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Sénégal: Une Start-up Nation en devenir

Le numérique contribue à hauteur de 5 % du PIB du Sénégal. La stratégie « Sénégal numérique 2035 » ambitionne de porter cette contribution à hauteur de 10 % mais bute sur un manque d’organisation de l’écosystème.

Dakar, Seydou Ka 

Un chat, encore chétif, mais qui miaule beaucoup ! » Telle est la description du Sénégal, sur le plan numérique, émise par Marième
Diop, en charge des investissements d’Orange Digital Ventures (ODV). La
comparaison semble provocante mais elle a le mérite d’être claire.

Malgré l’émergence de quelques « Start-up Lions », le Sénégal est
encore loin d’être une « Start-up Nation ». Les initiatives foisonnent
mais l’écosystème tarde à prendre forme. « L’environnement promeut la
création d’entreprises, mais n’est pas favorable à leur évolution
»,
résume Oumar Cissé. 

Malgré l’enthousiasme des entrepreneurs, beaucoup de projets ne vont pas au bout. À la faveur d’un renforcement du soutien public, dans une optique de long terme, le Sénégal doit accompagner les entreprises, tout au long de leur cycle de développement. 

Cet entrepreneur est le symbole de la fibre entrepreneuriale qui souffle sur
la jeunesse sénégalaise : InTouch, la Fintech qu’il a fondée en 2014, a réalisé
la plus grosse levée de fonds (10 millions d’euros) pour une start-up en
Afrique de l’Ouest.

Venu partager son expérience avec les jeunes entrepreneurs ayant bénéficié d’un financement de la Délégation générale à l’entreprenariat rapide (DER), une initiative du gouvernement sénégalais visant à financer les femmes et les jeunes entrepreneurs dans le numérique, Oumar Cissé livre les clés du succès : avoir une vision sur le long terme, être ouvert à d’autres partenaires et donc s’inscrire dans une bonne gouvernance. 

Reste la question de l’écosystème. En effet, si le Sénégal est dans le radar
des investisseurs, rares sont les start-up sénégalaises capables
d’absorber 1 million d’euros d’investissement.

Même là où le modèle « bottom-up » prévaut, un peu à l’image du
Nigeria où les entrepreneurs sont en première ligne, l’apport de l’État est
jugé indispensable : « On attend quand même une vision d’en haut »,
explique Oumar Cissé. 

Améliorer la valeur ajoutée 

Le secteur numérique représente 5 % du PIB mais l’innovation technologique reste faible. Plus de 75 % des activités se concentrent dans des segments à faible valeur ajoutée, notamment les télécommunications. Néanmoins, en Afrique, le Sénégal est classé premier pays africain pour le poids d’Internet dans l’économie (I-PIB) estimé à 3,3 %, du fait notamment d’une très bonne connectivité internationale et d’un bon réseau national de transmission. Il reste que, la décomposition de l’I-PIB du Sénégal montre que 91 % de sa valeur est due à la consommation privée tandis que les autres dimensions telles que la contribution des investissements privés, publics et l’exportation, demeurent faibles. 

Pour inverser cette tendance, la stratégie Sénégal numérique 2025 (SN2025), qui sert de cadre de référence des politiques publiques dans le numérique, préconise d’aller vers des secteurs plus innovants comme la Blockchain, la nanotechnologie ou l’intelligence artificielle. L’objectif
est de redonner un nouveau souffle à ce secteur, en apportant de nouveaux
relais et sources de croissance aux acteurs, et de porter la contribution du
numérique à 10 % du PIB, à l’horizon 2025. 

Les projections réalisées prévoient également une augmentation du PIB par effet d’entraînement des autres secteurs clés par le numérique, de l’ordre de 300 milliards de F.CFA (460 millions d’euros) et la création de 35 00 emplois directs. 

En quête de financement 

Chargé par le gouvernement de réfléchir sur la faisabilité du Fonds de développement numérique (FDN), afin de matérialiser la stratégie SN2025, le cabinet Performances Group a évalué, dans une étude publiée en juillet 2018, à 100 milliards de F.CFA (152,6 millions d’euros) les besoins de financement du secteur pour la période 2019-2023.

Pour l’instant, l’État a octroyé un milliard F.CFA (1,5 million d’euros) à des start-up, dans le cadre de la DER, et promet de faire passer l’enveloppe à 3 milliards de F.CFA en 2019. L’étude a permis de déterminer les différentes phases d’évolution d’une start-up

Entre l’idée de projet et la phase de maturité, en passant par l’amorçage et le développement, plus de 83 % des start-up auront traversé la « vallée de la mort », cette phase où beaucoup renoncent, faute de mécanismes de financement adéquat pour passer chaque étape. Pourtant, les besoins de financement sont souvent dérisoires, surtout au début. On estime à environ 10 millions de F.CFA (un peu plus de 15 000 euros) les besoins de financement pour la première phase (entre l’idée et le lancement), entre 10 et 50 millions pour la phase amorçage et 50 millions pour la phase développement. 

 Le FDN devrait servir d’effet de levier. « C’est une évaluation de ce que peut être un soutien fort de l’État pour encourager une dynamique de croissance dans le secteur. Bien sûr, ces besoins ne s’arrêtent pas à 100 milliards, ils sont beaucoup plus importants, parce que nous parlons d’un secteur qui demande des investissements importants ne serait-ce que dans les infrastructures, sans parler des services à valeur ajoutée. Donc, les 100 milliards, ce n’est qu’un volet pour soutenir l’accélération dans le secteur numérique », explique Babacar Bâ, associé chez Performances Group et coordonnateur de l’étude.

Un benchmarking réalisé dans des pays divers (Afrique du Sud, Rwanda, Maroc, France, Israël) a permis de constater qu’il faut une forte implication de l’État. Sauf au Rwanda où le secteur privé est en première ligne. 

L’essentiel du financement du FDN devrait provenir de la Contribution du secteur des télécommunications (CST). « C’est l’option de financement la plus pertinente », souligne Babacar Bâ.

L’objectif est de faire émerger 600 promoteurs de projets TIC viables et de financer 1 500 start-up et 70 programmes de renforcement du capital humain, sur cinq ans. D’après les prévisions, grâce à son effet de levier, le FDN devrait générer 47,5 milliards de F.CFA (72,5 millions d’euros) d’investissements, 166 milliards (253 millions d’euros) de chiffre d’affaires généré, 59 milliards de valeur ajoutée et 5 400 emplois dans le secteur du numérique. 

Malgré l’euphorie et le discours optimiste des autorités, l’expérience a montré que secteur numérique est extrêmement fragile et beaucoup d’initiatives n’arrivent pas au bout.

Ce qui veut dire qu’il faut reprendre l’ensemble du cycle du développement des start-up et bien comprendre quels sont les réels obstacles à leur
croissance. «
À travers cette étude, nous nous sommes rendu compte que ces start-up bénéficient de peu de soutien financier lors de la première phase de développement. C’est une phase où on doit les aider à bien formuler l’idée, à lancer les prototypes et à garantir les conditions de succès », recommande
Babacar Bâ.

Souvent, les porteurs de projets n’ont pas toutes les capacités techniques,
organisationnelles ou marketing. Et ont donc besoin d’être accompagnés dans la phase d’amorçage, avec des capitaux longs, des fonds propres, avant que le secteur privé ne prenne le relais.

Mais sur ce point, le Sénégal manque cruellement de structures financières adaptées. D’où le coup de pouce nécessaire de l’État, qui doit fixer une stratégie numérique de long terme.

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