie : La révolution inachevée

L’opérateur historique Tunisie Télécom, aux résultats 2018 satisfaisants, peine pourtant à faire face à une concurrence acharnée. Retour sur une série de déconvenues, en attendant le redressement.

Tunis, Moncef Mahroug 

Fadhel Kraiem a de quoi trouver quelques motifs de satisfaction. Pour la première fois en an et demi, le PDG de Tunisie Télécom a une bonne nouvelle à annoncer.

On n’entendra – presque – plus parler de transformation de Tunisie Telecom pendant près de quatre ans. Ce n’est qu’en 2018 que le ministre Anouar Maarouf, décide de se pencher sur le dossier. Tunisie Télécom est-elle encore réformable ? 

Après sept années de vaches maigres, l’opérateur national a renoué avec la croissance en 2018. Ses revenus ont progressé durant le premier semestre (+9,5 %), et au troisième trimestre (+12 %), faisant espérer au patron de l’opérateur un retour à l’équilibre « très prochainement ». 

Pour autant, Tunisie Télécom ne sera pas sortie d’affaire. Car le redressement de l’entreprise restera fragile tant que l’opérateur n’aura pas résolu ses problèmes structurels. Et il ne semble pas près d’y parvenir, dans le contexte actuel de la Tunisie. 

En effet, le projet de loi supposé ouvrir la voie à une transformation totale a été retiré par le ministre des Technologies de la communication et de l’économie numérique, Anouar Maarouf, en novembre 2018, soit moins de deux mois après avoir été envoyé à l’Assemblée des Représentants du peuple (ARP), le 20 septembre 2017.

Motif invoqué par le ministre : l’« approfondissement » des consultations avec l’UGTT (Union générale tunisienne du travail). Sept mois plus tard, rien n’indique que le texte va être bientôt renvoyé aux députés.

Pourtant la réforme envisagée est urgente pour Tunisie Télécom qui perd de l’argent et risque, à défaut de redressement, de devenir un fardeau pour le budget de l’État. 

Ce projet de transformation de Tunisie Télécom n’est pas le premier. L’idée a été mise sur la table pour la première fois en 1997, avec l’arrivée d’Ahmed Friaâ à la tête du ministère des Communications.

Cet ingénieur, futur ministre, établit déjà un diagnostic sévère sur « les faiblesses structurelles » de l’entreprise. Pour y remédier, il proposait notamment le changement du cadre légal de Tunisie Télécom, et l’élaboration d’un cahier des charges définissant les obligations de l’entreprise en matière de qualité de services et de relations avec les usagers, etc. 

La concurrence s’organise 

Preuve que les choses évoluent trop lentement dans ce dossier, ce n’est que deux ans après son départ du ministère des Technologies de la communication, et sept ans après son rapport sur la nécessaire transformation de l’opérateur national, que Tunisie Télécom, désormais confrontée la concurrence de Tunisiana (devenue par la suite Ooredoo), est dispensée de certaines dispositions s’appliquant aux autres entreprises publiques. 

Mais si ce changement introduit « une plus grande souplesse en matière de gestion et de gouvernance, en comparaison avec la plupart des entreprises publiques », il ne permet pas à l’entreprise de disposer des mêmes outils que les sociétés commerciales, regrettent les auteurs du projet de loi aujourd’hui à l’étude.

Point de vue partagé par un ancien directeur : « Alors que les télécommunications sont un secteur concurrentiel, l’opérateur national est encore régi par une loi de la fonction publique, en particulier dans deux domaines, les achats et la gestion des ressources humaines. » Qui poursuit : «Chez Orange Tunisie et Ooredoo, on signe un contrat au bout de deux semaines. À Tunisie Télécom, il faut une année, quand l’affaire aboutit. » 

Ensuite, à poste équivalent, un cadre chez l’un des deux concurrents de l’opérateur national touche un salaire 3 à 4 fois plus élevé, « ce qui est tout démoralisant pour les employés de Tunisie Télécom ». 

Le problème de la rémunération va se poser avec acuité en interne, lorsque Tecom-Dig, l’investisseur émirati entré en 2006 à hauteur de 35 % du capital de Tunisie Télécom, procède au recrutement à l’extérieur de 62 hauts profils, dont quelques expatriés tunisiens.

Dont la rémunération est sans commune mesure avec celle des employés statutaires. D’ailleurs cette greffe provoquant parmi ces derniers un double sentiment de marginalisation et d’injustice, cette « légion étrangère » finira par être éjectée de Tunisie Télécom après le 14 janvier 2011, au terme d’une grève de 56 jours. 

De mauvais choix de partenaires ? 

L’État a préféré le candidat émirati, pour des considérations purement financières, à une multinationale au savoir-faire unanimement reconnu, Vivendi en l’occurrence.

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