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Burkina Faso : Les challenges du numérique

Le Burkina Faso s’est résolument engagé dans la mobilisation du potentiel du numérique au profit de son développement économique et social. Promotion de l’e-gouvernance, digitalisation des services administratifs, etc., le pays se modernise à grands pas.

Ouagadougou, Tiego Tiemtoré 

Le Burkina Faso s’est engagé, dès 2014, dans des « cyberstratégies sectorielles », à savoir le e-gouvernement, le e-éducation et le e-commerce. Depuis cinq ans, le processus de numérisation de la société et de l’administration a fait de grands pas.

Pourtant, face à un secteur du numérique en constante mutation, il est apparu nécessaire, pour le ministère du Développement de l’économie numérique et des postes, d’interroger le processus de digitalisation afin de redéfinir « une nouvelle stratégie plus globale et multisectorielle ». Aussi, l’année 2019 est-elle celle du bilan d’étape et de l’engagement d’une nouvelle dynamique. 

Avec l’appui du groupement de cabinets internationaux Idate et Linagora, le pays vient de relancer sa stratégie numérique : des projets de programme e-gouvernement et une stratégie nationale seront mis à l’étude, puis engagés. D’ici fin 2019, l’État publiera un document référentiel de transformation numérique de l’administration et de la société burkinabè, ainsi qu’une boussole de vulgarisation des logiciels libres. 

« En ce qui concerne les Technologies de l’information et de la communication (TIC), l’ambition du gouvernement est de garantir l’accès des citoyens, des entreprises et de l’administration à des services de communication électronique de qualité permettant de profiter pleinement du potentiel du numérique », a déclaré la ministre du Développement de l’économie numérique et des postes, Hadja Fatimata Sanon. 

Pour renforcer les infrastructures de communications électroniques, le Burkina Faso a déjà entrepris la construction d’un réseau backbone national à travers plusieurs chantiers. Ainsi, un réseau de 891 km a-t-il été construit ; un tronçon de 307 km de ce réseau connecté aux câbles sous-marins, via le Ghana, a été rendu opérationnel en juillet 2018. 

En vue de développer le tout numérique dans l’administration, l’extension du Réseau national informatique de l’administration (Resina) a permis de couvrir 57 localités, soit quelque 1 500 sites de l’administration publique interconnectés. Dans le processus de la modernisation de l’administration publique, le pays a décidé d’accorder une importance capitale à la transition numérique, qui offre des possibilités infinies de traitement et de gestion des dossiers. 

Perspectives encourageantes 

Ainsi, l’État a-t-il financé des plateformes électroniques afin d’améliorer le processus de recrutement des agents de la fonction publique, sans oublier la plateforme du Guichet virtuel de l’administration publique, proposée depuis 2018 (lire encadré).

Afin de favoriser la transition numérique au Burkina Faso, l’État devrait conduire des actions fortes telles que la mise en oeuvre du Projet régional des infrastructures de communication en Afrique de l’Ouest et la création d’un point d’atterrissement virtuel à Bobo- Dioulasso pour augmenter la bande passante internationale et désenclaver l’ouest du pays, entre autres mesures. 

Le ministère compte énormément sur les partenariats avec des entreprises privées pour exploiter le potentiel numérique et dynamiser les projets liés. Déjà, la multinationale Microsoft envisage son concours.

Une délégation conduite par sa directrice régionale, Yacine Barro Bourgault, était en mai 2019, en prospection au Burkina Faso et a présenté aux autorités les bases d’un cadre partenarial, en vue de la transformation numérique du Burkina Faso. 

De son côté, le ministère réfléchit à la création d’un Institut du Génie informatique et télécommunications à Ouagadougou. Cet institut devrait assurer la formation de hauts cadres dans les domaines de l’informatique et des télécommunications répondant aux besoins du secteur public et du privé. 

L’ambition du gouvernement est de garantir l’accès des citoyens, des entreprises et de l’administration à des services de communication électronique de qualité permettant de profiter pleinement du potentiel du numérique. 

Dynamiser l’usage de l’Internet 

L’étude de faisabilité indique que « le développement de compétences de haut niveau dans les domaines de l’informatique et des télécommunications est indispensable pour asseoir un développement socio-économique véritable et durable du pays ». 

De son côté, le Premier ministre, Christophe Dabiré, a réaffirmé, lors de son discours sur l’état de la nation, en mai, l’« ambition du gouvernement de garantir l’accès des citoyens, des entreprises et de l’administration à des services de communication électronique de qualité permettant de profiter pleinement du potentiel du numérique » à travers le renforcement des infrastructures de communications électroniques.

Cette ambition d’utiliser le numérique pour impulser le développement est tributaire de la qualité et de la disponibilité de l’Internet. Aussi, le Burkina Faso bénéficiera-t-il, courant 2019, d’un financement de 10,7 milliards de F.CFA (16,3 millions d’euros) de la Banque mondiale, en vertu du Projet régional des infrastructures de communication en Afrique de l’Ouest – Burkina Faso (Pricao-BF).

Ce financement additionnel permettra d’accroître la couverture géographique des réseaux à large bande et permettra de réduire les coûts des services de communication sur le territoire du Burkina Faso. Ce coup de pouce aidera la diversification des échanges de données entre le Burkina Faso et les pays voisins.

De plus, l’adoption de la licence technologiquement neutre en 2018 a favorisé le déploiement de la 4G par les trois opérateurs de téléphonie pour améliorer l’accès et la qualité de l’Internet, en attendant le quatrième opérateur, escompté depuis 2014.

ENCADRE

Finances et fiscalité suivent la cadence 

Les financiers ne sont pas en reste dans la digitalisation des prestations. Après le lancement en 2018 de la version 1 du portail eSINTAX pour la télé déclaration et le télépaiement des impôts, la Direction générale des impôts (DGI) a lancé une nouvelle version de cette plateforme électronique qui correspond aux besoins exprimés par les usagers. 

Désormais au Burkina Faso, il possible d’obtenir électroniquement, toutes les informations souhaitées en matière de déclaration et paiement des impôts. 

À ce jour, selon la DGI, « plus de 950 contribuables réalisent leurs télédéclarations et télépaiements tous les mois sur eSINTAX. Plus de 20 000 télédéclarations ont été effectuées pour un montant total de plus de 318 milliards de F.CFA (485 millions d’euros). Plus de 3 200 ordres ePayment ont été passés avec succès grâce à l’interconnexion avec toutes les banques commerciales. Le portail Esintax a généré plus de 44 000 attestations de retenue à la source automatiquement ». 

Plus de 60 % des recettes fiscales de la DGI sont désormais déclarées et payées en ligne. 

Les développements futurs porteront sur le développement d’une application mobile appelée « mSintax », disponible sur Android et iPhone, qui permettra à tous de réaliser ses obligations fiscales depuis un smartphone.

Il est prévu l’installation de bornes intelligentes bSintax dans tous les centres des impôts ; elles vont permettre à tous les contribuables de consulter leur situation fiscale en toute autonomie et d’imprimer toutes leurs attestations. 

En mai, l’Association professionnelle des banques et des établissements financiers du Burkina, a organisé, pour la première fois, les Journées nationales de la monétique, en vue de promouvoir l’appropriation et l’utilisation par les populations, des moyens numériques de paiement.

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