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Chinguetti sur la route du savoir

Fondée par la volonté de Sidi Mohamed Ould Habott, elle rassemble des livres, fruit des rencontres avec les érudits de passage venus des grands foyers de savoir du monde arabo-musulman : Karaouyine à Fès, Ez-Zeitouna à Tunis, et El Azhar au Caire. Mais le patrimoine réunit également des recueils produits par les Mauritaniens, où malgré la rareté du papier dans le Sahara, la culture de l’écrit est florissante au XVIIe siècle avec le développement du métier de copiste. Les manuscrits traitent de sciences religieuses, de poésie et littérature arabe, d’astronomie, de mathématiques, de médecine…

Trésor mémoriel, ces ouvrages ont survécu aux conditions climatiques difficiles, aux carences de la conservation, à l’humidité, à l’usure du temps, aux manipulations fréquentes, aux ravages du sable. Les incendies et les inondations ont entraîné la perte d’un nombre important d’entre eux.

C’est par la volonté de Sid Ahmed Ould Habott, que les regards se sont braqués vers les manuscrits du désert. Homme de culture, citoyen engagé, défenseur des droits de l’homme, expert en pêche maritime auprès de l’Union européenne, il a su convaincre inlassablement de l’impérieuse nécessité de conserver une mémoire séculaire. Président de l’association Nahda (renaissance) qui regroupe les familles propriétaires des fonds manuscrits anciens, il est résolument engagé dans la lutte pour la sauvegarde des trésors de Chinguetti.

Aujourd’hui, si environ 7 000 manuscrits sont conservés à l’Institut mauritanien de recherches scientifiques, à Nouakchott, l’enjeu est de maintenir ces trésors sur site, à Chinguetti pour que ces mémoires restent indissociables des villes du désert.

Sensibilisée à la nécessité de sauver les manuscrits anciens de l’oubli et de la perte, la communauté internationale s’est mobilisée. En 1993, à l’occasion d’un séjour à Chinguetti, la journaliste Elise Lucet crée Bibliothèques du désert, rejointe par la Fondation Rhône-Poulenc, la FNAC et l’Unesco, qui pendant une dizaine d’années, permettra la sauvegarde et la sensibilisation de 3 450 ouvrages.

En 2007, l’Italie est venue au secours du patrimoine culturel mauritanien avec le projet de « Sauvegarde des bibliothèques du désert ». Résultat d’une collaboration avec la région Friuli Venezia Giulia, l’implication italienne a permis de former 12 conservateurs mauritaniens qui travaillent dans les cinq laboratoires de conservation aménagés dans les quatre villes anciennes et à Nouakchott.

Les laboratoires, opérationnels depuis 2009, ont permis de dépoussiérer, protéger et numériser environ 1 00 livres. Cette démarche de numérisation est liée à l’accord de la famille propriétaire, détentrice de ces manuscrits. Certains sont encore réfractaires, car ils ont l’impression que l’on porte atteinte à un bien qui leur est transmis de père en fils. Pour le directeur de la Fondation des villes anciennes de Chinguetti, les mentalités évoluent progressivement.

Infatigable combattant de la préservation et du partage des richesses de Chinguetti, Sid Ahmed Ould Habott poursuit la sensibilisation à la sauvegarde de ce patrimoine pour que les trésors de Chinguetti ne tombent pas dans l’oubli.

ENCADRÉ

TROIS QUESTIONS À…

Vatma Vall Mint Soueinie, ministre de la Culture, de la jeunesse et des sports

Vatma Vall Mint Soueinie, ministre de la Culture, de la jeunesse et des sports

Quel est l’apport du Festival des villes anciennes à la cité de Chinguetti ?

La Mauritanie est synonyme de tolérance et d’accueil. Le Festival des villes anciennes dont c’est la cinquième édition, a été lancé en 2010 sous forme tournante entre les quatre villes : Chinguetti, Ouadane, Oualata, Tichit. C’est la deuxième fois que le festival se déroule à Chinguetti. Le festival a permis de faire revivre ces quatre cités historiques, flambeau de la culture arabo-islamique, trait d’union entre l’Afrique au nord du Sahara et celle du Sud. Le festival s’accompagne de manifestations culturelles, folkloriques et vise à valoriser le patrimoine matériel et immatériel en mettant en avant la personnalité de chaque ville.

L’objectif est également de sauver ces villes à travers l’aménagement de routes, la création de services de base, de santé… Avec cette édition 2015, deux nouveautés sont à retenir : le lancement d’une stratégie nationale pour la sauvegarde du patrimoine culturel du pays et la création d’industries culturelles qui font l’objet de microcrédits.

Certains pays déconseillent de venir en Mauritanie, comment envisagez-vous de faire revenir les étrangers ?

Avant 2010, des incidents ont eu lieu. Aujourd’hui, le Président a réaffirmé lors de sa venue à Chinguetti l’enjeu prioritaire de la sécurité. Des déploiements des forces de sécurité sont constants. La menace terroriste est désormais en dehors des frontières. La Mauritanie est considérée comme un exemple. Ces restrictions n’ont d’ailleurs pas empêché les touristes étrangers, européens notamment, de braver ces consignes. Le rallye Race Africa qui a séjourné à Chinguetti, avant de partir au Sénégal, en est un exemple. Aucun pays inscrit dans la globalisation ne peut être à l’abri de la menace terroriste.

Certaines maisons sont en ruine, ensevelies par le sable. Quel est le programme mis en œuvre pour préserver ces villes de l’ensablement et préserver ce patrimoine authentique intégré dans l’espace naturel ?

Les quatre cités se présentent différemment. À Tichitt et Oualata, l’architecture est préservée et les anciennes maisons servent encore de lieux d’habitation. À Ouadane et Chinguetti, la situation est différente. Les maisons ne sont pas toujours habitées et l’effort doit donc être fait pour les préserver. La restauration, en concertation avec l’Unesco, prend en compte la caractéristique de ces monuments. L’une des missions principales de la Fondation des villes anciennes est également la sauvegarde de ces cités. Deux perspectives sont en cours : le lancement d’un programme qui vise à promouvoir le patrimoine culturel et naturel de ces cités et l’élaboration d’un plan d’urbanisme, de gestion de ces cités pour préserver leur authenticité.

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