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Comment lutter contre les Fake News ?

La propagation des fausses nouvelles qui polluent l’Internet ne peut être combattue sans la prise de conscience de chacun. De l’État qui applique des lois adaptées aux utilisateurs, en passant par les plateformes de diffusion. Tous responsables !

Par Kimberly Adams

Les organisations internationales, les éditeurs de presse, la société civile, tous se mobilisent contre un des fléaux de notre temps : les Fake News, rumeurs, et autres légendes urbaines. La pandémie de Covid-19 a accru ce phénomène, avec parfois, des conséquences dramatiques.

« Si on n’est pas connecté, on est invisible ! Il faut que les Africains en prennent conscience, le continent n’a pas le droit de rater cette avancée technologique. Quand les jeunes auront les outils, ils écouteront les sources fiables ! »

Chaque prise de position sur les moyens de combattre la maladie, sur les traitements en cours, devient suspecte. L’Afrique n’est pas épargnée par ce phénomène, dont les promoteurs de l’Internet, des réseaux sociaux, ont pris très tôt l’ampleur.

Jean Martial Adou, est directeur de cabinet du ministère de la Communication de Côte d’Ivoire. Il est conscient que tous toutes, « devons essayer de faire le meilleur usage de l’Internet ». Toutes les couches sociales, les gouvernants, la population, utilise ce média. Y compris dans un sens peu indiqué. Nous savons que les messages contre la Covid-19, notamment, peuvent être contrés par des gens malveillants qui propagent de fausses nouvelles. « Nous tentons de sensibiliser les populations, les utilisateurs des réseaux. »

Le responsable explique la méthode, au cours d’une conférence virtuelle organisée par I-Conférences : « Nos mesures pour lutter sont d’abord la sensibilisation, puis l’application de la loi, afin d’encadrer les dérives. » Sachant qu’une politique en la matière « ne peut pas être trop répressive », tel n’est d’ailleurs pas l’intention de la Côte d’Ivoire. Le pays se borne à utiliser le cadre législatif existant. « Nous privilégions aussi la formation des usagers professionnels de l’Internet, y compris les gens de médias, les journalistes. »

Depuis 2016, « Facebook améliore son dispositif pour réduire la manipulation de l’information et la viralité des fausses informations », décrit Balkissa Idé Siddo (Niger), responsable de la politique publique de la société américaine en Afrique. Le phénomène n’est pas nouveau, mais les réseaux sociaux ont augmenté la viralité des fausses informations. « Bien sûr, il faut maintenir l’équilibre avec la liberté d’expression, Facebook n’est pas un arbitre de la vérité. » En revanche, dans certains pays comme la Côte d’Ivoire, le célèbre réseau social travaille avec des organismes de fact checking.

Un bien commun

Quand surgissent de mauvaises informations qui ne sont pas en contradiction avec les standards et qui ne portent préjudice à personne, Facebook les déclasse, « ce qui fait que 80% de nos utilisateurs ne les voient pas ». Quelquefois, la plateforme invite ses abonnés à lire et partager l’information de nos vérificateurs. « Supprimer, réduire, informer, telle est notre stratégie », résume Balkissa Idé Siddo. Qui travaille aussi avec des instituts, comme celui de Stantford, pour limiter la diffusion de dessins ou images offensantes, sur Facebook ou Instagram. Il s’agit d’images ayant pour but de manipuler l’opinion publique.

« En matière de Fake News, le tort n’est pas toujours celui des utilisateurs de plateformes comme Facebook », fait observer Abdelkerim Yacoub Koundougoumi (directeur Afrique d’Internet sans frontières, Tchad). Le prisme originel est celui du Premier amendement de la Constitution des États-Unis.

Progressivement, s’est opérée une prise de conscience que la liberté d’expression ne peut pas tout permettre. « C’est pourquoi nous avons salué les initiatives de Facebook, bien que nous militions pour la liberté d’expression. » La plateforme a écouté la société civile et elle s’impose quasiment comme « un bien commun » qui doit être la préoccupation de tous. La question qui se pose est d’utiliser cette plateforme dans des pays qui ont des situations économiques, sociales, culturelles, différentes.

C’est pourquoi les utilisateurs ne sont pas les seuls concernés par les réseaux sociaux, mais aussi les gouvernants, la société civile. Dans les pays assez autoritaires, la réaction des États a été répressive : « On coupe tout ! » Les États plus démocratiques ont entrepris le dialogue avec les utilisateurs, souvent des jeunes, et les entreprises utilisatrices.

Une législation adaptée

La question des fausses informations, en Afrique, n’est donc pas monolithique. Tous les acteurs doivent s’entendre sur la pédagogie nécessaire, sur des réponses proportionnelles aux informations. « Être plus sévère, par exemple, aux informations qui mettent en danger le vivre-ensemble et la démocratie ; en période électorale, particulièrement. »

Balkissa Idé Siddo, spécialiste burkinabé des TIC, confirme : Quand il s’agit de mettre en place une régulation, il est important de maintenir, dans notre approche, un bon équilibre entre liberté d’expression et messages de haine. « Au Burkina Faso, la loi est stricte, peut-être trop, envers la diffusion de fausses informations, jusqu’à de lourdes peines de prison », explique-t-il. Mais la loi ne précise pas bien le quantum de peine relatif à un préjudice subi, elle est donc mal appliquée.

« La réponse que nous pouvons apporter est de sensibiliser les utilisateurs à se méfier des informations. » Les étudiants, par exemple, étudient bien plus qu’avant ce qu’est le Fact Checking, notamment ceux qui se tournent vers les métiers du journalisme.

Chacun est le gardien de l’autre

Sur ce point, Jean Martial Adou revient, à titre d’exemple, sur le rôle de l’Institut (ISTC) Polytechnique qui se préoccupe de la bonne utilisation d’Internet. Certes, la Côte d’Ivoire a fait voter des lois sur les télécoms, la presse, le secteur médias audiovisuels, créé des autorités de régulation indépendantes, qui ont les moyens de leurs actions.

Cela étant, la régulation la plus efficace est celle qui intègre les utilisateurs d’internet, c’est-à-dire, au fond, tous les citoyens. « Chacun est le gardien de l’autre », disent nos jeunes. Le but est d’inciter chacun à démentir les fausses nouvelles, au lieu de passer son chemin. « Si l’arsenal législatif doit prévoir des peines lourdes de prison, par exemple, notre objectif est qu’elles ne soient jamais appliquées ! »

Tous les acteurs doivent être impliqués, c’est pourquoi le gouvernement privilégie les partenariats public-privé pour ne pas laisser aux seuls acteurs privés le soin de lutter contre les fausses informations. L’Agence ivoirienne de presse, par exemple, « a désormais une unité qui chasse et déconstruit les fausses nouvelles ». Ainsi, l’État encourage-t-il les médias et les entreprises privées à l’accompagner. Ne serait-ce qu’au travers du fonds de soutien à la presse. Les médias ont pour mission d’informer, donc de démentir les fausses nouvelles. Il faut leur en donner les moyens.

Abdelkerim Yacoub souhaite élargir la réflexion : « Nous devons avoir une dimension régionale et sous-régionale. Les plateformes comme Facebook ne fonctionnent pas pays par pays mais sont internationales. » Les lois doivent aussi responsabiliser les plateformes, comme cela est en train d’être institué en France, avec la loi Avia, qu’Internet sans frontières a soutenue.

Bien sûr, ces plateformes ne doivent pas supporter seules la responsabilité. Nous avons vu que l’Allemagne, par exemple, avait été très loin en la matière, sans grand succès. Le mal est commun à plusieurs pays, il faut donc agir ensemble ! Un « Internet africain » aurait du sens, de ce point de vue. Il faut aussi impliquer davantage les chefs religieux, les chefs tribaux, etc. Cette spécificité africaine doit être utilisée, tout comme nous devons utiliser l’expérience de la diaspora.

Nos États ont peur d’internet, des réseaux sociaux, il faut le reconnaître ; trop de dirigeants sont sur la défensive, ils sont toujours dans la réaction et ne prennent aucune initiative. « Pourtant, les réseaux sociaux sont en train de poser les jalons de l’Afrique de demain, en matière de digitalisation. » Les jeunes utilisent toujours les plateformes comme WhatsApp, par exemple, ils ne vont pas que sur les sites d’information. Trop de dirigeants africains n’ont pas conscience du phénomène.

Trouver un référentiel africain

Avis partagé par Jean Martial Adou qui « a bien conscience que des mesures purement étatiques n’auront pas grande influence sur un phénomène mondial ! » Les directives communautaires, d’ailleurs, existent déjà ; nous faisons tout pour nous y plier.

Il y a quinze ans papier, la presse papier était reine ; aujourd’hui un gouvernement responsable a le devoir de porter sa parole là où elle peut être écoutée, donc évidemment sur les réseaux sociaux. Les médias traditionnels continueront à vivre mais devront faire la place aux nouveaux médias.

Abdelkerim Yacoub explique que Facebook n’a pas de référentiel purement africain ou de référence transposable. L’exemple des pays du nord de l’Europe, souvent cité, est impossible à transposer dans un continent où les gens n’ont pas les mêmes pratiques. « Il est temps pour l’Afrique de ne pas imiter les autres ! »

Nos citoyens n’ont pas toujours les mêmes rapports à leurs gouvernants. Les Africains demandent-ils autant de comptes à leurs dirigeants que les Scandinaves, par exemple ? « Avant de demander la bonne gouvernance de nos réseaux sociaux, demandons la bonne gouvernance de l’État, tout court ! », lâche-t-elle.

On a longtemps dit que l’Afrique était incapable d’être démocratique parce que se créaient des partis issus des clivages ethniques. Or, l’Afrique a fait du chemin depuis ! Il doit en être de même dans les rapports de l’État et des populations aux réseaux sociaux. C’est la force de la jeunesse qui décidera des innovations, pas les gouvernements…

Revenant sur les actions de Facebook dans le contexte Covid-19, Balkissa Idé Siddo indique que dès le début de la pandémie, la plateforme a mis à disposition des solutions, en accord avec les autorités, les organismes comme l’OMS. « Nous voulons amener la bonne information, celle qui vient de sources crédibles, et améliorer la connexion entre les populations. »

Plus il y a d’informations crédibles, plus les fausses informations ont du mal à circuler. « Nous n’hésitons pas à retirer les messages les plus dangereux, comme si quelqu’un dit qu’il faut boire de l’eau de Javel ou que la distanciation physique ne sert à rien ! » Car nous savons tous, grâce aux meilleures sources, que tout cela est faux.

Augmenter la connectivité, pour contrer les rumeurs

Afin de conclure et de rappeler l’importance de cette question, Jean-Martial Adou revient sur un épisode douloureux. Dans un quartier populaire d’Abidjan, au début de l’épidémie, il a été dit sur les réseaux sociaux que le gouvernement ivoirien préparait la construction d’un centre de dépistage de la Covid-19 pour hospitaliser des malades venant de quartiers plus favorisés. La population s’est rebellée et a tout brulé en une nuit. « Or, tout cela est parti d’une fausse nouvelle, le gouvernement n’avait pas cette intention ! »

Bien sûr, il faut maintenir l’équilibre avec la liberté d’expression, les plateformes sociales ne sont pas des arbitres de la vérité. En revanche, dans certains pays comme la Côte d’Ivoire, le célèbre réseau social travaille avec des organismes de Fact Checking.

Abelkerim Yacoub se veut optimiste : nous voyons que les grands acteurs présents en Afrique ont mis des Africains aux postes de responsabilité, « c’est déjà un grand pas ». À l’avenir, il faudra, de toute façon, améliorer la connectivité de l’Afrique, afin d’aller encore au plus près de la jeunesse. Trop de pays (Tchad, Centrafrique, même Cameroun) sont très en retard, de ce point de vue. « Aujourd’hui, si on n’est pas connecté, on est invisible ! Il faut que les Africains en prennent conscience, le continent n’a pas le droit de rater cette avancée technologique. »

Se pose la question de l’identification des auteurs de messages malveillants : en Afrique, dont les pays ont des moyens souvent limités, et qui ne comprennent pas toujours les enjeux, il sera difficile d’appliquer une politique de traçage des messages publiés. Là encore, par une meilleure connectivité, il sera plus facile d’identifier les utilisateurs malveillants. Malgré tous les progrès, l’explosion du digital, l’Afrique n’a pas encore partout les bases.

Les Fake News se propagent parce que peu de personnes sont connectées. En fait, elles se diffusent par le bouche-à-oreille ! Alors qu’une meilleure connexion permettra au plus grand nombre de se faire une opinion. « Quand les jeunes auront les outils, ils écouteront les sources fiables ! »

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