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Les mirages de l’économie islamique*


Autre argument avancé en faveur de la finance islamique : elle répond à une demande exprimée par la population et par plusieurs hommes d’affaires soucieux de se conformer à leurs convictions religieuses. L’engouement pour la banque Zitouna exprime un réel besoin de finance charia compatible dans le pays. Or les actifs bancaires conformes à la charia ne dépassent guère 0,8 milliard $ en Tunisie (contre 1 milliard $ en Algérie, 7 milliards $ en Égypte, 86 milliards $ aux Émirats arabes unis et 138 milliards $ en Arabie saoudite). Ces actifs ne représentent encore que 2,2 % des actifs bancaires totaux en Tunisie (contre 1,1 % en Algérie, 4,9 % en Égypte, 42,7 % aux Émirats arabes unis et 61,3 % en Arabie saoudite).
Par ailleurs, dans le Top 500 Islamic Financial Institutions, réalisé par The Banker et FT Business en novembre 2010, la Banque Al Baraka Tunisie, avec des actifs estimés à 418 millions $, se retrouve au 163e rang, précédée de loin par les autres établissements du groupe basés en Afrique du Nord : Al Baraka Algérie (1 015 millions $, 116e) et Al Baraka Égypte (2 135 millions $, 81e). La finance islamique a donc encore une bonne marge de progression et des parts de marché à prendre.

Non à l’économie casino

Reste que les Tunisiens, notamment la frange moderniste et séculariste, ont récemment développé une forme d’allergie à l’égard des pays du Golfe, particulièrement du Qatar et de l’Arabie saoudite soupçonnés de soutenir le parti Ennahdha et de promouvoir à coups de pétrodollars un islam rigoriste.
Pour les adversaires d’Ennahdha, le développement de la finance islamique et l’appel aux investisseurs du Golfe traduit une tentative de récupération de la révolution tunisienne et de mise en échec de la transition démocratique, lesquelles font grincer des dents à Riyad, Doha et Abou Dhabi.
On reproche également au gouvernement de courir derrière un mirage, car non seulement ils continuent à se faire désirer, mais les investissements qu’ils seraient susceptibles d’effectuer auraient peu d’impact sur l’économie puisqu’orientés vers des secteurs à très faible valeur ajoutée : l’immobilier, le tourisme, etc. Or le pays qui compte 800 000 chômeurs, dont plus de 200 000 diplômés de l’enseignement supérieur, a besoin d’investissements dans des projets pourvoyeurs de main-d’oeuvre qualifiée et qui assurent un minimum de transferts technologiques.
L’économie casino que Ben Ali a voulu développer à la fin de son règne, en partenariat avec ces mêmes opérateurs du Golfe – souvenons-nous des projets pharaoniques restés dans les cartons : Sama Dubaï, Tunis Sport City, Port financier de Tunis – servirait-elle un pays dont la principale urgence est de développer les zones défavorisées de l’Ouest, du centre et du Sud ? Cette « Tunisie inutile » et frondeuse qui a déclenché l’étincelle de la révolution semble prête à recommencer si rien n’est fait pour réduire la fracture avec les régions côtières. 

*ARTICLE PARU EN SEPTEMBRE 2014 DANS LE MAGAZINE DE L’AFRIQUE

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