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Chinguetti sur la route du savoir

Déclin du tourisme engagé et durable

Chinguetti a connu une époque dans les années 1990 où un tourisme solidaire et engagé se développe avec des voyagistes amoureux de la nature et du désert comme Point Afrique qui voulait faire du tourisme « une arme pour la paix » dans des sites où aucune compagnie régulière ne se rend.

Suite à l’assassinat de quatre touristes français en 2007, dans le sud de la Mauritanie, l’annulation du Paris – Dakar et l’enlèvement de ressortissants européens, le Quai d’Orsay a classé la zone en rouge et déconseillé aux Français de s’y rendre.

Toute l’économie d’une région basée sur le tourisme, celle de l’Adrar, s’est effondrée. Depuis 2009, les efforts du gouvernement mauritanien ont conduit à une amélioration de la situation sécuritaire, comme le montrent les nombreux points de contrôle sur la route de Nouakchott à Chinguetti en ce début de festival des villes anciennes.

Les opérateurs touristiques tentent désespérément de sortir de cette « zone rouge » qui comprend la cité de Chinguetti. À l’image de cet aubergiste belge installé à Atar et ce couple espagnol résidant à Chinguetti depuis 12 ans et qui se sent plus en sécurité dans le désert mauritanien qu’en Espagne.

Acteurs de la coopération entre l’Espagne et la Mauritanie, ils sont à l’origine de la construction de l’Hôpital de la fraternité avec le soutien de la Banque nationale de Mauritanie. Cet hôpital, animé par des médecins européens et américains, a développé une belle réputation au fil des années, à tel point qu’il accueille des patients de la région mais également de Nouakchott.

Au-delà de la dimension sécuritaire, les enjeux sont multiples : désenclaver ces villes anciennes, les protéger de la désertification, de l’ensablement, du braconnage et du pillage des richesses archéologiques.

La réponse apportée lors de la conférence sur le développement durable de ces villes, présidée par la ministre de la Culture, est celle de la création d’une aire protégée communautaire selon les recommandations internationales.

En partenariat avec l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), ce premier programme de conservation des sites néolithiques qui devrait démarrer lors du prochain festival en 2016, vise à protéger la biodiversité, à sécuriser les espèces menacées d’extinction et permettre à terme la réintroduction de l’autruche et des antilopes disparues.

Côté développement local et économique, la réalisation de projets d’irrigation des palmeraies, l’aménagement de salles de classe, de centres de santé, l’appui aux coopératives féminines sont d’ores et déjà engagés.

Une enveloppe d’environ 50 millions d’ouguiyas (150 000 euros) a été débloquée pour financer des micro-projets à Chinguetti, en direction de PME et d’activités génératrices de revenus en lien avec le patrimoine culturel. Lors de la cérémonie de lancement, Moulaye Ould Moulaye Ahmed, directeur général de la Caisse de développements et de dépôts, a confirmé que ce programme national contribuera à soutenir 82 projets, créant une centaine d’emplois.

Chinguetti, cette perle du désert qui a inspiré tant de savants et d’intellectuels, et qui aujourd’hui lutte contre son enfermement et son isolement face aux menaces terroristes, fait le pari de sa réouverture sur le monde et du partage du savoir sur la base d’un tourisme respectueux du patrimoine et de l’environnement.

ENCADRÉ

Les manuscrits du désert, le trésor de Chinguetti

Nichées dans des maisons en pierres de taille emblématiques de Chinguetti, les bibliothèques renferment plus de 7 000 manuscrits répartis entre 17 fonds privés, propriétés de grandes familles et transmis de père en fils, comme le veut le droit coutumier. Leur découverte n’est pas récente, puisque dès les années 1930, Théodore Monod, l’explorateur insatiable, attire l’attention des chercheurs sur ces trésors en péril.

Parmi les grandes familles de Chinguetti détentrices de bibliothèques, celle de la famille Habott est la plus considérable, avec plus de 1 300 manuscrits originaux, copiés et imprimés, parfois enluminés, et remontant jusqu’au IIIe siècle de l’Hégire.

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